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Noir Désir › 666.667 Club

cd | 13 titres | 50:39 min

  • 1 666.667 Club
  • 2 Fin de Siècle
  • 3 Un jour en France
  • 4 À ton étoile
  • 5 Ernestine
  • 6 Comme elle vient
  • 7 Prayer for a wanker
  • 8 Les Persiennes
  • 9 L'Homme Pressé
  • 10 Lazy
  • 11 À la longue
  • 12 Septembre en Attendant
  • 13 Song for JLP [*]

line up

Bertrand Cantat (chant, guitare, harmonica, percussion), Serge Teyssot-gay (guitare, voix), Jean-Paul Roy (basse), Denis Barthe (batterie, voix)

Musiciens additionnels : Les Elèves De L'Ecole Nationale De Musique Et De Danse Des Landes (choeurs), Alain Perrier, Patrice Labèque, Thierry Duvigneau (voix), Akosh Szelevényi (saxophone, kalimba, haut-bois, clarinette, cloches tibétaines), Lajkó Félix (violon)

remarques

[*] piste cachée (hommage à Jeffrey Lee Pierce).

chronique

Album générationnel. Album qui nous fût un temps si familier qu'on l'oubliait, tout simplement, comme ses baskets sur le tapis d'entrée. Noir Désir, rockeurs poétiques de gauche altermondialistes adoubés par la presse et le public : condamnés à être pris comme lisses par les érudits myopes. Confortables ? Oui. Cet album est aussi l'origine de Saez et de toute cette vague de rockeurs français emo et en caravane des années 2000, c'est une évidence quand on réécoute "Comme elle vient" ("Qu'on est bien" ?), - et rien que pour ça, on peut lui en coller une. Album post-Tostaky, qui était déjà post-gothique. Après le noise-rock-post-hardcore-grunge ? La traînée de poudre radiophonique et sociale. Le chemtrail politique de Noir Désir. Leur seule erreur, en dehors d'avoir cru pouvoir recoller quelque chose de définitivement brisé, a été de se politiser un peu trop platement, édulcorant la poésie morbide et romantique de leurs débuts, mais bon, musicalement le changement a été peu perceptible, et puis dans le fond, tout ça était déjà sur Du ciment sous les plaines, alors guère plus en 96. Ils ont eu leur crise mystique, il leur fallait aussi traverser ça, j'imagine, comme un adulte devenu un peu trop sérieux. Avec, tout le monde s'en doute, un peu plus de finesse que le commun de la variété française. Je peux pas minimiser ça comme je minimiserais un Mano Negra ou le premier Louise Attaque (qui furent ses compagnons de collège) : 666.667 Club, c'est du solide. Je suis pas transi ni ébahi, ne l'ai jamais été. Mais c'est du solide. Cet "album de la maturité" claque, si encore on est pas trop chatouillé du populaire par les hymnes pour vieux adolescents désabusés "Fin de Siècle" (nécrologie d'une époque, avec ce prologue instrumental qui achève d'en faire une des merveilles de Noir Dez) et "Un Jour en France". Ou par ce puissant et presque hip-hop "L'Homme pressé" ("L’oppressé" ?), presque-scie aussi, à cause des boums, ou de la téloche... Mais aussi un de leurs morceaux les plus atypiques. Même si je goûte plus à Veuillez rendre l'âme et regretterai toujours une perte d'âme gothique, ils faut se rappeler que Noir Désir n'a jamais sorti d'album mauvais ni moyen. Ils se sont à chaque fois arrangés pour sortir un album typique de leur humeur du moment. En 96 l'humeur était activiste peinard et cool. Et post-grunge. Puisqu'à mes yeux de gosse des années quatre-vingt-dix, 666.667 Club c'était un peu ça aussi, même si je l'ai découvert cinq ans plus tard. Je vous passe la comparaison avec Nevermind, mais c'est pas forcément faux, on la ferait même plus facilement ici que pour Tostaky j'imagine. Cantat y est pas mal dans le monologue intérieur, même s'il se réserve des hauteurs hallucinées typiques, plus rares qu'avant. Teyssot-Gay a lui atteint son point d'écrémage : efficace mais aussi atypique, épineux. L'ambiance ? Celle d'un crépuscule générationnel ; ce qui sonne comme un cliché, sans doute. Mais le cliché c'est un peu la vérité qui tire la gueule quand on la chatouille trop, aussi. Après ces trois hymnes, Noir Désir s'affine, et lâche "À ton étoile", et puis il devient sublime sur "Ernestine". Comme il le sera sur "À la longue", ce coup d’œil par-dessus l'épaule, vers les granges en flammes de leurs vieux albums romantiques et américains. Et puis bien sûr "Septembre en attendant". Ces titres-là louvoient dans la grâce, entre ciel et béton. Vidalenc n'est plus là avec le poids post-punk de sa basse. Mais les riffs de Serge picotent, piquent, puis tranchent. La batterie fesse bien quand il faut. C'est calibré ? C'est du calibre, bien briqué. C'est beau et un peu gêné, c'est des poches sous les yeux d'une femme au réveil. C'est 666.667 Club : un putain de bon petit album que j'ai, qu'on a tous, beaucoup écouté. Qui fait moins revêche que Tostaky mais qui en a gardé l'âpreté, sous ses airs un peu pilotage automatique il y a aussi pelotage d'automatique si j'ose dire sur "Lazy". Mielleusement émo, autant que sublime, du moins jusqu'à cet ad nauseam débile. Cantat chouine et bruine, sa gorge une ruine, on comprend pourquoi il finira handicapé du gosier après cette période. Noir Désir atteint avec cet album le point d'encroûtage FM en même temps que sa patine "rock-alternatif validé par les magazines spécialisés les plus élitistes", et d'un point de vue gutsien ? Eh bien tout ça se tient aussi bien qu'un bon Bashung. 666.667 Club c'est aussi le parfum d'une rue qu'on aime, c'est les années 90 du côté "rouille parfumée" de la force. "Les Persiennes" : banal, intense... Le final en hommage à l'idole de toujours tout juste disparue, vocifération d'amour de Cantat à ce qui a toujours été son inspiration (en clair : tout sauf Téléphone), achève de verrouiller la beauté imparfaite de ce 666.667 Club à l'image de son titre, cette beauté un peu rude-balisée, trentenaire, entre-deux-temps. Il vaut pas le premier et le second à mes yeux, mais il vaut à quelques aigreurs-près le plus salé Tostaky. Un Noir Désir "décoiffé, poliment défroqué et avec barbe de trois jours" à dessein, mais bon... ils ont toujours été des esthètes. Les poses poétiques et les intimidations lyriques n'empêchent pas le poids d'une certaine rage. La fatigue n'empêche pas une certaine beauté. En réalité c'est un peu tout ça qui se mêle sur cet album, et c'est le 11 septembre qui attendra de leur péter à la gueule, pile au moment où sortira leur Nabuchodonosor. Le moins ampoulé 666.667 Club, c'était leur magnum : un magnum tendu avec un peu d'ambiguïté, qu'on a tous su saisir pour aller shooter les bouteilles dans les terrains vagues de nos têtes, à rêver d'ailleurs moins arides.

