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La Rumeur › Volet 1 - Le Poison d'Avril

cd • 5 titres • 18:00 min

  • 1Le coup monté
  • 2Du déclin au défi
  • 3Blessé dans mon égo
  • 4De l'eau dans mon vitriol
  • 5Personne n'est moins sourd

line up

Ekoué, Hamé, Philippe, Mourad (MC's). Kool M, Soul G (production)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
brain rap

La Rumeur qui monte au créneau, ça a commencé en fin de siècle avec un joli lâcher de maxis, comme ça sans prévenir, une trilogie caustique déversée sur le marché du rap français en pleine floraison. A l'époque, les rôles respectifs au sein du collectif étaient déjà posés, on peut le voir rien que dans la répartition des sorties : chacun des deux leaders s'est vu attribué un maxi complet, Ekoué (1996, ci-chroniqué) et Hamé (1998, Le franc-tireur); puis Mourad & Philippe, toujours moins prolixes et moins visibles, se sont partagés le dernier, en 1999. Je voulais revenir sur la partie d'Ekoué, qui marque la naissance brûlante de ce murmure voué à grandir, à grand renfort de procès à rebonds et de tapage médiatique. La figure centrale de cet EP, Ekoué donc - s'il est besoin d'une présentation - c'est un mauvais garçon agrégé de Sciences Po, d'essence togolaise, un brin rebelle-idéaliste, un brin chrématistico-pragmatique. Né en Avril, il trempe sa plume de condor dans du jus d'amanites phalloïdes - ça permet des jeux de mots sympathiques : "Poison d'Avril". Et pourtant, déjà à ce moment là, La Rumeur et son "leader", c'est loin d'être de la grosse blague vaseuse, un peu convenue, c'est même plutôt l'inverse... Ce 1er maxi d'Ekoué impose d'emblée sa bannière comme la figure de proue du rap conscient (mais à part) en France, du genre verbeux et canaille à la fois, à malaxer le colonialisme et les avatars et aléas de la vie de métèque en territoire ennemi. Malgré sson délissieux sseveu sur la langue, Ekoué blablate au kilomètre, parlotte, déroule sa science, mâche la salive et travaille des lèvres, incessamment, inarrêtable, sans trop se soucier de rimer juste ou de coller à la mesure, concentré sur son double objectif d'à la fois vaporiser le produit à conscientiser sur nos cervelles abruties, et d'empocher la maille au tournant. Paradoxale position! j'ai toujours trouvé, et on aurait pu dire qu'c'était naïf de penser ça possible, comme deux antagonistes inconciliables... Ledit l'expose d'ailleurs dans "De l'eau dans mon vitriol" : a) "Des lyrics conscients, des textes francs" b) "Le blé comme principale motivation". Je sais que les biographies de Mandela se vendent bien, surtout à la mort d'icelui, mais là, ça vous paraît spontanément un bon gagne-pain le prêchi-prêcha, vulgaire et franco ? Et pourtant... l'histoire a montré qu'une harmonie des contraires apparents était possible, par la bonne grâce des ennuis avec la Justice, qui viendront, et qui ont eu le bon cœur de faire une pub monstre au groupe...Pourtant, hien avant les remous, dès cet EP, les bases du son La Rumeur sont déjà posées: instrus grinçantes et organiques, dans le pur esprit 90s, conviant abondamment flûtes et claviers jazzy en se souciant peu de sonner cool; en vérité plutôt froides, nocturnes, dissonantes... et Ekoué cocottant en surface sa frime fâchée-cultivée, accompagné parfois par Hamé au refrain, et même la bande au complet sur le morceau d'introduction. Si on se souvient du semi-ratage d'Hamé sur "Le coup monté", un peu trop bancal et laborieux quoique excellent textuellement parlant; c'est surtout "Blessé dans mon égo" que je retiens (et qui a été retenue) ! sur un effeuillage de harpe et des légers sanglots de vibraphone, qui transpirent une sensibilité purement abstract hip-hop, Ekoué sort un texte rare, long, humble, qui raconte tout l'écart entre sa rapophilie de fils d'immigré et les aspirations de sa famille au bled... et ce refrain, touchant... "L'expatrié du coin te parle / (Eh quoi de neuf cousin?) / A l'heure où trop de putes jouent la carte d'l'assimilation / Ici ou là, le même schéma, l'même statu quo : perdu le cul entre deux chaises seul face à mon égo". Le reste est moins marquant mais non sans pertinence pour qui voudra s'y arrêter - après tout, on écoute bien La Rumeur, donc question appréciation, vaut mieux miser sur le verbage qu'analysera votre organe-roi coincé dans son bulbe osseux, plutôt que sur des tubes qui vous fouteront la bougeotte. C'est dit! (sept mille)

note       Publiée le lundi 12 mai 2014

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Rastignac › vendredi 12 juin 2020 - 10:55 Envoyez un message privé àRastignac
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C'est une belle chronique, qui résume bien le rémue méninge de ce groupe et d'Ekoué en particulier. Par contre, je n'ai jamais réussi à tenir, c'est pas que le propos me gêne, ni que le verbe soit nul, c'est juste que... je regarde, et je m'en vais, et je reviens pas...

No background › mardi 13 mai 2014 - 23:05 Envoyez un message privé àNo background

"Apparaître le moins possible, pour moins passer pour un con, les autres l'f'ront à ma place, s'chargeront de ma promotion".

Note donnée au disque :