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Apollo Brown + O.C. › Trophies

cd • 16 titres • 54:56 min

  • 1Trophies
  • 2The Pursuit
  • 3Prove Me Wrong
  • 4Nautica
  • 5Anotha One
  • 6Disclaimer
  • 7We The People
  • 8Signs
  • 9The First 48
  • 10Angels Sing
  • 11Just Walk
  • 12The Formula
  • 13People's Champ
  • 14Options
  • 15Caught Up
  • 16Fantastic

line up

Apollo Brown (production), O.c. (MC)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
boom bap

Omar Credle de retour sur le ring avec la coqueluche des productions catchy-soul Apollo Brown, pour du bon gros braggadocio qui va faire rimer béton avec laiton : à la sortie, je l'avoue, ça m'avait autant excité que le dernier Rocky, et je me suis réfugié dans mes deux permiers O.C. en mode conservateur-boudeur. Parce que les louanges envers le très basique Apollo Brown me laissaient aussi sceptique que la hype qui porta au même moment l'endive Ryan Gosling au rang de grand acteur à la sortie de Drive. Mais il est aussi vrai que depuis sa sortie on en entend que du bien un peu partout, de ce Trophies... quand le puriste de dernière heure que je suis a fini par le posséder, il a même dû décoller du cellophane un sticker de louanges de DJ Premier lui-même (qui n'acollait pas son blase sur la devanture quand il produisait intégralement Group Home ou Jeru the Damaja ; autre époque autre esprit) bref : tout concordait à faire de Trophies un album de come-back lourd, genre ficelé comme un gant avant le match définitif, le retour d'un MC oublié façon vieux champion. La claque qui allait souder les audiences urbaine et geek. Et c'est vrai que niveau ficelage et ambiance, Trophies est putain d'homogène : outre cet affichage sobre "producteur + MC" qui est clairement devenu une tendance dans toute une frange du hip-hop depuis la fin des 00's (à la suite de Jaylib ou dans un simple retour aux sources "Eric B. & Rakim" ? un peu des deux), on tient un genre de bon gros skeud de collaboration bien limpide : du boom bap puissant dans un esprit et une saveur très "fin des années 90", notamment avec ce recours massif aux violons qui donne souvent l'impression troublante d'inédits datant de 98 ressortis des tiroirs ("Anotha One"), et, comme on a affaire à Apollo Brown, forcément de grosses louchasses de soul protéinée. O.C. se contente d'aligner ses egotrips au mic comme on aligne des briques, convaincu, voire convaincant, mais son narcissisme est pour le cas présent aussi fascinant que celui du quaterback lambda roulant des mécaniques devant ses camarades dans les vestiaires. C'est pas plus grisant que ça. Mais j'imagine que c'est tout ce que ce rappeur qui a failli être Nas à la place de Nas sache faire de mieux aujourd'hui. Crépusculaire et combatif, et lardé de quelques touches synthétiques bien classes ("Angels Sing"), Trophies c'est un peu l'album que O.C. aurait pû sortir à la place de Bon Appétit pour ne pas avoir à se faire pardonner avec Starchild : au lieu de faire du g-funk de contrebande pour survivre, il nous aurait gratifié d'un disque bien compact et efficace. Et carré. Parce que le seul défaut de Trophies s'il y en a réellement un : c'est de sonner un peu trop carré pour être plus que bon. Genre stéroïdé. Tu sais que c'est fait à l'ancienne avec amour du boom bap, le flow cadre, cible et frappe, genre tac-tac le taf est plié, les instrus sont tough guy où il faut et mellow où il se doit, mais : il reste cette sensation un peu artificielle genre photoshop. Le son dans les baffles gonfle un peu trop les pectos pour être honnête. Mais c'est un son signé Apollo Brown. Trophies est probablement ce qu'il aura fait de mieux en collab' du reste, comparé à des mi-molles comme le Daily Bread avec Hassaan Mackey. Apollo Brown, efficace mais poussif, est loin d'avoir la capacité d'un RZA à rendre le soulful vénéneux, ni la subtilité d'un Pete Rock à le rendre soie et velours, ni la froide efficacité d'un Premier dans l'hypnose par le sample. Mais il est nettement plus gutsien que Kanye West dans son pillage de la soul, qui dans le cas de Trophies devient un genre de gros caramel au beurre salé pour les baffles. Apollo Brown en fait, et ce skeud bien cadré et quadrillé avec O.C. le confirme, c'est plus un genre de Madlib de série B, baraqué qui se contente de soutenir la boxe verbale de son champion, d'éponger le front, et de soutenir le vieux MC dans une forme sportive honorable. "Sportif" : voilà le mot adéquat pour ce skeud. Nous sommes dans les années 2010, les années où il faut étirer les carrières jusqu'à mort par épuisement, et la pochette ne ment pas. Impeccable, puissant, taillé pour vaincre sans K.O., Trophies est le bon gros néo-polar qui contente la soirée. Le dernier baroud, l'album cousu poing, délimité comme l'implantation capillaire de Jamie Foxx ou The Rock, et carré comme un ring.

note       Publiée le mercredi 23 avril 2014

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Raven › mercredi 20 novembre 2019 - 20:41  message privé !
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Et moi je rétorque - à troll, troll et demi ^^ - que l'inventivité en musique, y a rien de plus foireux comme concept. Et que le boom bap c'est un truc d'artisan martial, pas d'artiste contemporain.

Note donnée au disque :       
Rendez-Moi2 › mercredi 20 novembre 2019 - 20:02  message privé !

Ahahah non, ça m'énerve de voir ce genre d'albums avoir de la réputation, j'ai zéro problème avec les sonorités "à l'ancienne" mais là c'est tellement binaire je vois pas ce qu'on peut lui trouver à part se dire que c'était mieux dans le temps.

dariev stands › mercredi 20 novembre 2019 - 19:28  message privé !
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Voilà, là tu vois tu commences (juste un petit peu hein, c'est encore soft) à faire ton Troll. Jusqu'ici c'était bien, ce come-back ! ;)

Rendez-Moi2 › mercredi 20 novembre 2019 - 11:10  message privé !

Apollo Brown n'aurait aucune exposition si y avait pas cette nostalgie d'un pseudo-âge d'or. Zéro inventivité.

Raven › vendredi 17 mars 2017 - 01:00  message privé !
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Vieillit mieux qu'escompté. Il est de plus un des rares disques de rap qui gagnent en force dans leur seconde moitié (même si y a trois-quatre morceaux en trop sur le total), grâce à "Angels sing" et "Just walk" qui arrivent à poing nommé quand on décroche un peu du film, avec même un petit supplément d'émotion, et les deux dernières avec cette ambiance bien polar 80's, assez poisseuse, qu'il est assez regrettable de ne pas avoir mentionné dans cette chronique en 2D. Non, vraiment, bien.

Note donnée au disque :