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Burning Spear › Marcus Garvey

cd | 10 titres | 33:11 min

  • 1 Marcus Garvey [3:24]
  • 2 Slavery Days [3:37]
  • 3 Invasion [3:17]
  • 4 Live Good [3:10]
  • 5 Give Me [3:05]
  • 6 Old Marcus Garvey [3:59]
  • 7 Tradition [3:28]
  • 8 Jordan River [2:55]
  • 9 Red Gold & Green [3:10]
  • 10 Resting Place [3:06]

extraits audio

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enregistrement

Enregistré au studio Randy’s. Mixé au studio de Joe Gibbs. Ingénieurs du son : Errol Thompson et George Philpot Produit par L. Lindo (Jack Ruby).

line up

Aston "family Man" Barrett (basse), Burning Spear (Winston Rodney) (voix), Tony Chin (Valentine) (guitare rythmique), Tyrone Downie (piano, orgue), Bobby Ellis (trompette), Vincent "trommie" Gordon (trombone), Richard "dirty Harry" Hall (saxophone ténor), Bernard "touter" Harvey (piano, orgue, clavinet), Herman Marquis (saxophone alto), Carlton "sam" Samuels (flûte), Robbie Shakespeare (basse), Earl "chinna" Smith (guitare lead), Leroy "horsemouth" Wallace (batterie)

remarques

L’édition CD Island de 1990 regroupe les albums Marcus Garvey (1975) et Garvey’s Ghost (1976), version dub du précédent.

chronique

C’est là qu’on ne rigole plus. Burning Spear – surnom d’activiste, nom de guerre emprunté par le chanteur Winston Rodney à Jomo Kenyata (le "père" du Kenya, de l’indépendance du pays) – ne vient pas, lui, pour faire le show. Un pur rasta, celui-là. Du genre qui ne s’excuse pas. Dreadlocks qui ne datent pas du dernier déluge, afro-centrisme clamé – c’est à dire que le type raconte l’Histoire selon cet angle là : l’esclavagisme en faute, péché mortel de l’Europe et de ses empires ; le Nouveau Monde comme exil ; l’Afrique comme terre de rapatriement. Rodney chante ses héros, également, ceux du cru et ceux du Culte. Ses lieux sacrés symboliques, ses cours d’eau mythiques. Le fleuve Jourdain, le rouge-or-vert insigne des Congrégations. Mais pour l’instant, nulle mention ou peu s’en faut – et à vrai dire lui ne sera pas immédiatement de ceux qui en feront le plus usage, qui en abuseront bien au delà de l’épuisement de clichés – de Babylone ou de la Montagne Sion (Zion). Burning Spear à la place, pose des questions, apostrophe les Nations : "Où est ton amour, Jamaïque". Et s’il louera plus tard – comme eux tous – l’empereur Sélassié d’Éthiopie, c’est pour le moment un autre souvenir qu’il veut célébrer. Celui d’un type ancré dans l’action politique, d’un héros plus terrien, parti aux États Unis – vers le milieu des années mille neuf cent dix – pour s’instruire et fomenter, préparer déjà le retour aux racines. Devenu emblème, mythe – un peu malgré lui, d’ailleurs – pour les rastas, ensuite. Marcus Garvey n’avait que faire, au vrai, des prétextes mystiques et de leur expansion. Plus que l’Ancien Testament, sa Bible à lui était le Capital – celui de Marx, oui avec en appendices Trotski et quelques autres, aussi ecclésiastiques. Qu’il ait clamé "Un seul dieu", certes ; mais était-ce plus qu’une ruse, qu’un principe évoqué, invoqué pour faire ciment ? Peu importe… Winston Rodney n’entend pas trahir cette pensée. Son verbe, ici, est concret. Le ton dur, même, souvent. Et la voix… Rude. Comme rarement on en avait entendu, de fait, dans le genre. Finis les falsetto soul du rocksteady, à la Ken Booth, à la Desmond Dekker ; point de grondés funk ni d'acmé gospel façon Toots Hibbert. Le timbre de cet homme est rêche, sec ; sa justesse parfois mince, la note tenue sur le fil ; un chant saisissant, qui captive l’attention d’emblée justement parce qu’il fuit toute joliesse, toute cajolerie, toute facile et joviale séduction. Une manière qui n’est pas sans beauté, pourtant, dans son intransigeance, son aridité de coin nu dressé sur un ciel aveuglant. Et la musique n’est pas en reste, qui porte cette parole. Rythme compact et lourd, roulant, dynamique emportante ; grosse caisse et tom sourds, percussions en course sanguines ; sur ce bloc impénétrable, qui planent et passent et sinuent : flûte en volutes et courbes vives – ces mêmes chalumeaux de bergers peuls inventés qu’on entend à la même époque chez Count Ossie ; mais en plus aériens, en plus longues trajectoires, aussi, jamais interrompues, parfois, d’un bout à l’autre des plages ; section de cuivre en fanfares de louange, d’enluminure ou de déploration. Une musique solide, frappante – curieusement gracieuse et aéré, pourtant, sous ses airs premiers d’austère inextricable. Rien qui ne pèse son juste poids, dans ce premier album – non pas de Rodney lui-même, qui en avait déjà enregistré au moins deux au pays, pour le compte de Studio One – mais à l’international. On sait que l’homme, une fois sorti le disque, a tout de suite pesté, détesté le traitement, le mixage imposé par Island. Il est vrai qu’à comparer avec lesdits enregistrement Studio One, le rythme peut sembler quelque peu délesté, moins martelant, moins fiche-en-terre en contrepoids des souffles envolés, l'ensemble moins pieds-ancrés-tête-dans-les-cieux. Il n’empêche : écoutées d’ici, ces trente-trois minutes et onze secondes ne nous lâcheront pas au moindre de leur instant. L’incroyable synchronie du groupe – y compris et surtout dans ce subtil décalage qui est la marque des musiques d’alors et de ces lieux – sa puissance posée, lente, inexorable, l’amplitude presque inouïe de sa respiration… Tout, à travers ce son net, exact – et presque sans réverbération, contre toutes coutumes de l’île originelle – nous parvient parfaitement lisible, d’une précision qui imprime chaque détail, le grave au moment mouvant de l’écoute. La richesse de l’arrangement, architecture et mécanique vivantes. Le tranchant du propos , du message – on en retiendra, on y prendra, une fois de plus, ce qu’on voudra… au moins celui-là l’articule-t-il de sa voix propre, sans pareil, trop particulière même pour faire vraiment école ; son influence à lui sera autre. Au moins Spear ne ressasse-t-il pas – pas encore, à ce moment. Ce disque là ouvre une voie. Celle de son auteur au delà de ses terres, bien plus loin que son quartier, que ses collines familières. La voix d’une partie de ce peuple – celui des sans-uns, loin des palaces à touristes, loin des boîtes à plaisir. Une protestation, une colère, que ce type-là n’était pas près de vouloir éteindre, tempérer, frelater. Une révolte d’autant plus menaçante qu’elle s’exprime en mots détachés, d’un débit contrôlé, d’un phrasé tenu ferme. Ce disque et les suivants sont les contemporains des premiers de Bob Marley pour le même label. Restés dès lors dans l’ombre de sa gloire, à cet autre proclamé prophète ? Voir. Chris Blackwell – le patron d’Island – ne parviendra jamais, certes, à faire de Burning Spear un deuxième coup fumant, une autre star messianique. Spear ne le laissera pas faire. C’est une question de choix. À quoi dès ici l’homme procède, en geste sûr.

