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Lydia Lunch › 13.13

cd • 8 titres • 40:28 min

  • 1Stares To Nowhere4:15
  • 23X36:05
  • 3This Side Of Nowhere4:15
  • 4Snakepit Breakdown4:07
  • 5Dance Of The Dead Children2:49
  • 6Suicide Ocean5:56
  • 7Lock Your Door5:27
  • 8Afraid Of Your Company7:04

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Steve McDonald au studio Perspective Sound, Sun Valley, Californie, en juillet 1981 ; par Thom Wilson au studio Preferred Sound, Woodland Hills, californie, en août 1981 ; remixé par Bob Blank au studio Blank Tape, N.Y. en septembre 1981. Produit par Lydia Lunch et 1313.

line up

Lydia Lunch (voix, piano), Cliff Martinez (batterie, percussion), Dix Denney (guitare), Greg Williams (basse)

remarques

chronique

Je m’apprêtais encore à vous parler groove, son profond, histoire et peuples déplacés. Urgence dans les manifs, coups de matraques et coudes serrés sous la charge. Mais à la place, c’est là qu’elle m’a chopé. La garce impérieuse au teint hâve. Grise, ici. Elle me le jetait en coin depuis l’étagère, nonchalamment assise entre un diable ridicule, la fleur de papier blanc et les poupées en brins de laine qui s’enfilaient pendant que les autres mataient… Sa merveille de moue écœurée, entrouverte, qui me disait "viens là, sers t’en un de plus quitte à passer le bord : c’est moi, l’urgence". Et sa prunelle atone et rêche, coupante et suave, qui ajoutait "tu vas morfler, Gonades". Elle était pâle oui, fatale et mal nourrie ; potelée mais les chairs déjà prêtes à choir, à se dégrader toutes les fois qu’elles pourraient. Elle m’en rappelait une autre, d’il y a quelques années, qui aimait tout ce qui était en pointe pour en marquer, graver la peau – celle de l’autre en face, en dessous ; les talons en pics pour percer ; et ceux carrés pour écraser ; une pour qui le mot "liens" n’était pas métaphore mais jeu de la morsure infligée… Une qui l’avait pareil, le teint, laiteux et plâtré pour attiser et pour cacher. Avec Lydia pourtant, cette fois, c’est bien la voix qui était la plus blanche. Et l’avertissement – la pochette – mentait. Pas de séance, ici, pas de délices douloureux, de honte avalée d’aimer ça. Mensonge par omission parce qu'à la place, la Lunch vous permet d’avancer au plus près qu’elle est capable. C’est à dire : à portée de sa peur. De son dégoût. De cette foutue paralysie qui se plante au bide et vous accule, et la retient pile à côté de l'arrête où plonge le précipice. Lydia la New-yorkaise est en transit par la Californie, Los Angeles la Grande Catin aux reflets, la corrompue bariolée, le radieuse pourriture dans l'œil de cette fille d'un rivage gelé. Lunch vomit cette ville loin de ses repères d’égouts froids et de ses squats familiers. Et tout remonte. La trouille, donc, ininterrompue : du viol et de la lame, d’y rester ou d’y survivre. Au bord de cet autre océan – celui vers quoi le sable est chaud… mais quelle différence ça peut faire, quant on s’apprête à s’enfouir sous les milliards de mètres cubes : à ces profondeurs là, l’enveloppement est glacial sous toutes les latitudes – la jeune femme retrouve l’adolescente flippée, durcie sur le bitume et dans les réduits glauques où n’entrent pas la lumière. Braille son timbre le moins charme et le plus meurtre, le plus riposte malade, nerveuse, le plus ongle enfoncé sous l’œil au fond de l’orbite. Le soleil la blesse, ses rayons l’exposent et la panique gagne encore. Et le groupe, avec ses guitares en bruit blanc – lui aussi, décidément – ses rythmes roulés qui ne sont là que pour abattre la résistance et serrer l’emprise aux tempes, infiltre en force la pollution. 1313, à vrai dire, est comme ce film minable de Richard Kern, où la même Lydia se fait enculer sur un capot par un cinglé et par son flingue ; par désœuvrement, par ennui, pour le goût de pousser aux limites. Sauf qu’en musique ça cingle – là ou l’image tombait à plat. Que la complaisance est mise au rencart par cette nuance presque infime : le disque n’essaye pas de jouer l’atout du flou, de l'approximatif pour habiller le sordide. Tout y est sec et découpé. Et Lydia, donc, n’est que fuite et riposte, coup rendus avant l’attaque, anticipés. Saloperie de frousse absurde et continue. Tétanie et spasmes. Tout crame à froid dans cet instant figé. C’est ce putain de malaise aigu, ce rongement du vital. Ce serait pire que rien : pas plus que la banale carapate, qu’une parade de vanité retournée… Si à la fin il n’y avait cet aveu lâché : "I’m afraid of your company"… Confession qui retournée raconte aussi les dépendances, l’impossible d’une solitude véritable, vraie. La cité grouille, la créature s’agite et s’affole. Nous sommes tous pris dans son aura mais pour cette fois elle frappe pour qu’on réponde. Il m’en reste, de ce rouge un peu acide et lourd parce qu’ouvert le jour d’avant… Ma ville est loin de toutes les côtes et la Folle en Cheveux s’est tue. Sa crise passée, on doit bien admettre que personne n’est mort et que la nuit est tranquille. Je me souviens des spasmodiques qui sont passés, des flambés, des consumés si jeunes : aux débuts, aux temps où l'on bascule ; des proches avant qu'ils changent, aussi, des satellites, des oubliés ensuite. Je repose le fourreau auprès de la montre cassée, sur la même étagère. Est-ce dans mon œil ? Ou dans ce regard brille-t-il maintenant un peu de la chaude souffrance, d’un appel aux vivants ? (Je vous reparlerai bientôt du groove et des faubourg où l’on se soucie de vivre plus loin que l’adversité et que les plaies intimes).

note       Publiée le dimanche 16 février 2014

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Twilight › jeudi 23 novembre 2017 - 23:43  message privé !
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Absolument, je me le suis recommandé dans cette édition !

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › jeudi 23 novembre 2017 - 23:12  message privé !

l'occasion de le ré-ré-réécouter : https://lydialunch.bandcamp.com/alb...

Note donnée au disque :       
Dioneo › jeudi 21 juillet 2016 - 12:11  message privé !
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C'est parce que tu préfères les camionneuses rauques... (Non mais OK, chacun son goût, hein, c'tout).

born to gulo › jeudi 21 juillet 2016 - 08:01  message privé !

Je suis de l'avis exactement contraire (concernant les disques : live, jamais vu) : Queen of Siam et ainsi de suite (13:13, Monsieur ! quel ennui) : zzzz ; Big Sexy Noise : la trique.

Dioneo › jeudi 21 juillet 2016 - 02:08  message privé !
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Big Sexy Noise c'est surtout bien cool en live, mais faut avouer que sur disque les solo de Lydia de cette époque là ont quand-même une foutue autre gueule, hein... (Celui-là, Queen of Siam - qu'on écoutait ici d'ailleurs tout à l'heure - ou Shotgun Wedding, tiens, par exemple... C'est creusable, oué !).