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Dinosaur Jr. › Bug

cd • 9 titres • 32:42 min

  • 1Freak Scene3:36
  • 2No Bones3:43
  • 3They Always Come4:37
  • 4Yeah We Know5:24
  • 5Let It Ride3:37
  • 6Pond Song2:53
  • 7Budge2:32
  • 8The Post3:38
  • 9Don't5:41

enregistrement

Produit par Paul Q. Kolderie et Sean Slade, 1988, Fort Apache North.

remarques

chronique

Non, en fait, c'est celui là, l'album de fou : Bug. Sorti moins d'un an après You're All Living All Over Me, avec ses allures timidement assagies, il est en fait encore plus furieusement ardent, bouillonnant, électrique que son prédécesseur. Bien caché derrière une production de college britpop pour hippies mal lavés qui préparent l'hiver (c'est pas une référence à Game of Thrones), c'est malgré ses allures parfumées un vrai disque qui phagocyte l'esprit, avec la patience succube d'une girlfriend possessive et manipulatrice. Le son des Dino Jr - qui pour le coup est véritablement devenu le son de J Mascis, les autres n'avaient même plus voix au chapitre pendant l'enregistrement de Bug - vire à la neo-psychedelia, se fait bon éco-diffuseur de nuages de noise et brouillards acides, huiles essentielles de ravintsara et de pin des landes. C'est marrant d'ailleurs, quand on apprend que c'est l'album de Dino Jr que J Mascis aime le moins, alors que c'est justement celui sur lequel il a été le plus intransigeant et le plus exécrable avec les autres membres (Barlow finit carrément par se faire virer au terme de la tournée promotionnelle du Bug, on rigole bien chez les Dino), il doit être l'un des seuls cons au monde à pas kiffer ce disque le pauvre, quelle tristesse (en même temps, quand on lit une interview de Dino Jr, on a toujours l'impression qu'ils se considèrent comme le pire groupe du monde, c'est encore plus triste). Mais n'empêche que ce Bug, quel disque ! Shoegazeux, dense, usine à riffs, entêtant, entraînant, haletant, cadencé, dissonant, halluciné, pop, et surtout terrifiant de bruitisme, tout malgré son accessibilité incompréhensible. La petite voix fragile de J Mascis, auparavant geignarde et plaintive, se fait désormais assurée et suave, pêché luxurieux au milieu d'un orage de concupiscence, quand il progresse par ailleurs à une vitesse folle pour pondre du riff scrapbooking et des solos qui vous couinent au creux de l'oreille avec la puissance d'une antenne radio recouverte de sucre confit en pomme d'amour. Il commence sur les chapeaux de roue avec Freak Scene, l'hymne slacker, l'un des morceaux emblématiques du Dino, pantouflard et blindé, et il ne s'arrêtera qu'avec Don't, seul titre de Bug où Barlow a eu le droit de s'époumoner, dans un cohue bruitiste pas possible, comme catharsis ou comme cri d'adieu à un groupe qui ne sera plus jamais si intense. Si toutefois on peut dire qu'il s'arrête. Parce que Bug, toujours à l'image de votre girlfriend succube possessive et manipulatrice, c'est un disque qui ne vous foutra jamais totalement la paix. Vous aurez bien beau le plaquer sur l'étagère, calé dans l'angle mort du canapé, il restera tapi à vous faire de l’œil à travers le mur. Bug c'est ce disque auquel vous resterez toujours secrètement addict, quinze ex et autant de disques qui vous auront réduit le cœur en poussière entre temps, et que vous ferez aller et venir entre les lèvres de votre étagère avec une excitation toute adolescente, et animé surtout par la détermination de faire sortir cette putain de squatteuse de mouche énorme de votre piaule, qu'on puisse y accueillir la nouvelle élue dignement.

note       Publiée le mercredi 28 mai 2014

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Sinon tiens, on dit souvent "Jay Mascis, quelle foutu guitariste"... Mais on oublie de préciser, la plupart du temps : pas "juste", pas au sens "ouah, les soli de guedin". De ce côté là y'a de la flamboyance, c'est sûr, mais quoi qu'en dise ce casse-couilles de Snug, Mascis est un musicien bien plus "complet" que ça, et pas "le Steve Vai de l'indie", non. Sur celui-là ça riff tellement coupant, avec des dissonances de tôle froissée bien réjouissantes, des passages de noise à la Sonic Youth ou autres new-yorkais post-nowave/Branca mais joués en se curant le nez, à la cool... Puis gratteux soliste OK mais AUSSI rythmique (le mec a été d'abord batteur il me semble, et le sera encore sur d'autres Dino Jr., après - et il garde un sens du rythme que "doit" avoir une chanson, syncopes, tempo, de ce qu'on peut en faire pour que ce ne soit pas plan plan, aussi).

Message édité le 12-08-2022 à 14:31 par dioneo

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Ah ben oui, gros tube (à l'échelle de "la scène" mais pour l'époque ça n'était pas insignifiant, "le grunge" allait bientôt cartonner, le public de ces musiques là ne représentait pas qu'une poignée de ponks de campus, je crois...). Et nettement "mérité", le carton, oui ! Super juste, la chanson, un vrai manifeste (du ne se prononce pas ?).

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Alfred le Pingouin Envoyez un message privé àAlfred le Pingouin

Putain Freak Scene quoi.

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Ben de rien... Bug est plus immédiat, c'est sûr, You're Living faut un moment pour le capter (enfin ça m'avait fait ça en tout cas, perso), il a une certaine bizarrerie qui peut faire obstacle avant que ça ne devienne son charme particulier. Quant à Green Mind tu sens en effet que Mascis est en chemin pour autre chose, que le ton change sans encore tout à fait que ça "aboutisse", que ça trouve la suite. Curieux de te lire, du coup, sur ladite (sachant que Where You Been, pour moi, est un peu à cette "deuxième période" ce que Bug est à la première : le disque où tout y est, complètement réalisé sans que pour autant ça tourne à la recette ou au résumé ...).

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GrahamBondSwing Envoyez un message privé àGrahamBondSwing

Je préfère Bug à You're Living All over me pour son côté plus nerveux, moins brouillon (enfin à part Don't mais c'est un peu le principe du morceau). Première écoute (je précise à nouveau). J'ai même eu le temps de continuer ce matin avec Green In Mind où tout est déjà plus poli (j'aime bien le morceau acoustique), plus tout à fait le même feeling, album de transition on va dire en attendant d'écouter les suivants, ce qui ne saurait tarder car ça s'écoute facilement... Et merci pour les conseils.