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Jean-Louis Murat › Dolorès

cd • 12 titres • 49:23 min

  • 1Fort Alamo04:24
  • 2Dieu n'a pas trouvé mieux03:48
  • 3Perce-neige03:37
  • 4Le train bleu03:58
  • 5Margot03:15
  • 6Brûle-moi03:46
  • 7Le baiser04:12
  • 8Le môme éternel04:32
  • 9Saint-Amant04:20
  • 10Aimer05:13
  • 11A quoi tu rêves03:33
  • 12Réversibilité04:20 [poème de Baudelaire]

informations

Arrangements et production : Clavaizolle, Murat.

line up

Jean-Louis Murat (chant, guitare, autoharp), Denis Clavaizolle (tous les instruments)

Musiciens additionnels : Christian Lachenal (prootools), Eric Gracient (ambient), Alex Martin (guitare, harmonica 4), Michel Thibon (violon 9), J.F. Jenny Clark (contrebasse 5), Regis Ceccarelli (batterie), David Fall (batterie 4), Alain Bonnefont (choeurs 9), JP Nataf (choeurs 9), Christophe Pie (choeurs 9)

chronique

  • sensualité dépressive

Comme le tissu ténu sur celle des filles de la pochette, la voix effleure la peau. Electro feutrée, groove quasi-bristolien. Arrangé au cordeau par Clavaizolle, pour une dernière fois. Mélodies langoureuses et lancinantes. C'est l'empire des sens. Dis-moi ton nom, oh Dolores. "Donnez-moi la lumière sur ce chant muet. Ce long chant de misère et de vanité." Les mots de "Fort-Alamo" irradieront encore longtemps le public du brenoï, celui-là aurait pu alors trouver sa juste place au côté de Bashung au sommet de la chanson française la plus exigeante. Mais "Je vis dans la crasse, je suis dégueulasse, et alors ?" Murat au seuil de la rupture, purge ses vipères comme il dit et malgré les rythmique érotiques inspirées de l'air du temps, malgré les fabuleuses chansons pop suintant le désir, la noirceur enveloppe Jean-Louis comme jamais, une opaque sensualité teintée d'un métallique bleu à l'âme. Tout ce vers quoi il tendait depuis ses premiers morceaux émerge enfin là, diamant brut, travail d'orfèvrerie qui lui pèsera bientôt. Déclarations d'intentions collées au corps féminin, en forme de blason mêlé de faune sauvage, "Dieu n'a pas trouvé mieux", le goût de l'amour Murat ne chante que ça, en stupéfaction chavirée devant l'être désiré. Tout est dit dans les titres "Le baiser" ou "Brûle-moi", ciselés à l'extrême comme des bijoux aux réflexions hypnotiques sous des lumières tamisées. Spleen au rythme métronomique du train bleu, sur des rails imprimant un balayage rythmique languide. Langue liquide pour la belle Margot, souvenirs de caresses dans la coulisse. Auto-portrait cruel du môme-éternel en longue poésie sans refrain et sans plus d'illusion, lui-même se nomme "bel ange des faillites". Une telle écritures à des échos classiques auxquels il se frotte sans scrupule, le terrifiant "Réversibilité" de Baudelaire trouve ici un écrin rêvé, ou cauchemardé, la voix de l'auvergnat incarnant à la virgule près "les vagues terreurs de ces affreuses nuits", sans la moindre emphase. Car telle est alors l'élégance de Murat. De la sourde détresse sans pathétique, d'une envie crue de sexe sans se défaire d'une courtoise suavité, l'élégance absolue de savoir moquer de soi-même et de ne pas oublier le trivial sans avoir à le brandir en excuse. Et sans ironie, jamais, mal du siècle que Murat vomit. Quand il dit "Il faut aimer", c'est avec la simplicité et l'évidence paysanne de l'homme qui l'a fait et qui sait de quoi il parle. Au diable tous les sarcastiques, tous les petits malins, il ne s'agit pas de mièvrerie, faut-il être un homme, un vrai, pour manier le verbe le plus important de la langue française sans prendre de détour ni de pincettes puritaines de fausse pudeur. De l'écriture la plus directe à la plus cryptique, la prière à "Saint-Amant", pop en groove électronique soyeux, ses images absurdes, exquis cadavre d'érotisme. Mais en fait tout est bien foutu déjà. Dès le début et malgré une mélodie impériale, ça sent la déroute, le trou noir. Retour à "Fort Alamo" : "Ta vie de femelle je te jure que je m'en fout. Le plaisir vorace dans l'impasse, et alors ? (…) Plus rien n'est en place, et alors ? Je m'en fout.". Disgrâce et lassitude, seul dans son antre, le brenoï n'attend plus que l'hiver. Un trouble magnifié dans le sublime "Perce-Neige", étoile noire qui brille froidement au-dessus de l'album, véritable élégie morbide à l'amour défunt, glaçante mélopée à l'auto-harpe oscillante comme un sinistre pendule, aux métaphore paysannes ancrées dans une terre couverte de gel. La souffrance absolue de l'amour qui meurt, la haine résignée qui s'enracine dans le coeur : "Peine perdue pour aimer mon prochain, je ne suis plus que congère.". Murat écrit des chanson comme il vide les entrailles des serpents qui s'aventurent dans ses champs. "Au diable mes rêves de paysans, je ne veux plus que cesse la neige.". Renoncement et dernière saillie mystique, la prière s'écroule dans les bas-fond : "Votre Assomption mon adorée nous aura plongé en Enfer.", un vocoder seul trahissant le lointain écho schizophrénique de la douleur du coeur blessé. Immense chanson d'amour torturé. La peau des femmes, oh, Dolores, tel est bien ton nom.

