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Enrique Morente › En La Casa Museo De Federico García Lorca De Fuente Vaqueros

cd • 5 titres • 38:11 min

  • 1El Languaje De Las Flores (Fragmento De Doña Rosita La Soltera)5:15
  • 2Poema De La Saeta (Fragmento De Poema Del Cante Jondo)9:00
  • 3Poema Del Tiempo (Fragmento De Así Que Pasen Cinco Años)3:50
  • 4Canciones De La Romería (Fragmento de Yerma)16:40
  • 5Poema Del Joven (Fragmento De Así Que Pasen Cinco Años)3:50

extraits audio

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enregistrement

Enregistré et mixé par Miguel De la Vega aux studios Kirios. Produit par Enrique Morente.

line up

Enrique Morente (voix), Rafael Andújar (bandurria), Jaun Carmona « Habichuela » (guitare), Montoyita (guitare), Antonio Carbonell (palmas, chœurs), El Negri (palmas, chœurs), Antonio Carmona (percussion), José Antonio Galicia (percussion)

remarques

chronique

Styles
musique électronique
musique électro-acoustique
world music
Styles personnels
flamenco>soleás del amor oscuro

Le Flamenco et García Lorca : c’était une évidence. Elle était là, pourtant, désunie, ses deux termes en chiens de fusils. La circulation du feu, en dessous, remuant la terre, les météores à l’air libre qui fulguraient entre les corps et à travers. L’incendie des Gitans qui avaient pris les guitares espagnoles, qui dans l’Andalousie avalaient les r au bout des mots, mâchaient le verbe et recrachaient les pierres. Et puis le refoulé poète – homosexuel honteux dans la haute société, le traitre aux allégeances mesquines de sa classe. Lui qui les regardait, eux, gravait ces flammes sur son œuvre, à ses strophes ouvragées voulait imprimer la rudesse des coplas, la dureté, le vertige enivré où ces danses plongent les sens. Il fallait qu’ils se trouvent enfin, que la brûlure fasse le chemin, sa marque, aussi dans l’autre direction. Morente fut l’un des premiers passeurs. Lui le Payo – c'est à dire le non Gitan – passionné autant qu’eux, accepté, adopté et dès lors l’un des détenteurs. Lui et ses chemins multiples, sa franchise qui ne prend les détours que pour déjouer le trop facile, le dit pour rien, le su par cœur plutôt que jeté depuis l’âme – appelez la comme vous voulez. Voici Morente chez Federico. L’heure est chargée, l’atmosphère soudain s’alourdit, s’enveloppe de silence. C’est là le lieu des solitudes où rien ne peut jaillir de faux, de contrefait, qui soit contraire aux fonds des êtres ici acculés, ici tendus en pointe. Où nulle volonté n’est plus qu’élan vital, n’est moins que pleine acceptation mise au monde – tourments, jouissances, envols et chutes. La gorge est un métal et la voix, là, monte réverbérée. C’est un espace soudain empli. Les guitares sont nues, véloces minéraux, colonnes ou éclats. Et c’est un disque bien étrange. Des bribes fantômes de fanfares – des échos dont on n’avait pas su la première volute émise – arquent l’espace et veinent l’image. L’électronique – ombre discrète, ici, fondue dans les surfaces, exsudant les matières – révèle encore, dénude bien plus qu’elle n’habille la rudesse du chant ; le bizarre parti pris du mixage, en résonnant la voix soliste et celles des chœurs, en les répercutant comme au fond d’un chapelle ou d’une caverne, en retirant à l’arrière plan ces battements de paumes qu’elles répercutent pareillement, en font luire encore plus leur qualité de hantise, nous en imprègne comme d’un effroi ou d’une attente ardente et immobile. La succession des fragments, aussi, nous plonge aux remous, en cassant le fil, nous accroche aux brisures, nous soulève à leur mesure, nous en appesantit. Les pièces où l’on débouche sont sans meubles ou presque, leurs murs décorés d’aucun signe qui ne soit déclencheur des course emballées du sang, quand ils ne sont le seing de celle qui au sommet se casse. Tout est vif, incarné, toute souffrance n’est que lancée ; aucuns des traits décochés ne se peuvent là éviter quand ils fusent ; tous disent qu’il n’y a qu’existence et que rien ne se mime, qu’on ne peut interpréter, seulement saisir l’occasion de se perdre – qui est au fond celle d’attraper l’obstacle et de se dresser, mobile, sur son faîte. Voici un disque dont il ne faut trop dire. Un qu’on ne peut dévoiler car sa présence est un moment unique, absorbant la lumière autour et qui la rend en teintes, en vibration que rien ne peut peindre. Voilà un accroc dans le voile. Derrière il y a le gouffre et un éblouissant soleil.

