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Psykick Lyrikah › Des lumières sous la pluie

cd | 11 titres | 49:00 min

  • 1 Fractions
  • 2 Le Dernier Chapitre
  • 3 Vois
  • 4 Descente
  • 5 Ma Ville
  • 6 L'Homme Errant
  • 7 La Sphère
  • 8 Trois Lettres Rouge Sang
  • 9 La Tête À Effacer
  • 10 Le Double
  • 11 Des Lumières Sous La Pluie

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Koolkal / studio One.off (Rennes). Guitares enregistrées par Koolkal / studio Cocoon (Vern-Sur-Seine). Masterisé par Sébastien Lohro / studio Passage à Niveaux (Rennes).

line up

Arm (MC), mr. teddybear (prod)

Musiciens additionnels : Olivier Mellano, Abstrackt Keal Agram, Robert le Magnifique

remarques

Trois morceaux laissent carte blanche aux ajouts d'Olivier Mellano (violiniste repenti en guitariste expé - pour faire court) : Le double, Trois lettres rouge sang, l'homme errant. Et trois autres à ceux de Robert le Magnifique (scratches - bassiste sur scène, quand le besoin d'une énergie plus proche du "rock" se fait sentir) : Fractions, Le dernier chapitre, La sphère

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
abstrait

Revenir sur "Des lumières sous la pluie", c'est revenir sur le skeud où Psykick pratiquait encore un hip-hop "moyennement orthodoxe" - quoique le mot soit tout relatif, on le verra après -, annonciateur de ses errances alternatives qui décevront les bboys les plus acharnés... "Des lumières sous la pluie", c'est le premier et dernier classique du groupe, avant son échappatoire (temporaire) sur des chemins plus boueux, en marge de la marge. Ce Psykick-2004-là est déjà une seconde mouture - car Psykick Lyrikah est un collectif sur sables mouvants : des mecs disparaissent et refont surface au fur et à mesure des disques, au gré d'Arm, seul maître à bord... et ce premier full-length au line-up épuré propose déjà un dosage étonnant : moitié-rappé, moitié-instrumental. Deux vocabulaires complémentaires. Que cela soit sur les interludes ou les instrus rappées, le producteur aux manettes, mr. teddybear, fait un travail remarquable d'éclectisme, louvoyant du post-rock à l'electro, de l'electro au classique, du classique au rock, infusant sa science du sample, insufflant à chaque note cette mélancolie contemplative qui imprègnera l'ambiance du disque. Ce genre de skeud à panoplie stylistique élargie et fourmillant de détails s'inscrit tout à fait dans l'esthétique "abstract hip-hop", qui a pour pendant verbal la plume d'Arm. Pas besoin d'en parler, quelques secondes d'écoutes suffisent à s'rendre compte : c'est une écriture dense, littéraire, passionnée, d'inspiration Russie 19ème, qui se fait volontiers métaphysique... Rare. Niveau densité, maniement inconventionnel et flouté du verbe, c'est un peu comme si Dioneo rappait ses chroniques! eh eh... Cependant aucune chance qu'il soit le nègre d'Arm, car le rappeur glisse facilement (sur ce disque) vers des mises à nu post-ado / romantiques ("La sphère" ou "Vois") que notre collègue ne se permettrait pas ; mises à nu qui restent hautement supportables, hein, c'est pas de l'emo dégueulasse : on tient là une vraie plume qui sait y manier la langue! La preuve : les deux excellentissimes titres d'ouverture et de fermeture, dont il s'impose de pérorer un ptit peu en ces lieux... "Le dernier chapitre", seul morceau avec les fameux Abstrackt Keal Agram à la sono (à la place de teddybear), est un morceau maudit. Parce qu'il relate une fantastique aventure de repli sur soi le nez dans les bouquins, parce qu'il est un crescendo paranoïaque et suicidaire, parce qu'il est pétri de références littéraires, il vaudra à Arm des tas de question en interview sur son immense culture libresque et sa sombritude totale... toutes deux n'étant que des mirages, des fantasmes! Arm, en toute humilité, mettra du temps à se dépatouiller de ces deux axes d'approche biaisés de son personnage... Et c'est pas "Des lumières sous la pluie", le morceau éponyme conclusif, qui a pu l'aider... un long poème torturé comme ça, anaphoré à la Césaire ("au bout du pont..."), porté par la voix d'un jeune Arm montée sur pianos pleurnichards, c'est un morceau qui restera à coup sûr dans les annales (des plus sombres titres) du rap français... pour la qualité de son texte, pour sa longueur, pour ses scansions "patience! l'arche est faible, et sous l'absence qu'elle absorbe elle cèdera!"... Et puis "Ma ville", qui traite le thème d'une manière nouvelle (!) sans nous casser les pieds avec la tess', les flics et les détritus ; les programmien-neurasthéniques "Vois" et "Le double" (Dostoïevski dédicace), qui portent le sceau de cette écriture surréaliste, peu commune dans le rap ; tous ceux-là sont d'autres titres à découvrir absolument... Cette esthétique romantique, cette écriture polie, lettrée, érudite, mais jamais moralisatrice ou pénible, confère au disque une singularité autre que purement instrumentale. Whatsoever, Psykick Lyrikah est devenu à la suite de ce premier essai un cas classique des artistes de l'ombre : il fait jaculer la presse indé à chaque émanation, tout en étant invariablement boudé par les grands médias. Entre ces deux derniers, et relativement à toute l’œuvre de Psykick, je me rabattrai sur un constat perso un peu fadasse : tous les disques de Psykick sont inégaux! à commencer par ce "Des lumières sous la pluie". Chacun abrite son bunch de perlouzes brillantes, son effectif réduit de diamants qu'on ne détecte qu'à la loupe des écoutes répétées... et puis des titres moins bons - pas chiants - des titres qu'on n'a pas envie de mollarder parce qu'il y a cette écriture toujours chiadée, ce soin des dernières retouches, cette précision musicale - on n'aurait pas envie de souiller le travail - mais qu'on zappe nonchalamment à chaque fois que le disque déroule... En tout cas, c'est ce que je fais, plus ou moins consciemment pour les titres instrumentaux et d'autres plus mous-faiblards comme "Trois lettres rouge sang", et même "Le double" (que je peux trouver autrement excellent selon l'humeur), et qui n'ont pas l'intensité d'un "Le dernier chapitre"... C'est pourquoi la note maximale ne peut s'imposer à titre personnel! à cause aussi du sentiment de rester sur sa faim devant le peu de passages rappés. L'écoute est fortement recommandée à tout curieux et à quiconque souhaite se changer ses idées préconçues sur le rap, et a fortiori sur le rap français, auquel ce genre de disque a apporté ses lettres de noblesse!

note       Publiée le vendredi 2 mai 2014

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Klarinetthor › dimanche 13 novembre 2016 - 15:40  message privé !

"Niveau densité, maniement inconventionnel et flouté du verbe, c'est un peu comme si Dioneo rappait ses chroniques!" haha... Oui c'est pas mal saikik lirika, surtout les morceaux avec Mellano a la gratte. Le truc sonne un peu comme si Spoke Orkestra n'avait qu'un seul MC (celui qui a la voix la moins bizarre)

Note donnée au disque :       
saïmone › samedi 3 mai 2014 - 00:58  message privé !
avatar

Je l'ai épuisé à l'époque. Le dernier chapitre, putain. Je sais pas si à la réecoute ça le ferait. D'accord sur le constat de l'inégalité : 3 ou 4 tueries chaque fois, et le reste qu'on oublie