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Le Rat Luciano › Mode de Vie... Béton Style

cd | 19 titres | 71:43 min

  • 1 De Un
  • 2 À Bas Les Illusions
  • 3 Sacré
  • 4 Adrénaline
  • 5 De Deux
  • 6 Mode De Vie Complexe
  • 7 Vie D'Artiste
  • 8 Le Jeu
  • 9 Il Est Fou Ce Monde
  • 10 Libre Penseur
  • 11 Niquer Le Bénef
  • 12 Rien N'Est Garanti
  • 13 Tout Et Rien
  • 14 Zic De La Zone
  • 15 Nous Contre Eux
  • 16 Derrière Les Apparences
  • 17 Infernal
  • 18 On Hait
  • 19 De Trois

line up

Le Rat Luciano (MC), Pone (production), DJ Del (scratches)

Musiciens additionnels : Carré Rouge, Fonky Family, X-Men, Rohff, Sat (MC's)

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
zonard sous néons

P'taing d'cagole en cagoule, mais je rêve, ou cet album est aussi magnétique - ou gerbant - que d'imaginer Samy Nacéri jouer dans un John Carpenter ?... "Assault On Precint 13", voilà, et 13 c'est le code de Marseille, comme quoi ma vision est froidement confirmée par le réel (merci Réalité), d'autant plus en sachant que le dit acteur a joué dans un homage à Big John nommé Nid de Guêpes. Fonky Family ? Moi ça m'a toujours gavé, dans le genre excroissance malingre et laid de IAM ils se posaient là ces boulets, même si leur Inch'allah avait le mérite de dérouler des instrus remarquables, je pense, compte tenu de la suite, que Gab'1 les a judicieusement dégommés. Mais dans toute cette clique de rat-peurs, si j'excepte la superbe compile Chroniques de Mars, seul Luciano aurait jamais dû élire domicile dans mes rayons. Parce que son one-shot est bien plus déprimant que n'importe quel FF qui n'ont pas grand intérêt à figurer dans notre antre. Et parce que Luciano est le seul MC de cette immonde couvée qui assume le gabarit de son flow : celui d'un rat, effectivement. Un genre de Freeman cradoque et nauséeux, avec ce même timbre vinaigré et ses intonations bien putassières de canaille. Un p'tit rongeur des rues phocéennes recroquevillé sur ses rimes moisies comme le rat sur sa croûte de gruyère. Mais le son fait tout pour ce feeling et au final on s'en fout comme d'un détail sécable des lyrics quelle que soit leur médiocrité, car ici c'est l'ambiance qui happe : Mode de Vie... Béton Style a en effet une singularité de son, sinon j'en parlerais pas sur notre site, et cette spécificité ce sont les prods nocturne-synthétique signées Pone, façon "fond de bac des années 80" sur - allez - 80% des morceaux, les 20% restants étant plus funky-tradi ("Le Jeu" ou "Zic de la zone" avec l'imparable sample de "Strawberry Letter 23" version Johnson Bros). Les yeux du rat scintillent de synthétique, rouge comme le laser, comme si ce DJ Pone avait serré Miss Kittin en boîte juste avant de ficeler ses instrus sauçant des samples crades de Cock Robin et Francis Lai. Et ce genre d'ambiance ténébreuse-pouilleuse-pisseuse transbahute Scarface dans un boui-boui ringard des bords de méditérannée. Ambiance façon "fin de soirée puant la déprime dans la caisse à la sortie du Copacabana", avec les échos d'un tube baveux d'Emile & Images accompagnant les marauderies de racailles d'1m60 en essaim refoulées à l'entrée de ce club miteux de la riviera, qui jactent "avé l'assent" et trop vite pour que tu piges plus de la moitié des mots si t'es pas du secteur, mais qui planifient une petite visite surprise côté tiroir-caisse à la fermeture pour rajouter un aileron à leur Subaru Impreza en fin de vie. Cliché ? Sans doute. Cigalou et cafardeux, surtout. Parce qu'après tout, qu'est-ce que le cafard, sinon une cigale taciturne ? Mode de Vie Béton Style pue Marseille, mais dans son versant le plus conscient-fauché, malingre et fils-de-putesque, sans aucune puissance mais porté par ce caractère de rat rampant au mic, et surtout par cette espèce de soul dégueulasse qui te colle ("Mode de vie complexe") et ces remugles volontiers carpenteriens comme je l'ai sous-entendu en début de chro ("Libre penseur" nourri au Pink Floyd et aux cris de hyènes du bled, ou le quasi-abstract "Rien n'est garanti") qui l'ont aimanté jusqu'à mes esgourdes et par ricochet nos pages. Du IAM de contrebande sur gros synthétiseurs, des rimes pourries mais tellement rapides que tu captes pas leur médiocrité, et il faut bien le dire, des productions qui m'ont empêché de le bazarder comme une merde... Cet album est le seul à ma connaissance dans le rap français et même dans le rap tout court à dérouler cette ambiance chelou entre le générique de Scarface et une rixe entre rebeus du sud. Et cette mixture "voyou sur claviers 80's" est tombée avant la vague récente de sons ténébreux-synthétiques très "new wave"-hip-hop qu'on peut retrouver chez un Roc Marciano ou les prods bourrines de Stu Bangas dans les années 2010. Définitivement troublant. Mode de Vie est trop long d'un tiers (triple LP quand même), et puis il y a Rohff dessus, contre-argument aussi imparable qu'un caméo de Jean-Edouard du Loft dans un polar, donc la note pour Mode de Vie ne peut pas excéder 4 boules, ce qui est déjà généreux vu son caractère baltringue prononcé. Mais ce skeud a une ambiance collante quelque part entre IAM et "Flash In The Night" de Secret Service si une telle aberration est possible... et rien que ça, c'est gutsien bordel. Un peu comme la fusion du pastis et du sirop d'orgeat. Mauresque hip-hop ? Allez, on y va pour la mauresque, c'est assez incongru et dégueulassement bon pour coller parfaitement au Béton Style. Une forme de grâce étrange s'extrait de ce sous-produit, comme un poster de Miami Vice complètement déchiqueté survivant au fond d'un kebab insalubre quelque part dans les secteurs crades de Marseille, les mots trottant dans la tête de la petite racaille bavarde qui tient cette gargotte éclairée par un néon sinistre... Badant.