note       Publiée le mardi 28 janvier 2014

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Klarinetthor › dimanche 2 octobre 2016 - 16:25  message privé !

si j'avais lu les ptites lettres, et verifié la date de naissance de Garvey,...et la version dub effectivement, je connais sa pochette beige/grise... l'art des artworks qui changent avec les editions... come s'il n'y avait pas deja assez de pochettes. la pop c'est quand j'aime pas, tu sais bien.

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Dioneo › dimanche 2 octobre 2016 - 15:35  message privé !
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Ben vu que le portrait est à la base la pochette de l'album "versions dub", ça doit être logique qu'ils n'aient pas collé le visuel sur la rééd... (c'est le CD qui la reprend en positif/noir sur blanc - alors que celle du vinyle dub est en négatif/blanc sur beige). (Et c'est quoi de la pop ?).

Klarinetthor › dimanche 2 octobre 2016 - 15:02  message privé !

Ah je n'ai pas le portrait de Garvey dans ma reed Island recente... un peu honteux, ils auraient pu glisser un insert. Mais par contre, ca sonne assez impeccablement. Ca change des pressages Studio one des deux premiers; toujours pas depoussierés et ressortis, et ca c'est enormement honteux. On parle d'un des plus grands groupes de reggae, tout de meme. La face B c'est du tout bon, j'adore en particulier l'ouverture et la derniere, Resting place. Sur la A, il y a un ou deux titres un peu plus mou (pop?) qui me parle moins.

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Dioneo › vendredi 9 janvier 2015 - 01:25  message privé !
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Ah oui... Le truc des boxes Trojan - enfin, je ne sais pas lesquelles tu avais chopées mais ça se vérifie souvent - c'est qu'elles sont généralement assez complètes et font le tour d'un style/d'une tendance/d'un espace temps en en explorant du coup toutes les "humeurs", autant que possible. Du coup si ce qui te plaît dans telle ou telle dite scène est une seule facette, c'est sûr que ça peut être frustrant, décevant... Ceci dit ça peut faire pareil avec des artistes, sur album - genre Desmond Dekker, qui a fait des trucs assez tranchants/curieusement froids dans l'attaque (007 (Shanti Town) ou Sabotage), d'autres carrément mélancoliques (Fu Manchu... morceau dont je ne me suis jamais lassé, avec son orgue prenant) et beaucoup de choses bien plus sautillantes, joyeuses, généralement assez insupportables pour ceux qui à la base n'aiment pas "ça".

Et OK pour les Specials, je me disais bien que ça devait davantage te parler (les racines nettement mods-à-l'époque-du-punk du truc, le durcissement du son - qui ne leur a pas fait perdre la chaloupe, d'ailleurs... Bon, voilà que me prend l'envie d'écouter Ghost Town, avec tout ça. Pas leur seul coup de génie mais quel p... de morceau, quand-même ! Hop... Sortage de The Singles de l'étagère, allez...).

Twilight › jeudi 8 janvier 2015 - 21:51  message privé !
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@Dioneo. J'aime beaucoup les Specials, ainsi que plus récemment les Dead 60's. J'avais essayé de me frotter aux racines en achetant trois boxes Trojan mais ça n'a pas pris :0(. Merci pour les tuyaux, Dariev et Klarinetthor, je vais aller checker ça très vite :0))