note       Publiée le vendredi 23 mai 2014

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zugal21 › dimanche 1 juin 2014 - 20:32  message privé !

Y a que le premier à sauver

torquemada › dimanche 1 juin 2014 - 20:28  message privé !

Musique plate et textes neuneus. Et quand Cantat chante en anglais, c'est vraiment la cata !

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taliesin › dimanche 25 mai 2014 - 11:12  message privé !

Leur meilleur album pour moi !

Note donnée au disque :       
Raven › dimanche 25 mai 2014 - 05:07  message privé !
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Et puis (pour finir) cet aspect "tocard" a très (très) rarement transparu dans la musique de Cantat ; en l'état, principalement sur celui-ci et ses quelques titres "leçon de morale", même si le terme n'est pas exact (je dirais plutôt "socialo-cucul-la-praline"). Vous voulez oublier toutes ces considérations extramusicales ? (ré)écoutez des morceaux comme "La Chaleur", "Danse sur le feu Maria", "Le Fleuve", "Lolita nie en bloc", "One trip / One noise" pour n'en citer qu'une poignée... et osez parler de leçon morale qui transparaîtrait d'une quelconque façon dans cette musique. Feu Marie, le complexe de la proximité hexagonale & le fâcheux médiatique, réunis tous les trois, ne peuvent suffire à entamer cette puissance, cette singularité.

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Raven › dimanche 25 mai 2014 - 05:06  message privé !
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Après tout, mieux vaut avoir sous ce disque-là qui le mérite un peu, plutôt que sur les autres, une petite discussion-bistrot sans rapport avec 90% de la musique de Noir Désir (ben oui... Noir Désir en dehors de ce skeud, ne soyons pas injustes et ne nous mentons pas : c'est pas plus "donneur de leçons" que les Doors ou Nick Cave). Même si je le précise : moralement, Cantat m'est presque aussi antipathique qu'à n°6. C'était fort probablement un tocard bien avant l'affaire Breakfast in America, et humainement je préfère des types comme Daniel Darc, moqué mais encore plus sincère qu'un enfant ou un chien, ou des comme Murat, des franc-du-collier qui hésitent pas à dire "va te faire mettre" au peuple droit dans les yeux plutôt que de lui dire "je t'aime" en lui tournant le dos. Artistiquement, en revanche... Cantat n'a rien à leur envier.

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