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Yves Dormoy / Philippe Poirier › Les échardes

cd • 8 titres • 25:41 min

  • 1Les échardes03:21
  • 2L'éloignement04:12
  • 3Jours de classe00:57
  • 4Animal terrestre03:22
  • 5Le pittoresque04:30
  • 6Analyse de la valeur02:01
  • 7La chasse au tigre03:12
  • 8Falsa partenza03:57

enregistrement

Réalisé par Luc Tytgat et Dormoy/Poirier. Enregistré au Studio Kitsch, Bruxelles

line up

Pascal Benoit (haches, scie, doigts sur bûche), Guy Bix Bickel (balangui), Yves Dormoy (saxophones alto & ténor), Philippe Poirier (saxophone alto), Lofti Ben Ayed (darbouka), Luc Tytgat (programmateur)

remarques

Pochette : Philippe Poirier

chronique

Styles
jazz
free jazz
world music
Styles personnels
jazz libre en excursion

En 1993, les deux têtes pensantes de Kat Onoma sortent chacun un Hors-Série, une incartade pour se rafraîchir l'esprit le temps de courts albums proposant autre chose que leur travail au sein du groupe. Alors que Burger s'offre un plaisir acoustique aux couleurs folk, le plus discret Philippe Poirier en profite pour revenir sur ses travaux d'avant Kat Onoma, au sein du groupe Musik Aufhebung dans lequel officiait déjà Guy Bickel et le compagnon fidèle des débuts de la Dernière Bande, le saxophoniste pilote de ligne Yves Dormoy. Formation strasbourgeoise de musique improvisée dans les années 70, il n'en reste sur cet opus de contre-allée que le noyau harmonique, celui des deux saxos qui avancent ensemble. Inutile de s'attendre alors à un chaos dissonant même si l'influence d'Ornette Coleman surgit ici où là (on l'entend clairement sur "Analyse de la valeur", au fond orageux), le duo pratique un jazz libre mais tout à fait écoutable même par des oreilles encore chastes. L'autre point d'ancrage de la musique de Dormoy et Poirier, c'est la musique primitive africaine, les membranophones et xylophones évoquant une culture animiste où les esprits sont partout, au point qu'il est souhaitable de communiquer avec eux, à travers les troncs d'arbres, en soulevant la poussière à chaque coups de balangui ou de darbouka. Trouver des voix, parler pour les morts, pour les plantes, pour les animaux. Le beauté et la joie du monde, voilà ce qu'évoque ces envolées de saxo mélodieusement harmonisées, comme deux voyageurs curieux se baladant au son de ces vibrations anciennes. Les familiers des à-côtés de Kat Onoma savent déjà le goût de Dormoy pour les tours de monde, il n'est pas surprenant de l'entendre ici encore mêler ses deux instruments, alto et ténor, à des excursions forestières, à des calculs savants dans la brousse, à des ciels humides. Poirier, lui, a toujours cultivé le goût d'un ailleurs, à travers les contes (il est d'ailleurs aussi illustrateur de livres pour enfant), les chants anciens des peuplades des plaines archivés dans les médiathèques. Un peu austère la musique de Discrétion Assurée (l'autre nom du duo) ? Jamais. Lumineuse, serpentine, ondulant par dessus ces tapis minimalistes d'auth(a)ntiques beats à la main, parfois d'un coup de doigts sur une bûche, ah, le bois toujours, pas celui des meuble d'un musée musical, non, le bois d'arbre vivant dont s'échappent les vibrations des esprits. Parfois celui d'un tigre qu'on pourchasse à coups de soli très free, eh, de l'Afrique à l'Asie il n'y a qu'un envol à faire et qu'une page à tourner, parfois celui d'un pangolin, quand les saxos grattent la terre comme un fourmilier griffu, se désunissent à peine juste de temps de fouiner les accords. Un jazz qui passe de l'humus à la canopée, qui se perd comme des grands cris d'oiseaux au dessus de la voûte. Des détours plus sombres comme ce "Pittoresque" où chaque sax a droit à son propre itinéraire dans la jungle, déambulation rythmée par ces presques rien percussifs, les deux instruments se retrouvant à mi-chemin pour ouvrir un horizon de clairière, comme un puit de lumière après avoir perdu son chemin. Dormoy et Poirier vont bien ensemble, ils connaissent les détours que chacun veut emprunter, se suivent et se croisent avec une harmonie jubilatoire. Et sur le sublime "Falsa partenza", débarrassé de tout bruit de frappe, ils font éclore une magnifique mélancolie jusqu'à là absente de ces cérémoniaux aux lumières africaines, tels deux amis devisant alors que le soleil disparaît enfin sur l'horizon des plaines, graves et légers, en accord et à jamais seuls.

note       Publiée le dimanche 22 juin 2014

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