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Ohgr › Devils In My Details

cd | 11 titres | 42:12 min

  • 1 Shhh
  • 2 Eyecandy
  • 3 Three
  • 4 Feelin' Chicken
  • 5 Pepper
  • 6 D.Angel
  • 7 Psychoreal
  • 8 Whitevan
  • 9 Timebomb
  • 10 Smogharp
  • 11 Witness

line up

Nivek Ogre (voix, claviers, synthétiseurs)

Musiciens additionnels : Mark Walk (guitare, basse, batterie), Bill Moseley (spoken word)

remarques

"And the wild regrets, and the bloody sweats, none knew so well as I: for he who lives more lives than one more deaths than one must die." (Oscar Wilde)

chronique

Avais-tu, au terme de ta fugue et en parvenant à cette clairière mystérieuse au milieu des bois tout attiré que tu étais par ce martèlement bizarre dans les granges, pensé pouvoir simplement traverser la ferme de l'Ogre ? Là où le petit chien tout maigre qui jappait jadis est mort, encore attaché à sa niche, là ou gloussent ses étranges poules androïdes, là où la machine à briser les oeufs craquelle la coquille des âmes jusqu'à en extraire le suc rose, là où les cerveaux des mômes fugueurs sont prisonniers de petites boîtes, là où tu croyais, émerveillé comme Hansel ou Gretel, pouvoir innocemment croquer quelques fruits cueillis de l'arbre ? Croyais-tu que ce pilulier si aguicheur appartenait à autre que l'Ogre dont tes parents t'ont toujours dit de te méfier ? Croyais-tu comme tous les petits que l'Ogre est un géant barbu ? Aurais-tu été capable de deviner la vilainie extrêmement effilée du piège échaffaudé par l'Ogre maléfique pour mener à lui les enfants ? Qui était justement de faire croire à tous que ce gros lard qu'on appelle "ogre" était en réalité le dodu captif du vrai Ogre, attaché aux ficelles qu'il manipule, qu'il n'est que le premier enfant tombé dans ses filets et devenu adulte ? Trembleras-tu en découvrant que l'Ogre est en fait ce maigrelet aux yeux si enfoncés dans sa tête qu'on les devine, à la voix si aigrelette qu'elle fait frémir les tympans, cette chose aux bras de phasme recroquevillée dans l'obscurité, qui ricane avec tous ses doigts décharnés joints à la façon de Monsieur Brûlures ? L'Ogre est maigre, il est aigre ; il a la voix de la Sorcière ; mais comment l'aurais-tu deviné ? Pensais-tu passer par la ferme sans avoir affaire à son propriétaire, sans être certain de devenir captif de son poulailler ? Connais-tu la cruauté sous la forme de pantomime ? La méchanceté la plus anorexique sous forme de kéfir qui pétille ? As-tu déjà goûté aux larmes de sang de la Lune ? Connais-tu la peur que l'Ogre distille à travers des aiguilles très très très très très très fines, fichées dans tout ton derme ? Entends-tu les ballades et comptines de sa petite souris sadique, qui récolte tes dents sans attendre qu'elles ne tombe de tes gencives (le nom que donnent les humains à l'arbre à dents) ? Entends-tu ses ritournelles-Warioland et son hip-hop sautillant pour t'amuser, juste avant de planter une nouvelle aiguille dans ta mignonne viande ? Sais-tu ce que c'est de ressentir le malaise inavouable en entendant les singles de Beatles Puppy, dans cette autre dimension ? D'avoir les fourmis dans les oreilles ? Sais-tu que l'Ogre est la Nuit ? Qu'il est la nuit aiguisée, acide, aigre-pas-douce, et qui tricote, et qui picote, et qui tarabiscote, et qui te picore l'âme comme des toutes petites miettes ? As-tu déjà dégusté par la nuit ? As-tu déjà senti l'acupuncture sadique de la nuit ? As-tu jamais senti ses petites dents acérées ronger ton cauchemar, petit à petit, comme un bâton de réglisse ? As-tu jamais vu, par éclairs terrifiants, sa beauté ? Sais-tu que la nuit avale les progénitures des humains depuis toujours, et qu'on ne les revoit plus jamais, et que leurs parents les cherchent en vain jusqu'à mourir de chagrin ? Sais-tu que les enfants dans la nuit sont des bonbons pour les monstres ? Que le vrai nom de l'Ogre est Diable ? Tu es, je suis, nous sommes, tous des arlequins, colorés, et sucrés, prêts à fondre sous Sa langue.

