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John Fahey › On Air

cd | 13 titres | 67:59 min

  • 1 On The Sunny Side Of The Ocean [3:52]
  • 2 Spanish Two-Step [2:09]
  • 3 Lion [6:28]
  • 4 Poor Boy A Long Way From Home [5:02]
  • 5 Wine & Roses [4:17]
  • 6 Steamboat Gwine ‘Round De Bend [4:07]
  • 7 Worried Blues [3:26]
  • 8 Some Summer Day [2:10]
  • 9 Candy Man [4:05]
  • 10 Stomping Tonight On The Pennsylvania / Alabama Border [8:16]
  • 11 In Christ, There Is No East Or West/Beverly [8:05]
  • 12 Dance of the Inhabitants of the Palace of King Philip XIV (of Spain) [11:42]
  • 13 Requiem For John Hurt (aka Funeral Song For Mississippi John Hurt) [4:12]

enregistrement

Enregistré en concert pour Radio Bremen par Peter Schulze, Dietram Köster, Klaus Schumann et Jürgen Kuntze au Bürgerzentrum Neue Vahr, Brême, Allemagne, le 20 mars 1978. Masterisé par Christine Potschkat, R. Romanowski et Rolf Kirschbaum. Produit par Henry Kaiser.

line up

John Fahey (guitare)

remarques

La liste des morceaux, au dos du disque, donne : 11/ In Christ, There is no East or West ; 12/ Beverly. Il s'agit d'une erreur, la onzième piste proposant bien ces deux morceaux enchaînés sans pause, et la douzième, le titre Dance of the Inhabitants of the Palace of King Philip XIV (of Spain), tel qu'indiqué plus haut.

chronique

Ce type était un génie. Ce disque est un désert. Au moment d’enregistrer ce disque, ce génie – Fahey – buvait. C'est une solitude : au désert, il fait soif. Ce disque est plus qu’un désert, au fait. Ce sont treize de ceux-là. Treize plages, treize solitudes... Mais il est faux de dire que ceux-là, que celles-ci – déserts, solitudes, isolements, retraites au fond, au cœur de tel ou telle – sont vides de vie. Les ergs ont des horizons, ouverts, pertes-de-vue – où l’œil cherche au loin la présence humaine, les silhouettes des errants et des caravanes qui portent les vivres, la présence, les mains et les corps à serrer. Ils bruissent d'existences animales, secrètes, discrètes, pourtant nettes ; traces de reptiles dans les sables, chocs clairs et brefs des graviers déplacés au saut de la musaraigne, mammifère. Le silence y résonne. Les rapaces planent au dessus et l’esprit s’y délie, les spectres rôdent et les âmes des lieux, sauvages, amicales parfois, hostiles ou cherchant compagnie à leur tour, flottent autours de ceux qui s’y perdent où cheminent. En Amérique, la paix est souvent un désert – si l'on en croit certains écrits, chants, écots à la mémoire collective. Un regret, dès les pionniers, une nostalgie de ce qui ne sera pas. La liberté chérie comme remord pour ceux qui savent et pleurent les massacres. La folie aux mains rouges et sans conscience de ceux qui vendent et perpètrent. Dans les villes tout s’échange et passe. Marchands, esclaves, exilés, virginité d’espoirs. Des savoirs, des techniques, des esthétiques, des affects se percutent, comme le reste, se croisent, se coupent et s’enrichissent ou bien s’assèchent, s’effilent. Washington DC ; Berkeley, Californie ; Salem, Oregon ; toutes cités où Fahey vivait, a vécu, vit, mourra. John Fahey – ce génie américain qui buvait dans le désert – passa, un jour ou davantage, ou plus souvent, par l’Allemagne. À Brême, cette fois, il enregistra ce concert. On n'y entend pas qu’il buvait. Il n’était pas malade, encore. Et ce jour ci en forme parfaite. Les doigts parfaitement souples ; le picking fort, énergique, expressif ; la dissonance magnifique, poignante, chantante parfois, cri vers le vibrant, Nature où semblables. Les treize morceaux, comme toujours, sont dénués de toute parole. Mais les cordes métalliques y racontent les places, les mouvements, les proportions. Les rythmes coulants ou brisures, les motifs en ascensions et chutes. Les mélodies, les jeux d’intervalles, la mesure, y disent la soif des teintes vives et des parfums, des voix, des timbres qu’on veut saisir sorties des gorges, des poitrines chaudes, des ventres en mouvement. John Fahey joue du blues, du folk, des terres lointaines empruntés pour le grain, le pigment. Seul, toujours, qu’il parcoure les plaines vides, se pose pour animer les bals bondés de peuples, le temple qui est une église qui est l’édifice où plus que n’importe où l’on est sans personne. Car on est seul toujours, humain, et l’on veut aller parmi les autres, vers eux, on cherche, on pousse, mais jamais on ne sort de sa propre foutue peau. Fahey, ici, joue avec une aisance rare – même pour lui – toute note à son juste poids ; l’articulation limpide ; le sentiment prenant – parce qu’aussi rendu sans chantage, sans mimique de malheur ou de pitrerie ; traits de lumière et souffles sombres mais jamais pollués d’ornements attendus, de colifichets de larmes fausses, même lorsque que s’exhale ce délaissement de fond de nuit où l’aube semble impossible et l’heure figée ; sans que s’en mêle jamais mollesse, apitoiement, attendrissement mièvre dans l’ode amoureuse chantée par l’instrument. Certaines des pièces ici jouées s’étirent en versions deux fois, trois fois plus longues que celles gravées dans d’autres studios, plus tôt – In Christ There Is No East Or West, merveilleux accents de gospel qui tourne folk-blues au bord du Gange et du Mississippi (ensemble, oui). Absolument rien n’y fait surcharge. Pas une seconde qui soit de trop, pas une répétition qui n’y soit essentielle, pointe vitale, chainon qui plus loin se brisera, césure vers la partie suivante, réponse, extension, échappée. Pas exutoire, fuite – car cette musique à l’exécution complexe, ardue, au dessin qui confine parfois à l’abstraction reste pourtant ancrée au corps qui la joue, qui justement fait corps avec elle, avec l’instrument. Encore une fois s’incarne et bat. Un sang y coure, s’y oxygène, s’y charge, y ralentit quand la fatigue du soir tombe et vacille au bord d'un repos désiré comme un Salut. Dans ce corps qui est un génie. Dans ce désert au dehors où quelques uns étaient venus, étrangers, en fervent auditoire.

note       Publiée le jeudi 20 mars 2014

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Dioneo › lundi 9 mai 2016 - 02:29  message privé !
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Quelques-uns de plus que Django R. ... Ceci-dit Johnny était certes très fort mais y'a plus complexe techniquement (les accords ne sont pas forcément hyper complexes par exemple, chez lui... C'est beaucoup la main droite qui est incroyable, indéniablement). Le merveilleux de la chose n'est pas QUE dans la dextérité, disons, chez lui (y'a du chantant, de l'imagination qui passe par les chemins du lieu et du jour, une liberté assez rare quant aux longueurs possibles "selon").

Bon... Je crains que ce soit la plupart d'entre qui ne sachions pas tout ce qu'on peut faire avec ces dix-ci. Aussi.

e vct m › lundi 9 mai 2016 - 00:37  message privé !

Rappelez moi de combien de doigts dispose ce type ?

Note donnée au disque :