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Node › Node 2

cd • 9 titres • 73:31 min

  • 1Shinkansen East 10:37
  • 2The Traveller 8:17
  • 3Becoming 8:32
  • 4Doppler 5:07
  • 5Marche Mécanique 8:30
  • 6Dark Beneath The Earth 6:06
  • 7Shinkansen West 11:11
  • 8No Signa 6:07
  • 9Thin Air 8:38

enregistrement

Enregistré entre 2012 et 2013 dans le Studio Battery à Londres

line up

Flood (claviers, synthés et séquenceurs), Dave Bessell (Claviers, synthés et guitares) Ed Buller (Claviers, Moog Modular et séquenceurs) Mel Wesson (Claviers, synthés et séquenceurs)

remarques

Pour avoir plus d'informations sur cet album et entendre des extraits sonores: http://www.din.org.uk/din/node/477

chronique

Styles
ambient
dark ambient
musique électronique
Styles personnels
england school

Je me souviens des années 90. Les années Internet où Napster donnait la chance aux Nord Américains de constater que la MÉ du style Tangerine Dream et Klaus Schulze était bel et bien vivante….en Angleterre. Si les années 70 sont le berceau d'une Berlin School expérimentale et psychédélique fortement embrasée par des équipements analogues, ces années 90 appartenaient au mouvement de la England School avec des groupes phares tel que Radio Massacre International, Air Sculpture, et …Node. Mais honnêtement! Qui d'entre nous connaissions Node? Pourtant, le quatuor Anglais est aussi légendaire que sa carrière fut éphémère. Son seul album, album éponyme lancé en 1995, avait eu un impact tellement puissant que des dizaines de bootlegs inondèrent le marché underground. De ce que je me souvenais; la musique était noire avec des rythmes lourds qui croupissaient sous des ambiances chtoniennes. Je suis content de constater que ma mémoire, sur ce point, ne m'a pas fait défaut. Car près de 20 plus tard Node remet cela avec un 2ième album sobrement intitulé “Node 2”. Accompagnés par Mel Wesson (qui remplace Gary Stout), Dave Bessell, Ed Buller et Flood (Mark Ellis) ont concocté depuis près de 20 mois, à travers diverses rencontres au Battery Studio de Londres, un album où les improvisations du quatuor se sont imbriquées dans les délices des équipements analogues pour redéfinir les lignes d'une MÉ noire quasiment réinventée. Un peu comme si en 20 ans, rien n'avait bougé…Et pourtant.
Des larmes de musique tombent et étendent une aura de mysticisme avec des vents qui hurlent sur de flottantes brises soniques dont les lents mouvements de valse lyrique ouvrent les délices de "Shinkansen East". Des accords de guitare y traînent et perdent leurs harmonies dans un intense sauna ambiosonique qui redessine les lignes des ambiances chtoniennes en les rendant plus métalliques. Les effets sonores sont aussi multiples qu'intrigants. Ils tissent un univers sonique sans frontières où les harmonies de chœurs absents soufflent comme les agonies d'âmes en détresse. On flotte dans des nappes bleutées qui par moment chantent comme des gargouilles à la recherche d'un passage. Et il s'ouvre avec des lents grincements et des souffles agonisants qui laissent passer un lourd train activé par des séquences résonantes, agiles, nerveuses et harmoniques. Le rythme de "Shinkansen East" est aussi lourd que noir. Il rampe comme il mugit, faisant vrombir murs et plancher comme un troupeau d'éléphants hallucinés par des herbes magiques. Il suit une tangente sphéroïdale avec différents tracés des séquences où les ions zigzaguent et s'entrelacent comme de coups de ciseaux dont le désordre synchronisé éclate dans des tonalités rauques, limpides, résonnantes et même harmonieuses. Le rythme respire comme un train en souffrance. D'autres fragments en alimentent sa complexité, tel que des pulsations, des bulles organiques et des coups aléatoires qui tissent une fascinante toile rythmique statique imbibée d'une sombre musicalité où crissent les frayeurs des bêtes analogues. C'est du rythme statique à l'état pur. Du Berlin School noir et furieux qui reprend son souffle dans une finale étoilée de brindilles soniques qui pétillent dans de lentes et morphiques nappes de synthé aux douteuses apparences angéliques. "Shinkansen East" donne le ton à un puissant album où les ambiances mystifient l'ouïe, où les sons fascinent l'écoute et nourrissent l'imagination sur des rythmes qui flottent dans des ambiances de mystère patibulaire.
