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Bérurier Noir › Concerto Pour Détraqués

cd • 16 titres • 51:04 min

  • 1Nada 84*
  • 2Petit Agité
  • 3Vivre Libre Ou Mourir
  • 4Conte Cruel De La Jeunesse
  • 5Le Renard
  • 6Les Rebelles
  • 7Porcherie
  • 8Commando Pernod
  • 9Les Éléphants
  • 10Fils De
  • 11Hélène Et Le Sang
  • 12Il Tua Son Petit Frère
  • 13La Mère Noël
  • 14J'aime Pas La Soupe*
  • 15Vive Le Feu*
  • 16Salut À Toi*

remarques

* Titres bonus de la réédition CD digipack (la version chroniquée, qui contient l'indispensable "Nada" (du pur Métal Urbain !), l'abominable "J'aime pas la soupe" (abominable pour les anti-Béru, genre torture), la 'gremlinsesque' "Vive Le Feu", et "Salut à Toi").

chronique

Styles
punk
Styles personnels
anarcho-punk

Bérurier Noir étaient amateurs d'Orange Mécanique, citaient Yul Brynner sur leur hymne "Salut à Toi", et leurs ambiances ramènent p't'être davantage à Série Noire ou Tchao Pantin... mais Bérurier Noir, si ça n'était qu'un seul film pour moi, ce serait plutôt Taxi Driver. La rage du mec blafard et aigre d'être écrasé par le système, sans thune, hautement frustré sexuellement et socialement, mais armé d'une envie de violence anti-politique impossible à éteindre qui le force pourtant à survivre. Qui a assez d'énergie pour concevoir un plan d'attaque, par le fond (car ceux du sommet ne regardent jamais au fond). Prêt à tuer et à se tuer après. Béru ont attaqué par le fond du cul de la société aussi : par les concerts, au milieu du petit peuple, non-punks et clochards admis. Ils étaient probablement prêt à tuer et à se tuer aussi, au moment où ils ont enregistré leurs deux premiers albums, vu toute l'aigreur qui en crache par copeaux bruts. Ils avaient un peu plus d'humour que De Niro dans le film, ceci dit. L'humour de l'impuissant, du mec qui aurait préféré rester un enfant, avec des costumes de mardi-maigre. Ils sont aussi à ma connaissance le seul groupe devenu culte au moment de sa mort. La première en '83, pas celle de l'Olympia : la mort du Bérurier multi-blases mais sans album, devenus "noir" pour porter le deuil. "Bérurier X Noir", donc : gamin, j'entendais ce nom si souvent (souvenir d'une réplique de mon tonton : "Noir Dez ouais, mais Béru c'était quand même aut'chose"), en associant dans mon esprit à des groupes comme Négresses Vertes (qui étaient aussi pas super propres à leur façon hein - Héno est une x-Béru - et qui avec le recul étaient un peu leur frère estival et populaire) car Mlah tournait nons-top chez mes parents, ce qui m'a un peu donné une image fantasmée fausse de Bérurier Noir. Une image guillerette et radiophonique. Alors que c'est dégueulasse, Bérurier Noir ! C'est dansant à mort aussi, faut dire... mais c'est du genre 'danse de rmiste bourré & à la limite du suicide'. Et ma métaphore est tout sauf gratuite : nombreux sont les prolos désespérés de la France des années 80 qui ont peut-être survécu grâce à ce groupe, en secouant leurs jambes et leurs bras dans tous les sens. Pas que des "jeunes", s'entend, même si Béru les ont unifié dans leur laideur "punk d'après new wave" et dans leurs "messages", ce qui compte ici n'est pas tant le message que la façon de le délivrer : dégueulasse, insalubre, authentique, puant le vécu. La survie par l'abrutissement du pogo, c'était une meilleure idée que la survie par l'abrutissement des séries diffusées sur la TNT... PMU tous les jours, patches sur le cuir ou le d'jine, et Béru minimum une fois par semaine... tout un cliché, et tout un programme, bref toute une époque que je n'ai - ni heureusement ni hélas - pas connue. Une époque de laquelle Béru a concentré toute la crasse en un seul et même RYTHME. Une pulsation animale, un son lobotomiseur-incantatoire qui a comme jailli des égouts et de dessous les immeubles, une danse de survie. Si on excepte Viva Bertaga galvanisé par l'énergie du concert, ce Concerto Pour Détraqués, avec sa pochette presque residentsienne est peut-être, avec le glauquissime Macadam Massacre dont il est la version plus "enjouée", le disque qui capte le mieux le venin de ce groupe : ce truc glauque, crade, et pourtant totalement rock'n'roll. Bérurier Noir, c'est pas Lucrate Milk, c'est beaucoup plus bittable. C'est Métal Urbain, mais avec des riffs aussi accrocheurs que du Motörhead. Tous les riffs sont à peu près pareils, hein... Mais on s'en branle : la guitare a cette espèce de son ultra-brut, genre que même en amateur tu peux pas faire plus brut et plus réel, comme sorti d'un caveau gris et froid... aucun groupe n'avait le même ! La boîte à rythme même topo : aussi indispensable que chez Big Black ou les vieux The Cure (quoi ? Lol Tholhurst c'est pas une marque de BàR ?), elle renforce cette puissance punk qu'on dirait rectiligne et chiante si on était juste platement objectif. Mais le punk est une des pulsions de survie les plus primitives de l'humain, et l'objectivité sera toujours un droïde qui ne peut pas la comprendre. La voix de François, si connement ordinaire - le vrai punk chante comme toi, comme ton pote - achevait de souder ce morne véhicule, cette DS bousillée lancée à pleine allure avec la portière gauche défoncée râclant le sol qu'étaient Bérurier Noir. La touche de sang sur le glaviot : le saxo, noyé dans la crasse, tâche de jour comme le melodica chez Gang Of Four. Et puis pour les paroles évidemment c'était à peu près tout le contraire de Téléphone quitte à être bien grossier (c'est assez de rigueur de toute façon) même si dans le fond Béru étaient capables d'être tout aussi baba cool ; mais ce feeling...comme une version souterraine, obsessive et obsédante du punk français d'alors, avec uniquement des tubes pour rebus du système / chroniques de ratés ordinaires. Après quelques tours dans les oreilles, chaque morceau devient un tube, on bloque dessus. Le mien comme beaucoup, longtemps ce fût "Hélène et le sang" (là c'est plus Taxi Driver, c'est de l'hymne pour rape 'n' revenge urbain à la Ms. 45). Mais toutes les chansons du Concerto sont à se taper la tête contre un mur, ce sont toutes des hymnes à hurler seul ou massés en grappes humaines. Citer plutôt "Le Renard" que "Commando Pernod" ne rime pas à grand chose : faut les gueuler sans réfléchir, on s'en bat les reins du message car c'est crade, ça attaque à la gorge et c'est putain de bon ! Plus que Crass ou le commun de l'anarcho-punk, Concerto pour Détraqués n'est pas loin des vieux Killing Joke, sans l'envergure mystique et religieuse mais avec ce truc rituel / tribal d'occidental ("nous vivons comme en afrique, au rythme de nos musiques") : on est au coeur de la rue, là où les seuls points de chaleur sont un tonneau en flammes et les corps massés en pogo sous ce ciel noir sans fin, dans cette ville sans avenir. Béru = brut et organique. Si vous êtes désespéré, tout juste planté par votre ex à la fin du mois, à bouffer que des pâtes pour limiter le découvert qui se creuse de plus en plus, mais que par miracle avant d'ouvrir la fenêtre ou les câbles pour en finir une bonne fois pour toutes vous arrivez à trouver une cannette de bière survivante collée au fond du frigo : sortez ce disque.

