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Ture Rangström (1884-1947) › Symphonie n°2 en ré mineur "Mitt land"

  • 1996 - CPO, CPO 999 368-2 (1 cd)

cd | 3 titres | 54:29 min

  • Symphonie n°2 en ré mineur "Mitt land" (1919) | 37:30
  • 1 Sagan : allegretto grave e fantastico [15:07]
  • 2 Skogen - vagen - sommarnatten : andante e scherzo all'improvisazione [14:29]
  • 3 Drömmen : allegro energico e maestoso [7:40]
  • Intermezzo dramatico | 16:25

enregistrement

Enregistré en aout 1995 au Konzerthaus "Louis de Geer", Norrköping.

line up

Norrköping Symphony Orchestra; Michail Jurowski (direction)

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
hymne sombre et terrien

"Mitt land" : "mon pays"... Comme en contrepoint à l'univers légendaire et largement irréel de sa première symphonie, Rangström livre ici une partition terreuse, rude, rustique; une dureté inhérente à l'oeuvre symphonique du suédois, mais qui témoigne ici, plus particulièrement, d'une recherche de vérité et de sincérité, brute et sans artifice. Tout aussi sombre, encore plus sérieux et austère, cet hymne assume de fait une facture simplifiée, presque grossière, où le thème mélodique principal est plus que jamais au centre, le héros, le matériau primordial de ce qu'il nous est donné à entendre. "Sagan" est le récit durant un long quart d'heure d'une seule mélodie, à la fois héroïque et lourde, dramatique, et qui s'impose dès l'ouverture, rugueuse et saisissante. Un thème rustre, et majestueux à la fois, à la grandiloquence déclamative premièrement tempérée par l'absence d'orchestration; Rangström ne lui donne en effet pas de décor, ne la rehausse d'aucun arrangement : les premières expositions sont entièrement consacrées à la texture du discours. Agglomération d'instruments sur une même ligne, cordes, bois, cuivres se conjuguent pour revêtir la mélodie d'une étoffe acoustique à la fois compacte et dense, tactile et épaisse. Il ne fait aucun doute, ici, que Rangström vise la matière naturelle, l'écorce. Travail sur la texture, tant acoustique qu'harmonique, à mesure que le thème s'épaissit d'accords changeants, que l'intensité de ses lumières varie, évolue, que l'orchestre s'installe en ornement, enluminures, mise en scène, et que cette mélodie si marquante, si forte, prend son envol dynamique et passe d'un pupitre à l'autre, lançant la machine orchestrale à la manière d'une torche courant de buissons en buissons pour assurer les départs de feu. Un mouvement conçu comme un système sauvage de transfiguration; à mesure de ses rapports changeants avec l'orchestre, le thème va se métamorphoser, changer de forme et de force, passant de la rudesse à la subtilité, de l'aridité à la flamboyance, en fonction des instruments dans lesquelles il s'incarne, et des variations harmoniques dont il est l'objet. Finalement, de la même manière que Rangström chante les multiples richesses d'un même pays, il donne à sa mélodie tous les visages, la charge de toutes les émotions, il s'en sert comme pinceau à tous les paysages. Il la rend nostalgique, expression solitaire du hautbois, mystérieuse, tapie dans la pénombre d'harmonies suggestives, romantique, déclamation tragique dans des tempêtes de cordes, tumultueuse et marine au sommet de ses cuivres, ascendants et roulants, campagnarde et dansante dans des rythmes soutenus aux tournures populaires, conquérante et souveraine, apothéose sonore aux harmonies épiques... onirique et farouche, terre de légendes. L'orchestre tourne autour, l'isole, s'en empare, l'emporte dans ses frasques; elle en ressort transformée, renforcée ou meurtrie. Rangström reste bien ce musicien de la gravité et de la fureur; une fois lancé, "Sagan" ne nous épargnera pas ces lâchers de cuivres noirs et bruyants, ces exclamations à l'intensité intempestive et ses gouffres terribles surchargés de décibels, ses courses de timbales au galop; comme toujours avec lui, le calme côtoie la tempête dans un jeu d'élasticité dynamique à la fois éprouvant et jouissif; ce qui s'affirme au départ comme un thème un peu lourd et rigide se révèle finalement une véritable grammaire lyrique. Qui dit ode à la Suède dit ode à ses couleurs, à sa nature verte et sauvage : "Skogen, vagen, sommarnatten". "La forêt, la vague, la nuit d'été", l'inévitable évocation des