Chacun des titres de “Node 2” vit de cette complexité des rythmes où la lourdeur écrase de fines harmonies qui pourtant s'accrochent à la fureur des cognements, comme à des spirales de séquences, tempétueux. Après les lentes nappes morphiques qui parfument une intro où pulse une sournoise pulsation, "The Traveller" prend son lent envol rythmique sur des élytres d'acier et leurs tsitt-tsitt entraînants. Le rythme est paresseux. Il se dandine dans une étrange ambiance glauque où résonnent des notes éparses et chantent d'autres notes plus limpides dans une mystérieuse bruine bleutée. Un peu comme dans "Shinkansen East", il progresse dans son enveloppe de complexité avec des séquences un peu plus saccadées qui encerclent la marche passive des pulsations basses où traînent une nuée de mélodies fragmentées par des soirées d'improvisation. Malgré l'agitation trouble qui grouille sous ses fondations, "The Traveller" se laisse apprivoiser par des beaux solos d'une guitare mélancolique qui harmonise sa mélodie évasive avec un clavier tout aussi complice. Cette guitare de Dave Bessell devient plus aguichante sur le très bon "Becoming" et sa structure de rythme subdivisée par des lignes de séquences dont les ions s'évadent en tous sens, effrayés sans doute par ces coups de percussions imbibées de métal feutré, tout en respectant un pattern de zigzag cohérent. Les harmonies sont superbement moires. Elles glissent comme les chants ectoplasmiques de spectres affolés par le vertige des rythmes entrecroisés dont certains arrachent la peinture des murs délabrés par le crissement des larmes de synthé. On croirait entendre les origines de Redshift. Surtout sur le décapant "Doppler", et son rythme affûté de gargouillements organiques qui tournoient comme des hélices horizontales sur une superbe série de séquences hyperactives gambadant comme des moutons sur acide dans un baume sonique infesté de ululements spectraux, et le très intrigant "Dark Beneath The Earth". "Marche Mécanique" est intimidant avec ses lentes pulsations résonnantes qui gémissent comme des barrissements d'éléphants égarés dans une jungle carillonnée. Le rythme est lent, sournois. Il avance à pas de loup, dansant négligemment avec des percussions agressives dont les claquements tournoient vivement tout autour de ces hurlements qui dérangent la quiétude des voisins. La structure de rythme, comme partout dans “Node 2”, est étonnante avec un maillage de séquences, pulsations et percussions, tous tissées dans le maniement génétique des équipements analogiques de quatuor Anglais, qui s'entrecroisent, perturbant les quelques approches cartésiennes pour propulser "Marche Mécanique" dans une débâcle rythmique où les synthés apocalyptiques sonnent comme les symphoniques perturbations harmoniques du Dream des années Ricochet. Tout simplement génial. Vous me voyez aller? Si je continue, je vais écrire 3 pages sur ce “Node 2”. Chaque titre, chaque seconde de ce dernier album de Node est une pure merveille de l'art électronique analogue. "Shinkansen West" est encore plus violent que "Shinkansen East", alors que "No Signa" est aussi sombre et inquiétant que "Dark Beneath The Earth". "Thin Air" se démarque avec une approche un peu plus musicale, qui n'enraye en rien tout le côté mystique de l'album, où les séquences papillonnent de limpidité dans un bouillon musicale tant harmonique que mystérique qui rappelle un certain trio Allemand…
J'ai été puissamment renversé par “Node 2”! Tant que je l'ai écouté très attentivement et à maintes reprises avant de me prononcer. Allais-je me lasser de ces rythmes infernaux qui font souffrir murs et voisins? Allais-je finir par trouver les harmonies spectrales et les ambiances chtoniennes trop près des spectres de Tangerine Dream? Non, rien de tout cela. Autant de rythmes, autant d'ambiances et autant de puissance concoctés dans les entrailles d'équipements purement analogue relèvent d'un exploit que je peine à imaginer comment les sculpteurs de sons peuvent faire. Ce “Node 2” est dans la classe des meilleurs Redshift, Ramp, Arc et Arcane. Un peu plus vicieux même avec des rythmes et des ambiances dont les diapasons sont constamment remis en doute par d'autres explosions du même genre. Puissant, étonnant et extrêmement séduisant. Je suis bien prêt à attendre un autre 20 ans afin de me mettre quelque chose d'aussi unique entre les oreilles. Mais j'aimerais bien mieux l'année prochaine. Disons que ça part très bien 2014.

note       Publiée le jeudi 30 janvier 2014

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notes

Note moyenne        2 votes

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snooky › jeudi 14 avril 2016 - 13:46  message privé !

Excellent cet album ! Je en connaissais pas ! Et c'est un ravissement ! :)) Merci !

Rudi › lundi 10 février 2014 - 11:12  message privé !

Ca fait vraiment (beaucoup) penser à Redshift, effectivement.

Phaedream › samedi 8 février 2014 - 15:16  message privé !
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Corrigé :-) Désolé, j'étais à l'aéroport lorsque j'ai mis la chro sur GOD. J'ai effectué un mauvais clic. Et après...Internet à disparu pour 8 jours :D

dariev stands › jeudi 6 février 2014 - 18:19  message privé !
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corrigé

Warsaw › mercredi 5 février 2014 - 12:40  message privé !

La pochette ajoutée avec la chronique n'est pas la bonne => http://www.din.org.uk/din/node/477