Vous êtes ici › Les groupes / artistesFFaust › Rien

Faust › Rien

cd • 7 titres • 42:57 min

  • 1Rien0:14
  • 2?5:29
  • 3Long Distance Calls In The Desert4:10
  • 4Eroberung Der Stille Teil II9:19
  • 5(Listen To The Fish)15:25
  • 6Eroberung Der Stille Teil I6:54
  • 7Fin1:24

informations

Produit et mixé par Jim O’Rourke.

Il existe actuellement - au moins - deux formations qui jouent sous le nom de Faust. Les deux sont menés par des membres fondateurs du groupe, rejoints par d’autres musiciens. Il s’agit sur ce disque de la version Péron/Diermaier du groupe, dont les premières traces sur disque – depuis la rupture de la formation originale dans les années soixante-dix – semblent remonter à 1994, qu’il s’agisse d’albums studio officiellement sortis par des labels (le présent album) ou de bootlegs/auto-productions de concerts enregistrés ou bandes de répétitions. « L’autre Faust » – mené par Hans-Joachim Irmler est audible entre autres sur le double album Faust Is Last (sorti en 2010 sur Klangbad). Il s’agit sur ce disque de la version Péron/Diermaier du groupe, dont les premières traces sur disque – depuis la rupture de la formation originale dans les années soixante-dix – semblent remonter à 1994, qu’il s’agisse d’albums studio officiellement sortis par des labels (l’album Rien, sur Table of The Elements, en 1994 donc) ou de bootlegs/auto-productions de concerts enregistrés ou bandes de répétitions. Il semble que le premier disque « l’autre » Faust, « sous cette formule » – mené par Hans-Joachim Irmler, et incluant également Zappi Diremeier – soit leur Ravvivando, sorti sur Klangbad en 1999.

line up

Werner "Zappi" Diermaier, Jean-Hervé Péron

Musiciens additionnels : Keiji Haino, Jim O'Rourke, Erling Wold, Michael Morley, Steven Wray Lobdell

chronique

Plage 1. Silence. Plage 2. Quelques secondes du même vide et puis : "c’est Rien, de Faust" ; avec un accent ; mais rien d’autre en intention.

Puis les machines-outils dégueulent trop plein et agonies… Faust revient. Et tout est descriptif. Le titre donc. La pochette chrome en monochrome – avec Cr24, masse atomique dudit élément, comme numéro de série. Faust était-il parti, au fait ? Ce truc-là – l’entité, la tuile, l’éruption, la gêne, la trace d’organique frémissant qui tout au fond s’accroche, lâche-pas-l’affaire, s’incruste et tient-pas-en-place, appelez ça comme vous voulez… Est-ce que ça peut faire moins que geler en enfer en attendant que son heure tombe ? Ou que le jour entrouvre le minuscule défaut adéquat pour s’y forcer une fois de plus et le déchirer ?

Y’a quoi ? Y’a rien. Rien. RIEN !

Le rien, toujours, patiente. Fini par taper, encore – comme la peste, le printemps, la rage dans les crocs des vivants vecteurs, ou ce foutu endémique élan qui à tout moment peut nous prendre à nouveau de préférer tel ou telle pour jouer à plante-moi-je-reste. Ce Faust-ci – celui où Péron pérore – a gardé de la formation d'antan fracas, bétonnière, poussière de taules broyées. Et rien de la pop qu’ils dissolvaient, ou presque. Les coins d’acier tronche-tempe plutôt que les blagues (jaunes) de Jennifer.

Pas content, toujours, le type Jean-Hervé. Bien lucide comme à chaque fois, le mal embouché – sur ce qu’on peut faire au silence ; qui est le désert ; qui est la taille de l’existence, le presque tout le temps, quand on refuse comme un con de palpitant de se plier à sa version réduite, minuscule, renoncée. Zappi – Werner Diermaier – n’a rien paumé de sa frappe obsédée, roulante, cabossante au micron. Ces deux-là – avec leurs invités dont le générique ne donne que les noms, sans trahir qui fait quoi, où, dans quel ordre – ont toujours l’humeur cinglante et l’humour lame-au-foie. Braillements de massacres et textures de disqueuses, ponceuses, conseil sibyllin, sur tout ça, en plus des nappes en cristal qui résiste aux tonnes, aux tétrajoules ou au Zéro kelvin (celui qu’on dit absolu) – "Écoute le Poisson", nous glisse Péron en riant par dessus la nuée, par delà le miasme.

