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Oxmo Puccino › Opéra Puccino

  • 1998 • Delabel 7243 8 43786 2 6 • 1 CD

cd • 18 titres • 68:11 min

  • 1Visions De Vie
  • 2Black Mafioso (Interlude)
  • 3Hitman
  • 4Qui Peut Le Nier !
  • 5Peur Noire
  • 6L'Enfant Seul
  • 7Alias Jon Smoke
  • 8Peu De Gens Le Savent (Interlude)
  • 9Amour & Jalousie
  • 1024 Heures A Vivre
  • 11Sacré Samedi Soir
  • 12Le Jour Où Tu Partiras
  • 13Sortilège
  • 14Black Cyrano De Bergerac (Interlude)
  • 15Mensongeur
  • 16La Lettre (Tant De Choses A Dire)
  • 17La Loi Du Point Final
  • 18Mourir 1000 Fois

line up

Oxmo Puccino (MC), DJ Mars (production), DJ Sek (production et scratches)

Musiciens additionnels : Akhenaton (MC), Freeman (MC), Le Rat Luciano (MC), Pit Bacardi (MC), Lino (MC), K-Reen (chant)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
mafiosonirique

Ce gros noir, là-bas, gauche et bouffi dans son costard sur-(dé)mesure, avec l'oeil paisible d'un mastiff songeur, tu le vois ? Là-bas ouais ; regarde pas putain... il nous regarde... dès qu'il te sonde, c'est fini, ton âme devient son berlingot, et son flow t'enrobe et te perce comme la soul des pauvres, la pire. Ce gros renoi c'est le videur de L'Opéra, la boîte dans laquelle les thons ont jamais assez d'thune pour rentrer. Il s'appelle Oxmo. Tu peux l'appeler Abdou, ou Bouboule - certains y sont arrivés en gardant leurs phalanges et leurs mâchoires intactes. Un peu le poète-philosophe timide de la cité, cet Oxmo, mais un peu le gangster bouffeur de minous, aussi. Son nom c'est Puccino - comme le cappuccino ça s'écrit pareil - et il me rappelle John Caffey - comme le café mais ça s'écrit pas pareil - sauf que lui après avoir absorbé tout le mal de la dame cancéreuse, il la prend en levrette et fume son mari au 9mm à silencieux en bas des escaliers. Guérisseur/Blesseur. Les deux masques fonctionnent : Oxmo est décrit poète à satiété par les critiques et les excaveurs de bacs, mais comme le prouvent "Hitman" (ou comme je la nomme affectueusement : "Pucc Fiction II") et "Alias Jon Smoke" : il est aussi le sublime mafioso raconteur de crimes, le plus beau fils spirituel du Kool G Rap de Live & Let Die, cela ne fait pas plus de doute qu'il n'y a de rap non-gutsien bien noté dans mon escarcelle. On dit aussi souvent d'Oxmo qu'il est le Notorious B.I.G. hexagonal, et c'est vrai que vocalement et même physiquement la ressemblance des deux fait lien très fort, et puis Oxmo lui aussi a ses errances 'FM & putes' tel ce "Mensongeur" qui est un peu son "Hypnotize" discount, une balafre rose bonbon qui pourtant participe à sa façon à la personnalité du skeud, un peu paradoxalement vis-à-vis d'un titre comme "Je ne suis pas à plaindre" qui m'a toujours un peu gâché Métèque et Mat (mais en même temps Oxmo est nettement moins didactique que l'amical Akhenaton tout comme il est moins scolaire et architecte minutieux de la rime qu'un Solaar ; il est d'un autre monde, beaucoup plus trouble, sensuel et vicieux). On la pointe donc souvent cette Mensongeuse putassière, et c'est vrai qu'elle est taillée pour passer sur le fun-radio de l'époque, mais "Le Jour où tu partiras" est tout aussi soupe selon moi malgré les jolies rimes d'Oxmo... seul RZA je crois aurait eu le talent d'incorporer ce genre de r'n'b dans un album de hip-hop sans perdre en classe... Et pourtant, avec le recul s'il en a pas l'homogénéité, L'Opéra d'Oxmo est au même niveau d'aristocratie mafiosa qu'un Only Built 4 Cuban Linx, parce que la personnalité au mic d'Oxmo est encore plus magnétique et singulière que celle de Raekwon, et surtout parce que ce sont les deux seuls albums de rap qui me donnent une puissante envie de m'allonger sur mon canapé et de me vider une bouteille entière de cognac. Contrairement à Biggie, pour y revenir quand même (chronique dodue inévitable) : Biggie lui ne possède la plume que pour orner son chapeau. Et ça fait toute la subtile différence. Oxmo n'est pas la grosse huile : il est l'homme de main, le majordome. Celui qui observe, celui qui tue, et celui qui sait. Celui qui voit la vie par ces deux masques. Ses Visions de Vie te troublent d'entrée : marshmallow des songes. Oxmo y grignote un egotrip insidieux avec ses dents de loup. Oxmo a deux visages comme la pochette le murmure sous ses ombres chelou : rimes amères / ou à mourir de rire. Coincé entre ces deux karmas comme un traversin entre deux oreillers. Assez généreux pour coller un interlude de quatre minutes qui est en fait un rap déguisé en skit. Rond comme Coluche. Pis il te parle comme s'il avait de la semoule trop cuite dans la bouche, Oxmo... Toujours avec un bout de truc qu'il chique en bon videur patient et scruteur de vies, capuchons d'bic ou manchon d'poulet donnant à ses mots cette saveur unique, cette poésie confite au feu de pneu. Mais t'inquiète, lui même il sait, il en joue même sur "Peur Noire" d'ce cheveu énorme sur la langue... son couscous buccal c'est son âme, il cherche pas à l'avaler : il le crache en douces boules sur les baffles, et les grains passant dans le flow font aussi la bizarre étrangeté de son aura, ces approximatives et mongoliennes intonations impactent l'âme violemment mais avec un son étouffé, comme des grenades sous-marines. Comme si un enfant de 120 kilos te scrutait le dedans de la caboche. Oxmo sait faire jaillir la douce rancoeur du bitume, faire suinter les cris de bébé d'une carne endurcie. Avec lui le béton et le duvet se confondent. L'Opera est resté son unique classique, laissant hélas dans la pénombre L'Amour est Mort, mais on comprend rien qu'avec les deux titres rappés stratégiquement par les invités marseillais - opérant contre gratification sur Sad Hill et L'palais de Justice - pourquoi cette considération plus consensuelle a fait école. Et le panda en nous éradique totalement le bambou de haine qui a pu pousser à l'écoute des deux bouses r'n'b citées plus haut, au moment où il se mange à la petite cuillère "La Loi du Point Final" qui reste peut-être le morceau le plus ambivalent de l'ère très cliché du rap à violons plaintifs (souillée par un Lino tout rachitique et crasseux du flow, comme une racaille se torchant dans la nappe en soie d'un restaurant étoilé), et l'innénarrable "Mourir 1000 fois" avec cet extrait malsain de "Demain c'est Loin" ramolli en chopped & screwed et ses sirènes parasites ultra-dégueulasses. Trouble. Ceux - pandas d'autres horizons peut-être ? - qui pointeront les défauts et les laideurs de cet Opera comme raisons de le noter raisonnablement et prudemment d'un 3 ou 4 sur 6, sauront jouer de la pétanque avec leur note, je les laisse entre tristes sires. Y a ceux qui notent et y a ceux qui grelotent. Moi j'm'en fous, mon terrain est miné de peluches piégées, Oxmo a placé des bastos sous mon oreiller comme des dents d'lait pour la petite souris. Mystérieux-menaçant. Car c'est aussi ce son menastérieux du Time Bomb qui fait le trouble de L'Opéra, ne pas en parler serait aussi honteux que monter un irish sans crème. Leur crème à eux, ils l'injectent depuis les réverbères, pour des rêveurs beurs, en beats beurrés, comme dans un rêve bourré... ces instrus moirées, comme une peau de malien sous la lune, douces et rugueuses en même temps comme si on faisait du coton de bitume, ce style "Beatminerz d'île-de-france manipulant ombres et lumières" est totalement restitué dans le visuel de la pochette en fait... Oxmo, videur-poète, décoche donc ses coups sur du pur velours - il est Puccino. Coups de poing avec gants de daim, mais puissants ; les coups d'un poteau qui te surveille du coin de l'oeil contre ce poteau en coin, sachant ce qu'il doit savoir et ne se privant pas de cruauté pour t'attraper par le doudou et, sans prévenir, cerner et serrer contre lui l'enfant seul qui est au fond de toi. Car il sait qu'c'est toi... Une madeleine qui fait profondément bobo, cuite par cet ogre empoté, auquel je me suis attaché petit à petit comme à un gros. Avec Oxmo Puccino, les larmes poignent... mais elles ne sortent pas.

