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Ture Rangström (1884-1947) › Symphonie n°1 en do dièse mineur "August Strindberg in memoriam"

  • 1995 - CPO, CPO 999 367-2 (1 cd)

cd | 6 titres | 60:57 min

  • Dityramb
  • 1 Allegro deciso e con passione [17:13]
  • Symphonie n°1 en do dièse mineur "August Strindberg in memoriam" (1914) | 34:52
  • 2 Jäsningstid : allegro entusiastico [10:48]
  • 3 Legend : andante serioso [10:17]
  • 4 Trollruna : sostenuto - presto turbulento [5:56]
  • 5 Kamp : allegro eroico [7:32]
  • Varhymn
  • 6 Adagio espressivo [8:02]

enregistrement

Enregistré en aout 1995 au Konzerthaus "Louis de Geer"; Norrköping.

line up

Norrköping Symphony Orchestra; Michail Jurowski (direction)

chronique

Styles
musique classique
moderne
romantique
Styles personnels
légende noire et forestière

Avant le black metal, la Suède avait Rangström. Rangström n'avait pas peur du vent. Il aimait le son, la musique sauvage. Celui qui reste connu dans son pays pour ses cycles de mélodies, auteur plus de trois cents lieder, a également laissé une oeuvre symphonique singulière, audacieuse, particulièrement puissante et sévère, aussi fantasque et flamboyante que sinistre, aussi superbement suggestive et épique, que foncièrement obscure. C'est un monde fait de rêves, de fantasmagorie et de ténèbres; un monde de menaces, de gouffres, de légendes et de violence... un monde farouche. La virulence parfois extrême des hurlements de cuivres y côtoient les plus intenses profondeurs; les accords funestes s'y mêlent aux harmonies stellaires; chez Rangström, les silences sont gonflés de rumeurs sombres et lourdes, parcourus de mélodies de désolation et de tristesse, ils sont les repaires du danger. Et comme tous ceux pour qui la nuit est un décor sacré, il est un maître des lueurs, des éclairs et du feu, véritable sorcier qui joue de la clarté des étoiles et de la pâleur de la lune avec une virtuosité qui n'a d'égale que la puissance irradiante et terrible de ses ciels gigantesques de cordes en vibrations. "Järningstid", "legend", "trollruna", "Kamp" : "le temps du trouble", "légende", "rune magique", "combat"... plus qu'aucune autre, sa première symphonie cristallise ce mélange de noirceur sonore, bruyante, de lenteurs lugubres, et de fantastique exacerbé. La richesse de l'imaginaire, l'effervescence onirique en transcende constamment la dimension noire; elle est la grande soeur de l'indescriptible et fascinante "Sang under Stjärnona", troisième symphonie du compositeur et quintessence absolue de son art fantasmatique. Plus véhémente, malveillante et brutale, sans doute moins "prodigieuse", "August Strindberg in memoriam" se révèle selon moi tout aussi indispensable, et ce précisément parce qu'elle est parmi ses oeuvres la plus ouvertement violente, celle dont les agressions sont les plus impitoyables, les plus éprouvantes. C'est ici que l'on subit les poussées de cuivres parmi les plus dantesques; un son d'une ardeur et d'une insistance à faire passer le cri d'un éléphant pour de la flûte à bec, qui vous retend la peau et vous bloque le cerveau. Véritable prouesse de contrastes en tout genre, elle mêle les béances sonores paroxystiques et les calmes de mort, les fanfares démoniaques et les havres nocturnes dans un extraordinaire sabbat de visions terribles et fabuleuses, gorgées d'harmonies forestières et scintillantes, et peuplées de créatures mélodiques mystérieuses, menaçantes, furtives ou étrangères. Rangström ne craint ni les ruptures ni les excès dynamiques; sa partition se déroule dans une succession arbitraire et soudaine de thèmes tournoyants et d'avènements excessifs ralentis, de turbulences surnaturelles et de retraits craintifs... des mutismes insondables survolés de vibrations de flûtes, de hautbois ou de violons, des sons en suspension mouvante au dessus des profondeurs, comme des voiles de brume photogènes. Le magicien surprend, fascine, inquiète, alerte, ourdissant des systèmes de motifs en échos, des mélodies en résonances qui s'envolent et se répondent d'un instrument