note       Publiée le mercredi 9 avril 2014

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Thirdeye Envoyez un message privé àThirdeye

Merci pour tout monsieur....

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SEN Envoyez un message privé àSEN

Je crois surtout qu'il est pas taillé pour le grand public et les plateaux télé ! Si son duo avec Mylène Farmer lui a donné une visibilité son personnage a vite rebuté pas mal de monde ! Dommage, les gens qui rejettent Murat à cause de ça passe à côté de l'essentiel, une oeuvre riche et foisonnante de chefs d’œuvres !

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Il n'a jamais joué le jeu ou de façon auto-destructive (sa période "intervention Zapping", qui lui a valu d'être perçu par le grand public comme le connard de service), il a toujours été compris de travers (perçu comme un chanteur pour intello parisiens parce que Bayon et Lenoir l'ont toujours défendu alors que c'est quand même tout le contraire dans le fond)... Il aurait surement pu/du avoir une stature à la Bashung (dans un autre genre). Tiens, d'ailleurs il fait un duo avec Chloé Mons sur son nouvel album (produit par Chris Eckman, de Dirtmusic). Le pire c'est qu'il sera probablement "redécouvert" quand il ne sera plus là (je dis ça, j'espère des chansons de vieillesse à la Johnny Cash).

SEN Envoyez un message privé àSEN

J'adore l'écouter parler, la dernière fois je l'entendais raconter ses journées qui se résumaient à s'occuper des ses enfants (ou p'tits enfants je sais plus)... Il est quand même un peu amère de n'avoir qu'un succès d'estime alors que c'est surement le plus grand songwritter français encore en vie !

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Et meilleure nouvelle encore, il balance un nouvel album à la rentrée (déjà son précédent sortait de nul part). Et une tournée (alors que c'était pour ainsi dire terminé après avec non-tour de Morituri). A l'occasion de son dernier en date, il disait en interview que les filles l'avait beaucoup fait souffert dans sa vie mais qu'avec le recul, il se demande comment il avait pu autant se prendre la tête pour des paires de fesses et qu'il n'en revenait pas d'avoir fait un album comme "Dolores" ! Ah, Papy Murat (ben oui il est papy) qui atteint au détachement avec l'âge.