arbres, de la mer et des pénombres crépusculaires du soleil de minuit prend ici la forme d'une longue lamentation, un quart d'heure de sévérité et de tristesse régulièrement tendu de lourds accès de pathos. Chants d'instruments solitaires, dont Rangström a le secret; le cor, bien sûr, qui ouvre le mouvement de sa rondeur triste et nocturne, la clarinette lunaire qui prend sitôt sa suite, le violon et son pouvoir lacrymal. Ici encore un thème protagoniste sert de fil conducteur. D'abord la clarinette, qui l'entonne comme une plainte, émouvante expression rapidement obscurcie de grondements souterrains, puis ce sont les violons aux harmonies célestes et vibrations spectrales. En toile de fond, la lenteur et l'austérité composent un écrin idéal au dessin des lueurs, à une évocation nécessairement nostalgique des paysages, dont la contemplation, la mesure des vastes espaces, sont sources d'une intense émotion. Et toujours ce sérieux, cette constance dans l'affliction, cette prédisposition fondamentale aux ténèbres, qui s'incarnent ici dans les accords sinistres de cordes grondantes, comme prêtes à rugir, et qui ne semblent se retenir que pour mieux suggérer la force et la violence qui couvent, l'irrésistible ampleur des puissances de la nature. Une obscurité qui s'émaille peu à peu d'événements mélodiques plus légers, mutins, de flûtes ou de hautbois, par lesquels se révèlent les bruits secrets de la forêt, se dévoilent toutes les vies qu'elle abrite. Lentement préparée par ces tensions latentes, annoncée par des agitations de pizzicati aux violoncelles, "La vague" vient alors gonfler le mouvement en son centre. "Scherzo all'improvisazionne" : par ce dernier mot Rangström revendique une tendance à l'imprévu, s'abandonne au hasard, mais aussi à l'errance. Un mot et une démarche que l'on retrouvera avec plus ou moins de bonheur dans d'autres pages du compositeur. Ici, l'indécision s'inscrit heureusement avec une remarquable fluidité dans un déroulement thématique cohérent; elle en renforce la richesse, la densité, elle crée la vie et le mouvement au sein d'une page dont le dépouillement et la durée aurait sinon pu nuire à l'intention foncièrement lyrique. Crescendos, apaisements, poussées de cordes et de cuivres à l'avènement difficile, la vague impose sa force à l'écriture traînante de ce second mouvement, et installe la dynamique plus tendue, l'atmosphère plus ambiguë, étrange, qui dessinent les semi-lumières de "sommarnatten". De reflux en dispersions, d'ultimes poussées sonores en suspensions vibrantes, le chapitre se clôt dans l'inquiétude, l'étiolement progressif de mélodies volatiles, dont l'allègement crée une impression évanescente d'horizon disparaissant dans une incertitude crépusculaire, comme les derniers rayons du soleil, incisant leur feu mourant à travers les lames sombres de nuages lointains. "Drömmen", "le rêve", n'est pas à prendre dans le sens onirique, mais bien comme synonyme d'aspiration, d'espoir, celui d'une nation et d'un peuple. Après tant de minutes de pénombre étirées, c'est le retour au son et à la puissance, à la grandiloquence héroïque et aux timbales combattantes. Le rythme est soutenu et guerrier, les cuivres sonnent la charge, et entre deux assauts s'expriment des thèmes glorieux et fiers, excessifs, toujours noircis par la violence et l'acharnement sonore propres au compositeur. Il faut le dire, même si écouté à pleine puissance, ce dernier mouvement terrasse la gueule et remue les tripes façon "grande chevauchée", il demeure à mon sens légèrement en dessous du reste de la production orchestrale de Rangström. Sa personnalité y est moins affirmée, au profit d'une écriture héroïco-belliqueuse un peu lourde, son habituelle maestria dans le traitement de la sévérité et de la fureur semble un peu mise à mal. C'est peu de choses, ramené à cette pièce dans son ensemble, et "Mitt land" n'en demeure pas moins une oeuvre extraordinaire, rude, puissante et belle. Rangström le singulier y laisse un peu de côté l'imaginaire, l'attrait du fabuleux qui illumine "In memoriam" ou "Sang under stjärnorna". Comme dans sa musique de chambre, il expose ici son versant le plus terrien, avec force, lyrisme et conviction.

note       Publiée le lundi 3 février 2014

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