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Nobody › Soulmates

cd | 18 titres | 66:09 min

  • 1 Prologue
  • 2 For Those Who Never Dream
  • 3 Leading To The One
  • 4 Fiend Or The Fix
  • 5 Sun Child
  • 6 Outbreak (Extended Solo Version)
  • 7 Monotone
  • 8 Land Loop
  • 9 Shades Of Orange
  • 10 Noziroh 0:55
  • 11 Green Means
  • 12 Sixth Sense
  • 13 Planets Ain't Aligned (Oscillations Version)
  • 14 Syde Tryps
  • 15 Tone Therapy
  • 16 Inner Eye
  • 17 Epilogue
  • 18 Faces Of The Deep

enregistrement

1996-2000

line up

Nobody

Musiciens additionnels : Medusa, 2Mex, Freestyle Fellowship, Abstract Rude (MC's), ESP (scratches)

chronique

Styles
hip-hop
jazz
trip hop
Styles personnels
abstract d'alcôves

Passe dans cette pochette... à travers ses rideaux-chaînettes qui tintinnabulent, comme ce pantin de bois qui traverse les fanons, pour accéder aux entrailles amples et accueillantes d'un album perlé de noctambulles tel un melchior de champagne noir. Entre dans cette pénombre, que tu aimerais ne jamais quitter : la pénombre de ce salon de crate-digger qui a rangé soigneusement son trente-trois tours de In A Silent Way pas loin de l'unique Latyrx, au coeur des meubles en formica laqué 70's, et qui enlace tendrement sa dulcinée. Âmes Soeurs dans la pénombre. Les volutes d'encens nobles se mêlent à celles d'un blunt à l'hibiscus, la hi-fi soupire Soulmates - seuls les myopes y verront quelque chose de lounge là où il n'y a qu'un mince et infini filet de liqueur d'abstract hip-hop. Es-tu myope, toi, synesthésique collocataire ? Savoure le grain du son aéré de Soulmates, comme tu caresserais lentement et du bout des doigts une moquette fine contre laquelle ta joue serait posée et toi tout entier allongé, assommé d'antidépresseurs à trois heures et demies du matin. Fragrances de cuirs anciens, de studio d'afro-américains parfumés et taiseux... in a mood for glove. Locataire d'une université fermée pour les vacances où vaquent les plus cools spécimens des nuits californiennes. Saison incertaine comme l'époque. Inception délicate : cette introduction sublime, à la fois volatile et pesante comme le rêve fugace d'un mégaptère, embaume de sa flûte fugueuse à ses nappes de cordes le prélude à un film d'espionnage onirique, quelque part dans l'Interzone - à moins que ce ne soit dans un de ses motels paumés tels qu'aurait pu en filmer Wenders ? Bercé par les sons cristallins et un craquement lointain et déjà investi par cette guimauve boisée, tu es dans cette chambre ou ce salon ou ce studio ou ce hall tranquille, à l'abri des agressions. Dans le cocon. Papillon au creux de l'halogène, au plus profond de cette ouate de nuit. Tout ce qui suit coule comme bailey's dans le gosier jusqu'au final psyché. Le beat est caresse, cerné de jazz évanescent. Ce hip-hop est raréfié en flow, seules quatre pistes rappées clignotent, quatre emcees-filants traversant le ciel de cette nuit. Les flow fusent et le flou infuse. Tu es avachi comme un pacha au visage massé à l'huile d'avocat, l'infusion de groove évanescent dans laquelle macère tes baffles qui ne sont plus que deux doux fruits, force ton environnement à se déformer comme le spectre laiteux s'étalant au coin de tes yeux pendant ton sommeil : les acoudoirs se dilatent, le canapé devient une cathédrale de velours dans laquelle ce hip-hop de baron songeur étend ses tentacules délicats et amicaux. Le beat est luciole, le beat est pistil de fleur proche de la mort, poul du crépuscule, pastel brun, les samples sont pétales fanés et lésions de coton sur une peau délaissée dont les naevus deviennent des étoiles, les cordes acoustiques et les bruines de piano contribuent à cette aura smoothement cool et pourtant si ténébrifère, ce karma de tueur à gages en mocassins. Une oeuvre au noir évoquant un mORTNUAGE devenu chose religieuse, flottant comme une manta urbaine dans le smog de la nuit, onirique et sublime. Soulmates, cousu et peaufiné pendant cinq ans par un seul beatmaker assez humble ou sournois pour répondre au nom de Personne, est bien une petite merveille et mes écoutes au fil des années n'ont pas précisé les contours de son mou mystère : juste amplifié son emprise tranquille. Faux album ou vraie compilation, peu importe donc, dans le fond... ses vapeurs dignes de mériter le nom de "part des anges" seront les bienvenues dans les chambrées des solitaires insomniaques, et j'invite tous ceux pour qui le hip-hop ne vaut pas la peine d'être tenté en même temps que ceux qui pensent que hip-hop instrumental rime avec ennui à y jeter une oreille : Nobody y nettoiera aimablement leur cerumen de préjugés avec son saphir-tige. Album-zèbre-fantôme, suspendu dans l'atmosphère comme des volutes patientes. Elixir d'abstract.

note       Publiée le lundi 28 avril 2014

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Raven › lundi 28 avril 2014 - 18:21  message privé !
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Oui, c'est proche de Entroducing pour l'ambiance, je n'ai pas fait le parallèle directement mais on est dans cette même ambiance "downtempo fin de millénaire"... mais Nobody est beaucoup moins electro/beat fracturé sur ses instrus hormis quelques légères touches synthétiques, il est plus jazz, moins patchworkesque, moins "zapping TV" que Shadow, ses samples sont mieux fondus dans les instrus je trouve... Le "abstract" tient aussi aux titres avec flows, qui sont dans l'esprit la même came que chez Mush/Anticon... enfin, essayez...

dariev stands › lundi 28 avril 2014 - 14:19  message privé !
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Du hip-hop qui happe, tout simplement. Faut pas que le terme "abstract" (qui pour moi est plutôt mélioratif mais je dois être plutot minoritaire) fasse peur, pour moi c'est du hip-hop instru smooth et très classe, un truc que je rangerai entre J Dilla et... peut-être DJ Shadow? Voire l'album de Spectre que j'avais chro, si mes souvenirs sont bons. En tout cas ça tue, c'est même du genre à faire aimer le genre à bien des récalcitrants.

Thomas › lundi 28 avril 2014 - 10:38  message privé !

M'en vais écouter ça de suite, très chouette chronique !