à l'autre, bassons, altos, trompettes, des personnages secrets, qui se préviennent, s'apostrophent et s'affolent, aux quatre coins de la forêt. Car on le sent : le danger est partout, surtout dans le silence, la violence est latente, tapie, la fureur toujours prête à surgir... et plus encore que par ses accélérations alarmantes, ses danses de folie véloces, ses hystéries mélodiques et ses tourbillons ascendants, c'est bien dans la lenteur, sa force lourde, son atroce cécité, la tension qui en suinte comme sa tristesse sordide, que Ture le thaumaturge tire la substance première de ses mélanges psychotropes. "Legend : andante serioso"... trois mots qui résument à eux seuls l'univers occulte et irréel, mais aussi terriblement sévère du compositeur suédois. Véritable ode funèbre, laborieuse marche de mort au milieu de floraisons de cuivres vipérins, contaminé d'émanations fumantes de cymbales toxiques, ce second mouvement aux éclosions sonores ralenties accablantes ouvre des paysages de désolation monstrueux, harmonies maléfiques qui s'éveillent au fin fond du néant, et s'élèvent peu à peu, s'en allant installer des ciels si menaçants, dômes d'orages si terribles que l'on souhaiterait que la forêt se referme sur nos têtes pour ne plus les subir; une diaprure d'effroi et de tristesse, une phénomène d'osmose entre l'enfer hurlant et la nuit silencieuse, une "légende" tragique, où le fabuleux est conté par le chant solitaire des flûtes, les timbres crépusculaires du hautbois et du cor qui serpentent dans le noir, croisant leurs voix, entremêlant leurs notes de craintes et de douleurs, sur un décor de cordes aux harmonies soyeuses, entre deux épouvantes. "Trollruna : presto turbulento", "Kamp : allegro eroico"... rythmes endiablés, mélodies sortilèges, gigues hystériques et danse des gnomes, Rangström le possédé fait sortir des forêts les esprits maléfiques et convoque le grotesque, il en appelle à ceux qui peuplent les sous-bois et le creux des montagnes; il effare ses trompettes et secoue ses timbales, fait tournoyer le vent et y jette ses ténèbres, ses flûtes et ses cymbales dans une ultime folie en hommage à la nuit. "August Strindberg in memoriam, symphonie n°1 en do dièse mineur" : une ode à la nature sauvage, à la force du vent, aux légendes persistantes qui hantent les forêts, ces êtres versatiles qui soufflent les tempêtes et sifflent dans les branches malmenées par le vent, qui virevoltent sur la mousse dans les rais de lumières qui transpercent les arbres. Aussi implacable dans la sévérité de la violence que faiseur de chimères harmoniques flamboyantes, possédé par le rêve dont il assume le déroulement arbitraire, Rangström s'impose autant par la force de ses hurlements que par la richesse tonale de ses lumières, la beauté et la puissance de ses atmosphères, tour à tour étoilées, déchaînées, ténébreuses ou fantasques. On en ressort sonné, abasourdi et comblé; l'oeuvre d'un auteur rare... un 6 de coeur, planté comme un drapeau... une balise subjective en appel aux gutsiens.

note       Publiée le lundi 3 février 2014

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Sheer-khan › mardi 4 février 2014 - 19:29  message privé !
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Ma prochaine salve sera norvegienne, mais je pensais plutôt à egge ou saeverud... Y a deja du Sinding si tu veux :-P

saïmone › mardi 4 février 2014 - 19:06  message privé !
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Vite !!

Sheer-khan › mardi 4 février 2014 - 18:29  message privé !
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Du nazi scandinave, j en ai, mais c est surtout en norvege. Je vous parlerai de monrad johansen et du génial tveitt... Un peu néo paien anti chrétien et anti semite, un peu jacobsen quoi... Mais genial...

saïmone › mardi 4 février 2014 - 18:25  message privé !
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Une mauvaise blague avec Hans Pfitzner :D

Sheer-khan › mardi 4 février 2014 - 18:14  message privé !
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Gné?