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The Afghan Whigs › Congregation

cd • 12 titres • 44:29 min

  • 1Her Against Me
  • 2I'm Her Slave
  • 3Turn On The Water
  • 4Conjure Me
  • 5Kiss The Floor
  • 6Congregation
  • 7This Is My Confession
  • 8Dedicate It
  • 9The Temple
  • 10Let Me Lie To You
  • 11Tonight
  • 12Miles Iz Ded

line up

John Curley (basse, voix), Steve Earle (batteur) (batterie), Greg Dulli (chant, guitare), Rick Mccollum (guitare, voix)

remarques

chronique

Styles
rock alternatif
Styles personnels
soulful

C'est assez rageant, tout de même, le coup du grower à la grâce écorchée. Il y a déjà tout ce qui fait les Afghan Whigs dans Congregation, pourtant. Mais ces jeunes fougueux ne contrôlent pas encore leurs effusions, et surtout n'ont pas eu la thune pour une production noble. Sub Pop avaient vraiment le don de faire passeurs ingrats entre la rue et le show biz, y a pas à chier. Le son de Congregation est terriblement indigne, comme du reste celui des meilleurs Hüsker Dü, auxquels il reprend ce charme "sensibilité romantique sur tapis de limaille". Cet écrin indigne fait que ce prétendu "Gentlemen du pauvre" est à la fois souvent sur le point d'envoyer aux cieux, même quand il sonne encore trop foutraque et mal dégrossi ; tant, que j'en ai mal au crâne d'y cerner la blue eyed soul qui nagera tranquille sur un 1965. Congregation déborde pourtant de passion, c'est une évidence à l'écoute de morceaux comme "I'm Her Slave", "This Is My Confession", "Dedicate It". Ou le final "Miles Iz Ded". Les guitares de McCollum et Dulli ont juste le groove le plus improbable qui soit d'entre tous les groupes alternatifs de l'époque. C'est sans comparaison, vraiment, tout en stacatto-machiatto et en acupuncture, tout en zébrures et en étincelles rouges. Musqué. La soul, le blues et même le funk sont bien là, entre les lambeaux hard rock et post-punk. Dulli en bouffe depuis tout petit, de ces choses-là, même s'il a toujours été trop singulier pour jouer les nègres blancs. Il déploie déjà ses parades de minauderies narcissiques tendance onaniques. Et même si le son ne suit vraiment pas, c'est tout de même nettement plus fort que sur les pets de jeunesse qu'étaient Big Top Halloween et Up In It : les mélodies survivent à travers le filtre du tamis rouillé, tant elles jaillissent de partout, effusions florales exquises, et au micro on le sent souvent prêt à fondre comme le sucre de l'absinthe, le Greg. Il se lâche même dans des vocaux graves presque beefheartiens sur ce "The Temple" volé à Jesus Christ Superstar et bien acaparé... étrange, vraiment... The Afghan Whigs ont toujours été étranges. Sensuellement étranges. Quel dommage, vraiment, que ce son de guitares soit souvent si putain d'irritant ! Le style suave des Whigs t'accueille, mais leur production clocharde te blesse, comme un peignoir incrusté d'aiguilles. Damn'. On se réconforte comme on peut sur "Let Me Lie To You". Congregation est une belle catin racoleuse... il nous amourache dès sa pochette chaude et choute : on sent la pose ratée, le chiard couine probablement d'avoir attendu le vingtième cliché, mais c'est classe quand même. Et dans le fond, cette pochette, c'est totalement le reflet du son Afghan Whigs : mélanger influences noires et blanches dans un rock métisse qui sera vendu sous la bannière grunge alors qu'il ne sortait pas plus de Seattle qu'il n'était l'oeuvre de punks hirsutes et en jeans. Dulli était bien trop classe pour ça, même pauvre, il avait déjà une grosse rose piquée au pochoir. Il se touchait déjà grave le coquin, sorte de Jon Bon Jovi de l'alternatif qui s'ignore, baiseur contrarié, don juan un peu malsain, ou playboy blessé, fusant à toutes berzingues dans le rose à grands renforts de vociférations sirupeuses. Sacré bonhomme, mais comme il le dit très bien lui-même avec le recul : agaçant, terriblement agaçant, pour ceux qui ne seront pas aptes à supporter cette charge glucose. Ceci dit changera-t-il vraiment avec l'âge ? En attendant, comme je le disais en entame : Congregation est un grower, malgré sa carapace difforme, il renferme plusieurs joyaux défigurés. Chacun les extirpera comme il pourra. Si les oreilles en tolèrent l'acidité aigre, il faut vraiment laisser le temps à cet album, car on n'en verra probablement jamais de ré-enregistrement (un remaster ne suffirait pas comme chirurgie). Quant à Dulli, le bellâtre aussi multi-infulences que le jus n'est multi-fruits et qui a porté la chose à bout de bras, il lui faudra un peu plus pour parvenir à faire plus qu'accrocher et égratigner de sa soul ; pour parvenir à charmer. Il lui faudra être... un gentleman.

note       Publiée le dimanche 11 mai 2014

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E. Jumbo › lundi 4 décembre 2017 - 14:31  message privé !

Tiens, je pensais pas que ça me rappellerait autant Dinosaur Jr. ce groupe...

Note donnée au disque :       
torquemada › dimanche 11 mai 2014 - 09:21  message privé !

Disque de transition qui n'a plus la fougue garage d'"Up In It" (ah, ces "Retarded" et autres "White Thrash Party", que c'est bon) et pas encore la classe de "Gentlemen"). Ca reste du solide. Sinon, le nouvel album a l'air assez sympa.

Note donnée au disque :