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Orgasmic & Fuzati › Grand siècle

cd | 12 titres | 37:42 min

  • 1 Sinok [03:29]
  • 2 Planetarium [02:48]
  • 3 Monogramme [04:07]
  • 4 Bad Trip [02:00]
  • 5 Le fluide [03:59]
  • 6 Ola [02:37]
  • 7 Chaine en or [02:34]
  • 8 La violence [02:33]
  • 9 Tupac [02:45]
  • 10 Nulle part [02:56]
  • 11 Dernier portrait [04:06]
  • 12 Corbillards [03:28]

extraits vidéo

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enregistrement

Produit et mixé par Orgasmic sauf 4, 7, 9, 11 produits par Fuzati

line up

Fuzati (textes, voix, production), Orgasmic (production)

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
il est mort le hip-hop

Il est mort le hip-hop. C'était le début de Klub des Loosers et le vengeur masqué était déjà un rien désabusé avec son amour adolescent. Son pote le hip-hop, c'était déjà devenu un peu un blaireau. Alors que dire dix ans plus tard, alors qu'on a la tête bien enfoncé déjà dans ce nouveau siècle où l'égotrip n'est plus l'apanage des battle sur le béton mais déplie son emprise vide à travers chaque statut Facebook lénifiant, chaque selfie de pétasse sur Instagram, sur chaque tweet à la con balancé du bas en haut de l'échelle sociale, du hipster le plus maniéré au plus gros beauf fan de tuning dont les déboires de couple passeront un jour dans Confession Intime (ou pire, dans un track d'Orelsan). Quelle époque de merde. C'est peu dire que Fuzati, "arrivé dans ce game par hasard" comme il le prétend lui-même, en a raz la casquette du 21eme. Si il représente quelque chose, c'est bien le passé, en bon amateur de jazz qui sirote ses bièrouzes tout seul chez lui en faisant craquer ses dernières trouvailles en vinyle. Alors tailler un short à cette putain d'époque, à ce "grand siècle" (loooooooool), pourquoi pas après tout. Mais le faire avec le style d'aujourd'hui, sans les habituels atours désuets à coups de samples seventies improbables, ici c'est du tout synthétique. Et comme par hasard il a juste recroisé son vieux complice Orgasmic, celui des tous premiers morceaux du Klub. Ca faisait un bail. Le mec est parti du côté du clubbing avec Tekilatex. Ouais. Teki quoi. Le mec qu'était rigolo deux minutes avec son flot tout plein d'hélium puis qu'est devenu très relou en chantant des pop-songs 80's embarrassantes avec Lio sans culotte chez Marc-Olivier Fogiel. Putain d'époque je vous dis. Donc à la prod, Orgasmic et ses synthés tout pétés (faut parler djeuns de 2014, je m'adapte comme le Fuz). Ca donne un certain charme bien de maintenant. Un truc un peu à gerber tellement c'est vulgaire et que ça sent le r'n'b clinique et qui du coup s'adapte bien aux textes qui sentent le refoulage de bibine à plein nez. Des punchlines à la pelle, Fuzati en avait plein ses carnets de notes. Il n'aime toujours personne, mais il est plus rigolo que quand il signe d'un K qui veut dire Klub des Loosers. Faut pas se voiler la face, derrière son masque qui schlingue, Fuzati fait des grimaces, sa misanthropie prend ici un ton un peu plus clownesque, un peu plus stand-up, un peu plus hip-hop finalement dans ce que ça a de foncièrement provoc gratuite, de pure jubilation de balancer des formules qui cassent les reins. Quant au fond du propos, il reste le même. Nos contemporains sont des veaux, incultes, égoïstes, avec des goûts de merde et aucune volonté de changer quoi que se soit. Ca fait souvent mouche parce que Fuzati a oublié d'écrire avec le cul, mais faut quand même reconnaitre que le tout est un peu inégal, y compris sur les très bons morceaux introductifs qui s'enfilent tout seul d'entrée, pratiquement reflets l'un de l'autre, "Sinok" et "Planetarium", avec fil conducteur à base de houblon et de "c'était peut-être pas mieux avant mais aujourd'hui c'est pourri". Il enquille des trouvailles géniales sur un couplet pour ensuite sortir des trucs beaucoup plus convenus ou faciles, son dégout exprimant une honte d'être un homme moins digne de Primo Levi que de Frédéric Beigbeder, la porosité du social laissant filtrer à travers le masque quelque formules à peine dignes d'une pub pour la Caisse d'Epargne. Et puis ses relations avec les femmes sont toujours limitées à l'horizon d'un partie de golf : passer d'un trou à l'autre, parfois sur le même parcours. Même si c'est moins prégnant que sur le terrible "La fin de l'espèce", on sent bien que le garçon n'en peut plus de se tirer sur la nouille tout seul. Mais c'est pas vraiment le propos de cette récréation plus strictement exercice de style de pur hip-hop. D'ailleurs il fleurte aussi avec le commentaire social, ce qui donne le morceau le plus faible de "Grand Siècle", pas raccord avec l'humour grinçant et volontier vulgaire du personnage. L'intention est louable, le résultat mou comme un plat de pâtes chinoise sortant du micro-onde. Parce que le bonhomme est à son meilleurs ici quand il est drôle, et il est souvent drôle parce qu'il est méchant et qu'il connait très bien ce(ux) qu'il débine. Aussi con que ça puisse paraître, "Chaine en or" me fait toujours autant marrer tellement ça résume en quelques phrases tout l'absurde du côté concours de bite dans le rap. Et puis sa façon de namedropper les personnages de Téléchat dans "Tupac" (avec la punchline finale la plus sympatoche et marrante de l'album au passage), pour un mec de ma génération, c'est du petit lait (avec du rhum dedans). Sais pas si c'est un hasard, mais les quelques prod signées par le Fuz lui-même sont aussi parmi les meilleures, bien que celle de "Planetarium" respire la boucle Blade-Runnerienne à plein nez et que le tempo bossa de "Corbillard" soit une surprise délectable pour tirer une conclusion bouillonnante d'ironie à chaud (ou à la chaux). Avant ça, un coup de mou au tiers de l'album puis une remontée de bandaison sur les derniers titres, avec des machins vraiment fendarts comme "T'as eu ton bac mention bien ou bien", "J'tinsulte même si t'y comprends rien : Pierre Woodman" et "Qu'est ce que tu croyais que j'allais faire ? Lancer une marque de streetwear ?". Fuzati se fout de la gueule de son monde. Pour le coup Orgasmic aussi, mais c'est raccord. O tempora, o mores.