note       Publiée le samedi 31 mai 2014

chronique

"Parfois, la paranoïa, c’est juste connaître tous les faits.". Voilà la sympathique citation, signée William Burroughs, mise en exergue dans le livret de ce Devil in My Details, troisième album de Ohgr assez attendu et à l’artwork surprenant. Ça donne le ton. Ohgr a-t-il voulu dédier cet album à une (toujours très hypothétique) désintox, assortie de son lot de manque, sueurs froides et heures difficiles ? En tout cas, de suées sous influence, ce disque n’en manque pas. Comme avec Skinny Puppy, il faut l’expérimenter dans le susdit état chimique ou crevé de fatigue pour rentrer dedans. Dimd démarre sur les 3 pistes les plus difficiles, d’abord en trombe avec un Shhh qui croule sur le bitume calciné (vous avez dit "Jesus Built My Hot Rod" ?), puis dans le malaise avec ce Eyecandy qui donne la couleur locale : déphasé mais chaloupé, tenaillé par l’angoisse mais gouailleur. Ohgr est ce dandy nous entraînant dans une sarabande électronique et déchirée qu’il s’efforce de rendre organique, par une utilisation des effets toujours toxique… A première vue, il semble en mettre des tonnes comme un bourrin, cachant la faible quantité de mélodies… En fait, le diable est bien dans les interstices, comme ces transitions entre les morceaux, infestées de plages de desespoir ambient et de samples captés en survolant une banlieue post-apocalyptique. Exemple : l’épique glissement de Three à Feeling Chicken. Le ressac bruitiste se retire progressivement, laissant découvrir la plage où piaillent les poulets bioniques de batterie, leurs yeux fondant dans leurs orbites à la vue de ce soleil qu’ils n’avaient jamais vu. Pepper creuse un peu plus profond cette veine de monsieur loyal proposant son lot de confiseries peu catholiques… Un tube malsain et étonnemment pop. Les crissements de D.Angel qui lui succèdent évoquent les hauteurs enneigées de la pochette, Ohgr n’est plus qu’une voix perdue dans un lointain vertige opiacé… Un rappeur à la voix déformée semble surgir (Psychoreal), mais repard comme il est venu : sans raison. Quand arrive Timebomb, difficile de dire si c’est le bout du tunnel ou juste la conscience du patient Ohgr qui s’emporte un peu plus dans les méandres de sa psychose : c’est encore une incartade pop, propulsée par un piano à un doigt et aux airs de "D’you think i’m sexy" de Rod Stewart. En totalement déformé, ça va de soit. Le trip-hop hanté de Smogharp vient enterrer tout ça sous la neige cathodique et les décombres du cerveau de l’auteur… Après tout ça, on attendait un final grandiose et délabré, on n’aura que le très classique Witness, ce qui tire un peu trop ce disque vers un certain équilibre, alors que tout son charme résidait dans le gros n’importe quoi drogué et béat des 5 premiers titres. La note est dure, mais le trip aurait mérité d’être prolongé, non ?

note       Publiée le samedi 31 mai 2014

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Klarinetthor › dimanche 1 juin 2014 - 16:02  message privé !

la face A est terrible, flippante, note max et disque de chevet. Un des disques que j'ai le plus usé.

Note donnée au disque :       
dariev stands › samedi 31 mai 2014 - 23:26  message privé !
avatar

Je profite de postage de vieille chro du tréfonds de mon disque dur pour demander à ceux qui critiquent la forme des chroniques si ils ont en toute honnêteté lu la chro de Raven. Elle en dit plus sur l'album que la mienne, qui ne fait qu'essayer de décrire de façon cartésienne un disque saturé de drogues et d'hallus. ça me parait pas un crime de lèse-lectorat que de demander un minimum d'imagination pour un disque qui - il me semble - ne s'apprivoise qu'au fil de nombreuses écoutes en passant outre un 1er aspect très fouillis, même pour quelqu'un rompu à Skinny Puppy et du Edward Ka-Spel. Ce serait une chro de Simple Minds, on pourrait dire qu'il a été chercher un peu loin, sauf que c'est Ohgr. Guts n'est pas un site de vulgarisation, faites un effort : cette chro ne parle QUE de musique et de sensations.

Ignus › samedi 31 mai 2014 - 20:01  message privé !

J'aime bien le parti pris des chros gutsiennes mais ce qui plombe la lecture c'est l'absence de mise en forme (essentiellement le manque de paragraphe qui rend la lecture pénible). Bref, pour ce Ohgr, une bonne surprise qui évite la redite des 2 premiers. Moins direct, plus insidieux. J'accroche particulièrement l'ouverture. Par contre le suivant unDeveloped j'ai jamais réussi à rentrer dedans.

Note donnée au disque :       
lolokth › samedi 31 mai 2014 - 19:27  message privé !

Je plussoie, c'est la fête à la branlette cérébrale.

GOD c'était mieux avant !

drÖne › samedi 31 mai 2014 - 18:07  message privé !

Hum. Heureusement qu'il y a Youtube pour se faire une idée de la musique... Plus je parcours God, moins je lis les chroniques : les imagettes des pochettes me suffisent. Les chroniqueurs sont trop suffisants pour que leur lecture suffise : les mots n'aident pas, en l'occurrence, et le rôle de médiation culturelle du site se dissout dans la vanité et la logorrhée.