note       Publiée le mardi 29 avril 2014

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(N°6) › vendredi 7 août 2015 - 20:24  message privé !
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T'avais pas menti pour la prod, GTA Vice City à mort ("La vie d'artiste" est tout en néons). Et le sample de Cock Robin, putain, fallait oser ! Bon y a vraiment quelques featurings infâmes, mais globalement, le détour vaut la peine, comme ils disaient dans le guide Michelin de PACA dans les 80's.

Note donnée au disque :       
Raven › mardi 29 avril 2014 - 23:30  message privé !
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"Maintenant trouver les mots pour l'expliquer, pas facile." > la nostalgie, Dariev, la nostalgie... comme pour Californication ! ;-)

dariev stands › mardi 29 avril 2014 - 16:05  message privé !
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Arf le Rat Luciano... Une sorte de personnage "mythique" pour moi. J'avais une pote de lycée qui trippait sur lui comme si c'était Elvis, tandis que je m’efforçai d'essayer de comprendre un seul mot de ce qu'il rappait. Ce qui répond un peu à la critique faite à la FF plus bas. La FF c'est cryptique : si le flow de NTM était mal articulé pour les non parisiens, la FF c'était du chinois même pour les sudistes ! J'irai pas défendre le 2ème album et tout ce qui s'ensuit, mais le premier, ça reste une baffe énorme... Maintenant trouver les mots pour l'expliquer, pas facile. (par contre FF c'est à peu près aussi comparable à I AM que Method Man & Redman au premier Wu-Tang, je dirai. Et encore, un premier Wu-Tang avec KRS-One à la place de ODB, genre...)

dimegoat › mardi 29 avril 2014 - 14:21  message privé !

sans parler de degrés, la FF, c'est super faible du point de vue lyrics malgré quelques punchlines d'anthologie ("parce que la jeunesse n'a plus le temps de faire dodo", "pourquoi on se calmerait, on vit pas dans des palmeraies"...). Et je doute que le Rat tout seul tienne mieux la baraque. J'écouterai quand même...

(N°6) › mardi 29 avril 2014 - 13:51  message privé !
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Je me pose la question du degré dès que je comprends les paroles, donc même pour les ricains ça joue. Bon évidemment la ça joue encore plus, peuchère toussa. Ceci dit c'est à peu près aussi exotique que Compton, vu de là où je suis. Mais ça ne participe pas du même mythe quoi.

Note donnée au disque :