Faust, en 1994 – après dix, quinze ans "d’indus", d’Einsturzende Neubauten, d’SPK, de gales et d'autres merveilles noise – ne sonne pas resucée, pâle copie de ses temps juvéniles, ringarde reformation. Parce que ce truc qu’eux tous avaient repris – cette idée de faire sonner les mécaniques (industrieuses, justement), les assemblages, rouages et coques faits pour construire ou faire tomber les bâtiments – n’est toujours pas là un tic. Un moyen, seulement. Toujours approprié. Qui claironne encore l’hallali des tranquillités, le signal que la chape est croûte qu’il faut réduire en miettes plutôt qu’ouvrage à couler. L’œuvre c’est l’assaut. L’embolie. L’attaque, la poussée, la montée, l’emballement. La percée l’envahissement débordement évidence du faire-face.

Ce groupe là n’est pas faiseur des cultures et de "contenus". Il est corps en mouvements contrariés, qui s’excite – et qui lorsqu’il se ralentit ne se laisse tomber que le temps de percuter et rebondir sur la terre ou la faïence. Crash ! Mais c’est le sol ou l'évier qui morfle – ici, on crèvera plus tard. Tôt ou tard.

Rien se finit – ou presque – sur un saccage. L’Opus révéré, l’Intouchable… "Le disque de musique contemporaine le plus vendu de toute l’histoire" est ici lacéré des mêmes cris qu’au début – en pire, en plus taré. La fameuse Troisième Symphonie de Gorecki – lacérée, saignée, dissoute en pleine soude et bacs et jets d’acide-crasse. Après tout c’est sensé causer de la Mort Atroce, la pièce, d’Holocauste et de poèmes gravés aux murs des geôles avant la fosse anonyme et immonde, encore une qu’avait creusé l’autre, là (l’Histoire). Faust ne vous tirera pas de larmes, avec cette sombre et dégueulasse affaire. Les dislocations de moteurs achevés, eux laissent finir tranquillement le célèbre premier mouvement aux cordes pathétiques, emphatiques. Et c’est l’orchestre, sa masse, qui semble commentaire. Et le boucan d’avant douleur concrète et traumatisme. Ça ne se commente pas, Faust : ça se chope, ça se planque, ça se balance, ça s'enfile, ça se refile de part en part. Des voix atones, pour clore, énoncent les noms – polyphonie plate et blanc-craie. Mais ce n’est pas l’épitaphe. Un générique de fin, seulement, disais-je. Faust reviendra. Le Rien est cyclique – ou bien, et puis, eh bien imprévisible. Cyclothymique. La même phrase qu’au début conclut. "C’est Rien, de Faust".

C’est au présent, encore – ça n’aura échappé à l’attention de personne.

Bon
      
Publiée le mercredi 16 avril 2014

Dans le même esprit, Dioneo vous recommande...

dernières écoutes

Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "Rien" en ce moment.

tags

Connectez-vous pour ajouter un tag sur "Rien".

notes

Note moyenne        3 votes

Connectez-vous ajouter une note sur "Rien".

commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "Rien".

Walter Smoke Envoyez un message privé àWalter Smoke

Voilà un comeback pas raté. Globalement, Faust s'en sort avec les honneurs, et se permet de jouer le même krautrock qu'avant tout en ne jouant pas sur la corde passéiste. Il y a juste le pavé "Listen to the fish" qu'est un peu lourd, et "Eroberung der Stille, Teil II" qui larmoie un peu trop, mais on a vu pire comme défauts.
Et j'ai aussi hâte que ce qui reste de Faust soit chroniqué sur GoD.

Note donnée au disque :       
nicola Envoyez un message privé ànicola
avatar

J’aime le gros bordel de cette période de Faust.

Note donnée au disque :