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Jonathan Kane › Jet Ear Party

  • 2009 • Radium TOE-CD-816 • 1 CD
  • 2009 • Radium TOE-LP-816 • 1 LP 33 tours

cd • 8 titres • 57:06 min

  • 1Smear It6:59
  • 2Gripped6:38
  • 3Super T-Bone6:06
  • 4Blissed Our Rag7:58
  • 5Jet Ear Party10:09
  • 6Thank You (Falletenme Be Mice Elf Agin)5:53 [Reprise de Sly & The Family Stone]
  • 7Up In Flames4:07
  • 8Roller Coaster9:06 [Reprise de Bo Diddley]

enregistrement

Enregistré par Igor Cubrilovic et Jonathan Kane aux studios Big Rd, Bovinia, NY ; DBS et The Anadrom, Queens, NY. Produit et mixé par Igor Cubrilovic.

line up

Jonathan Kane (guitare, basse, batterie)

Musiciens additionnels : Igor Cubrilovic (guitare sur 2, 4 et 7), Anthony Kane (harmonica sur 1), David Watson (cornemuse sur 6), Lisa B. Burns (voix sur 7), Peg Simone (voix sur 7)

remarques

chronique

Styles
blues
country
musique répétitive
rock
Styles personnels
boogie wanderland

Jonathan Kane aime la répétition, pour son pouvoir d’hypnose et de propulsion peut-être bien. Et taper fort, aussi, et droit. Et la musique américaine. Pour tout dire, Jonathan Kane a été le premier batteur de Swans. Ce qui vous pose un type, question puissance de frappe et obsession des motifs tournés à l’innombrable. Question empilement de strates aussi. Ensuite, le gars a quitté le groupe. C’est lui, d’ailleurs, qui définissait la manière première de ces fameux furieux Cygnes comme une espèce de blues. En quelque sorte. Et bon, maintenant Jonathan swingue. La caisse claire en avant. Il fait… De la country ? "De l’americana" ? Du Swing Western, donc, comme on disait pour certaines faces – entre autres ! – de papa Hank (Williams, bien sûr... le premier, celui qui s’est overdosé, au bout, sur un siège de Cadillac à une station service, à coup de cocktail chimique contre le mal de dos) ? … Si on veut. Mais ici ça chante peu – littéralement, j'entends, en voix et mots. Et ça retient surtout le principe des boucles ressassées, lancinantes, rythmes simples et roulés, guitares slide en tours brefs. Narcotique et chope-mollets, emballez la ronde. American Cosmic Music alors, comme disait Gram Parsons ? Il y a de ça, sans doute. C’est plus vorace que ça semble d’abord, l’affaire. Plus multiple et embrouillé, aux racines, sous les lignes claires déjà bien intriquées, enchevêtrées. Blues et worksong des champs, bourrées des Appalaches… Jusqu’à un funk curieusement attrapé – le Thank You… de Sly Stone, méconnaissable, repris en chapeau inamovible, chemise brodée, cravate-ficelle. Et toujours cette caisse claire, claquante, maniaquement régulière, qui vous encercle en diamètres serrés. L’espace, ici, c’est une histoire de gigue. Et la danse se pousse jusqu’au tétanique. Drôle de transe, qui prend son temps, et un petit peu en traître tant elle n’a l’air de rien, au début. Parce qu’il faut bien avouer qu’il faut se faire avant tout à ce son, avant de goûter ces sarabandes ci. Un peu trop studio pour qui s’attend au machin cru du cru. La résonance de la pièce éludée ou quasi, tous sons passés le plus directement possible des instruments dans la table de mixage, sans doute ; quitte à ensuite les traiter, compressions et réverbérations artificiellement ajoutées. Un son clair, donc, limpide, mais un espace créé depuis rien. Pas plat mais un peu trop cerné question contours pour qui chercherait de l’immédiatement vibrant. Même retenue plastique – qui fait qu’on y entre pas forcément d’emblée – que sur certains disques de Gary Lucas (Kane a par ailleurs joué sur certains de ceux-là, au sein de Gods And Monsters, notamment) enregistrés vers le milieu des années quatre vingt dix, par exemple – alors que celui-là date de 2009, pourtant... Même basculement, aussi, après deux, trois écoutes : on y en entend maintenant les détails qui accrochent, saisissent l’attention – tiens, c’étaient donc des cornemuses, ces aigus tenus qui faisaient luisance, halo par dessus les cordes jouées au bottleneck, sur la reprise funk précédemment citée ? Et même oubli – la fois d’après – de ces questions de fabrications, de composantes identifiées. Vrai début de la farandole. Danse qui ne raconte aucune émotion, pas vraiment. Même pas tout de suite sur la seule plage où deux chanteuses donnent de l'organe, une sorte de ballade – comme des Marianne Faithful de proximité (et du Midwest) ou des Bonnie Tyler en sapes de ville, démaquillées. Même là tout reste avant tout balancement. Qui creuse et monte des paysages, des volumes. Des espaces, encore, des vitesses de perception. Puis de toute façon, après, Jonathan finit par neuf minutes de Bo Diddley. Sans diddley beat – déjà absent de l'originale, d'ailleurs – mais avec un pareille insistance. Les roulements encore plus courts et la guitare comme du Philip Glass ou du John Adams posés dans un Routier en plein Colorado, avant de reprendre la route. Avec ces autres obnubilés de Chatham, tiens – Rhys, pour qui le batteur a l’habitude de cogner, aussi, derrière des murs de cent amplis – et Young (LaMonte... Kane ayant également joué avec lui dans son Forever Bad Blues band) qui méditeraient devant un T-Bone (ou du tofu ; mais de toute façon en bottes mexicaines) à la table du box d’à côté ; qui leurs pointeraient la ligne blanche, aux deux premiers, pile au centre des voies. Tout ça en mode relâche, encore ; entre deux villes, on souffle après les heures d'asphalte (à s'enquiller aussi les stations radio qui ne changeaient plus que d'indicatifs, à force). Une ruse, en fait, évidemment – de la concentration qui se tient sur le point de mire, les mains déjà prêtes à retrouver le volant encore tiède. Restent des miles à s'enquiller, de la distance à tenir ferme. Kane accélère très, très progressivement, lentement ; imperceptiblement, histoire de tromper l'oreille, qu'elle ne croit pas qu'on veuille l'affoler. Et les poteaux au bord de la Route Tel Chiffre commencent à se brouiller en images filées. Jonathan Kane aime les cymbales et vous voilà perché. Et la répétition. Tranquillement cosmique. C’est un bahut, on croit, d’emblée ; mais c’est écrit dessus : s’agit en fait d’un truc à réacteurs. Du coup pour bien entendre il faut pousser le son, un cran de plus par dessus les turbines. (On verra bien si à la fin les roues adhèrent encore au sol).

