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Bardo Pond › Amanita

  • 1996 • Matador Ole 180-1 • 2 LP 33 tours
  • 1996 • Matador Ole 180-2 • 1 CD

cd • 11 titres • 74:18 min

  • 1Limercik10:21
  • 2Sentence5:08
  • 3Tantric Porno6:13
  • 4Wank5:28
  • 5The High Frequency6:51
  • 6Sometimes Words4:38
  • 7Yellow Turban7:38
  • 8Rumination6:22
  • 9Be A Fish4:42
  • 10Tapir Song7:32
  • 11RM9:18

extraits audio

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enregistrement

Enregistré au Studio Red, Philadelphie, Pennsylvanie, par J. Cox, assisté par David Frank. Masterisé par Greg Calbi. Produit par Bardo Pond et J. Cox.

remarques

chronique

Tout à coup j’ai levé les yeux, du fond de ce trou vide – charbonneux le jour, gypseux vers minuit ; ou bien l’inverse, on n'y sait de toute façon pas toujours l’heure ; toujours suintant de froid, en tout cas. Une intuition, en fait, qui m’avait soudain frappé les tympans comme une sonnaille vive, amicale, proche. Et bonne pioche, l’évidente informulée : là haut c’était vif, comme ciel, découpé dans l’embouchure. En teintes franches, saturées ; qui défilaient, changeaient par imprégnation de la surface, infiltrations spontanées : azur, rouge d’or, carmin, écarlate, jaune astre, magenta, violet tuméfaction… flashes ; avec des grains filant à toute vitesse, en points plus sombres, nets : en fait d’énormes météores qui sifflaient et grondaient. Mais à cette distance là, on ne se rendait pas trop compte. J’ai mesuré ça plus tard. La seconde d’après, en fait. Sans pouvoir me rappeler à quel instant ça m’avait aspiré. Mais le fait était : j’étais ce coup-ci en plein espace ouvert…

Bardo Pond, c’est un trip. Ou plus précisément : les incessantes déclinaisons des états altérés, modifiés, des perceptions changées. Selon les produits, les circonstances, les places où ça se déroule et les compagnies – Set and Setting, comme disait l’autre escroc (Timothy Leary) en piratant le concept à un plus sérieux que lui, semble-t-il ; expression dont le groupe fera d’ailleurs le titre d’un autre disque. C’est une approche joueuse, aussi – et ici spécialement. Pas dupe, d’aucune foutaise mystique ou spiritualiste, justement. L’exploration toujours remise – pour le plaisir et ses contrées innombrables – des déséquilibres et des dilatations. Amanita est vaste. Sa musique ne sourd pas mesquinement. Elle coule, en flot criant, inonde, gicle même. Explosion de lave qui quand elle touche ne brûle pas, contre toute attente – mais illumine, allume le rire, exulte les récepteurs. Plaisir, disais-je, et les titres sont souvent clairs, ici : Tantric Porno (pas besoin d’expliciter) ; Wank (soit : "branlette," ou "se branler" ; ceux qui trouvent leurs plans complaisamment masturbatoire y trouveront de quoi ricaner ; les autres s’en amuseront plutôt, autrement). Essentiellement, effrontément, outrageusement sensuelle, en fait, sensorielle ; dérèglement poussé, image amenée jusqu’à l’absurde, au débordement par l’incongru – "J’aimerais sentir… comme un poisson". Hum, oui… Ça peut faire ça, les frottements, à force.

C’est physique, oui, cette musique, charnel, encore une fois textures sensibles. Tellement exagéré, toutefois, dans l’envahissement de la sensation, qu’on ne sait quoi du mental quoi de l’épiderme ou des chairs en dessous. Ce qui fait concrétion et ce qui n’est que songe soudain visible par grâce des molécules qui jouent. La voix d’Isobel Sollenberger, souvent, est finalement – contre l’impression première, peut-être – l’élément qui leste la substance en mouvements fous, maintient le lien avec le monde normalement sensible. Pour ce ton parfois à la limite du faux – se tenant d’un bord ou l’autre de sa frontière ; pour ce timbre souvent livré brut alors que tout le reste – sons, lignes, accords, rythmes – est trempé d’effets, échos, traitements déformants, calcinants, explosants, abrasifs ; par ces mots aussi, donc, étranges mais au moins familiers parce que langage, parce que joueurs, disais-je. La voix d’Isobel est un baiser frais, profond mais donné dans ce fragment d’espace temps détaché de tout autre motif ; immanence ; et la musique dissout cette langue acide au fond de notre gorge – c'est aussi celle de l’infirmière monstrueuse au dos du boîtier, comme un démon grotesque mais bienveillant, curieusement sympathique avec ses couettes cartilagineuses, qui semble pourvoir au type allongé son sirop d’opiacé. Effervescence suivante, sans prévenir : nous voici cette fois là incarnés en tapir – ce sont d’autres parfums normalement rebutants qui là se font attirance, stimulent l’ébullition que rien n’avait annoncé…

Difficile de décrire, d’approcher ce qui se passe sans donner dans l’image usée, vague, herméneutique hippie dépassée, figée ; d’en faire sentir la simplicité, l’absence des prétentions métaphysiques qui souvent font de celles à qui l’on colle le fameux mot – psychédélique, au fait, n’en doutons pas – une sorte de facile échappée, remâchée. Bardo Pond s’en exempte. Sa musique, dans un sens, est elle aussi facilité – dans ce qu’elle a de fluide, d’aisé, de chaos confortable ou l’on aime se couler. Simplement, elle se donne sans arguties, sans légende. Pur trafic organique, moléculaire. Et de fait, son intoxication prend – plus forte, directe, explorée pour elle même et refilée non diluée… Me revoilà au bord du fameux trou. Pas en bas, cette heure-ci. C’est toujours aussi sombre, quand le regard y plonge. Il se désembue, progressivement. J’ai chaud, maintenant, plus qu’avant d’avaler le brouet. Pas envie de redescendre. En fait rien n’est changé. Ce n’est qu’une question de place, de perspective. Les Véhicules ne sont fait que pour le dé-placement. Il y a une odeur de spore – en effet, entêtante – qui jaillit de ce carburant.

note       Publiée le vendredi 21 mars 2014

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Note moyenne        5 votes

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Tiens, sinon je vois qu'ils l'ont réédité en version double-LP et remasterisée l'année dernière celui-là (sur Matador, encore). Y'en a qui se posaient la question d'une éventuelle ressortie, à l'époque de la chro...

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Philly Fried Brain(z)... Toujours pas usé celui-là, d'avoir pourtant tant et tant tourné, ici (enfin, dans mes chez-moi divers, quoi).

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saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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Le son des grattes est en matière solide

chaos Envoyez un message privé àchaos

Sinon il ya l'album ticket crystals qui est leur chef d'oeuvre absolu pour moi qui n'a pas de chro encore.

Seijitsu Envoyez un message privé àSeijitsu

Je trouve que c'est un de leurs moins bons. Par contre, le morceau Fir est formidable. Hmm, ce mur de grattes saturées qui recouvre la voix gémissante d'Isobel...

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