note       Publiée le samedi 1 mars 2014

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Dioneo › lundi 21 avril 2014 - 21:30  message privé !
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(De nada... Y gracias tambien).

WZX › lundi 21 avril 2014 - 20:51  message privé !

Merci bien, ça me donne déjà plein de portes d'entrées. Je vais goûter un peu à tout et on verra ce qui en ressort ! Et puis je lirai avec plaisir tous les papiers sur le sujet (et sur les autres styles évidemment, c'est toujours un régal) !

Note donnée au disque :       
Dioneo › lundi 21 avril 2014 - 20:35  message privé !
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(Eh ben... Salut ! Eh... Ben tant mieux si tu y as trouvé ton compte ! Ça fait toujours plaisir, ce genre de retours...).

Sinon, ce disque - magnifique hein, oui - est bien particulier, il faut l'admettre aussi, assez à part dans "le flamenco". Dans un genre proche et du même Morente, tu peux essayer de jeter l'oreille à El Pequeño Reloj, travaillé de même (en profondeur et sans que ça donne dans le spectaculaire) par l'électronique, le montage, la transformation du son (plus prêt du disque ici chroniqué que l'autre dont je vous parle dans le coin, Sacromonte, qui est plus "pop" ou rock). Si tu ne connais pas, tu peux aussi aller voir du côté de Von Magnet - spécialement l'album De L'Aimant mais pas que. Sachant que là on est beaucoup moins dans "la tradition", encore, que c'est une musique dans laquelle le flamenco est "amené de l'extérieur", en quelque sorte, même s'ils se l'approprient - où s'en laisser approprier - avec un bonheur exceptionnel.

Après... Tu as justement la tradition andalouse et là... Eh bien les disques sont assez nombreux. Tu peux y aller quasi à l'aveugle - en tout cas en toute confiance - dans la collection "Grands Cantaores du Flamenco", éditée au Chant du Monde, par exemple (dont en passant on trouve souvent des vinyles à 10 voire 6 euros au Gibert de Lyon... donc j'imagine que ce n'est pas le seul endroit où). Et comme ça en passant, je repense aussi au Soledad Sonora d'Inès Bacàn (sorti sur Auvidis) ou à La Luna en el Rio de Carmen Linares (chez Auvidis aussi, tiens). Soient les faces gitane et payo (non-gitane donc) du truc, en plus.

je suis loin d'être un spécialiste sur la question, par contre, et il y a de la matière en la matière... Je pense que je chroniquerai une partie de tout ça, à un moment (ceux que j'avais chopé de ladite collection au Chant du Monde, surtout).

WZX › lundi 21 avril 2014 - 20:21  message privé !

Une découverte incroyable ! Je me suis retrouvé plongé dans un monde inconnu, regorgeant d'émotions et de subtilités. Où les incantations trouvent leur écho dans des volutes de guitare, où l'ambiance peut faire volte face à tout instant. Que ce soient les contrechants fluides d'"El Languaje de las Flores", des polyrythmies survoltées des "Canciones de la Romeria" ou l'onirisme du "Poema del Joven", la beauté nous transporte d'un bout à l'autre...

Tu connais d'autres disques de flamenco, Dioneo ? J'aimerais scruter plus en détail cette galaxie inconnue... Merci !

Note donnée au disque :       
cyprine › dimanche 16 mars 2014 - 16:11  message privé !

muezzinade du dimanche

Note donnée au disque :