note       Publiée le jeudi 22 mai 2014

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Note moyenne        8 votes

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Shelleyan aka Twilight › vendredi 23 mai 2014 - 14:19  message privé !
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que dire de plus...culte et indémodable !

Note donnée au disque :       
Tallis › vendredi 23 mai 2014 - 11:14  message privé !

Inoxydable, ce truc.

novy_9 › vendredi 23 mai 2014 - 11:01  message privé !

J'ai acheté ce lp ado un an après sa sortie ! il a tourné sur ma platine et dans mon walkman de 20cm de long et 8 de large, pendant quelques années, je l'écoute toujours avac autant de plaisir quand il passe, une époque, une rage et un message. Je me souviens que les Bérus avaient fait le zenith pour 50 francs 2 ou 3 soirs de suite complets, histoire de montrer que les groupes de l'époque qui passaient pour 130f abusaient un peu :) Une conception de la vie les Bérus.

Note donnée au disque :       
Fabb74 › vendredi 23 mai 2014 - 10:23  message privé !

Chronique parfaite Raven !!!!! Quelle chance d'avoir des parents de cette trempe ! Moi qui écoutait les Béru pour contrer la culture musicale du foyer... Toute une époque... Inoubliable ! Toujours fan !

Klarinetthor › vendredi 23 mai 2014 - 00:15  message privé !

et aujourd'hui François est chercheur au CNRS et Ferrara sort Welcum to NY, bienvenue en 2014

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