note       Publiée le mardi 3 juin 2014

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Klarinetthor › mardi 28 octobre 2014 - 21:22  message privé !

purée, j'avoue la muzak proposée correspond tout à fait au projet; mais je trouve qu'Orgasmic se fout largement plus de notre gueule que Fuzati; dont le flot est lénifiant, mais le texte toujours efficace, percutant; dans le registre piegeux de parler de lui et du monde moderne; en essayant de rendre drole et parfois poetique ce qui est désolant. Est-ce vraiment du rap? Est-ce seulement du rap? Un des avatars de son evolution, certainement, Death Grips en étant une autre. 3,5, mention assez bien au bac ES, donc.

Note donnée au disque :       
yog sothoth › samedi 7 juin 2014 - 23:15  message privé !
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Sur scène ce soir c'était plutot chouette, pas nihiliste pour 2 sous mais vraiment punchy...

Raven › mercredi 4 juin 2014 - 18:54  message privé !  Raven est en ligne !
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Merci, pour le coup de fusil....

merci pour le fusil... › mercredi 4 juin 2014 - 13:16  message privé !

Fuzati : rythme de croisière, allitérations nihilistes rigolotes sans se fouler. Orgasmic : Prod rachitiques-branchouilles sans âme. Niveau grand débutant sur Ableton.

Raven › mercredi 4 juin 2014 - 00:54  message privé !  Raven est en ligne !
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La chro me donne quand même envie d'aller y voir malgré les nuances (parce que ce que j'ai entendu des prods d'Orgasmic m'a direct calmé de checker la chose plus avant)