note       Publiée le mercredi 30 avril 2014

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Note moyenne        4 votes

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Raven › jeudi 1 mai 2014 - 04:58  message privé !
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Ils devraient vraiment sortir une compilation avec tous ces petits morceaux cultes éparpillés sur les compiles de 96 à 00 et sur les albums des autres ("Le Passé Reste" bordel), ou mieux les coller dans une réédition spéciale de L'Opéra avec un deuxième disque dédié.... ça aurait une putain de gueule, mais je doute que ça arrive un jour...

Note donnée au disque :       
nowyouknow › jeudi 1 mai 2014 - 01:38  message privé !

non c'est une compile "l'invincible armada" (1997) de mysta d qui a fait les beats de 2-3 tueries pas forcément connues (les albums de d. abuz system et le guet-apens de weedy et le tin). je me souviens moins de cette compile que de ces albums mais c'était au moins pas mal il me semble, au moins pour abuz et oxmo.

un autre morceau à dénicher c'est "les gens savent", le morceau à l'origine de l'interlude sur l'album mais entièrement rappé cette fois... j'en ai pas mal des petites perles d'oxmo qui trainent au milieu de featurings quelconques...

Raven › jeudi 1 mai 2014 - 01:09  message privé !
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Remarque tout à fait juste... en fait j'ai toujours cru que le skeud sur lequel y avait "Monsieur Puccino" était sorti après l'album... (je ne le connais pas du reste, c'est une mixtape non ?)

Note donnée au disque :       
nowyouknow › mercredi 30 avril 2014 - 19:51  message privé !

j'adore cette pochette..depuis qu'il a tourné variété française et s'est mit a se la jouer poète il a cessé de l'être... j'aime plus ce qu'il fait et l'image qu'il se donne m'est insupportable. .. mais ses débuts rien à dire c'était fort, très fort. Hitman ça serait plutôt Pucc Fiction 3 vu qu'il y a eu avant "Mr Puccino" en 2ème volet