note       Publiée le dimanche 27 avril 2014

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Dioneo › dimanche 27 avril 2014 - 15:02  message privé !
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@Consultant : Ah ! Possible, pour le Earth version boule-d'herbe-sèche-dans-le-vent-du-désert mais... Je ne connais pas Pentastar, donc... Et blame it on Gibert-de-Lyon, sinon, où ils foutent des prix au hasard sur des trucs qu'ils connaissent pas.

@Alfred : Ben... Non, pour la reprise ! Écrit comme ça c'est bien un single de 1969 (avec Dance To the Music en face B : (celui-là). La/les version(s) sur Riot - Thank You For Talkin’ To Me Africa/(voire) Africa Talks To You « The Asphalt Jungle » - est/sont une/des variation(s) abîmée(s)/amère(s)/démolie(s)/défoncée(s) etc. (bien dans l'ambiance du disque quoi) de ce morceau ; qui à la base est plutôt un truc entraînant, enlevé, euh, "volontaire" (comme du Sly Stone de 1969 quoi).

Et @(N°6) : Ah ben cool... Si tu arrives à dénicher ça en écoute, déjà (pareil pour Alfred d'ailleurs) ! (Pas vu si ça se tél' quelque part mais probablement, remarque).

(N°6) › dimanche 27 avril 2014 - 12:45  message privé !
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Oh oh, comment que je vais y jeter une paire d'oreille là-dessus...

Alfred le Pingouin › dimanche 27 avril 2014 - 12:43  message privé !

Euh si, Thank you... c'est dans There's a riot going on Dio. Bon, beaucoup de trucs qui me parlent dans l'univers du bonhomme, Chatham, La Monte Young, les Swans, donc je vais sûrement écouter ce truc très vite.

Consultant en informatique › dimanche 27 avril 2014 - 11:36  message privé !
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Le headshot un dimanche matin, comme ça. Putain t'es dur avec moi, quand même. (à vue d'oreille, j'aurais plutôt dis Pentastar, pour les Earth, sinon).