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Compilation - Trojan › Dance Crasher : Ska To Rocksteady

  • 1988 • Trojan TRLS 260 • 1 LP 33 tours
  • 1988 • Trojan CDTRL 260 • 1 CD

cd • 18 titres • 50:24 min

  • 1Lord Creator : Big Bamboo2:36
  • 2The Skatalites : Latin Goes Ska2:59
  • 3The Maytalls : Hallelujah2:36
  • 4Don Drummond : Garden Of Love3:00
  • 5Stranger Cole : Rough And Tough3:02
  • 6The Skatalites : Beardsman Ska3:04
  • 7Peter Tosh & The Wailers : Shame & Scandal3:01
  • 8The Skatalites : Street Corner2:52
  • 9Carlos Malcom & The Afro Caribs : Bonanza Ska3:03
  • 10Alton Ellis & The Flames : Dance Crasher2:39
  • 11Don Drummond : Let George Do It3:11
  • 12Don Drummond : Rudie Bam Bam2:24
  • 13Tommy McCook And The Supersonics : Ska Jam2:47
  • 14Lee « Scratch » Perry & The Soulettes : Doctor Dick2:28
  • 15The Skatalites : Ball Of Fire3:07
  • 16The Ethiopians : Owe Me No Pay Me2:31
  • 17Baba Brooks & Band : Independdance Ska2:32
  • 18The Rulers : Don’t Be A Rude Boy2:23

extraits audio

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enregistrement

Morceaux enregistrés et sortis en Jamaïque entre 1962 et 1966. Produits par C.S. Dodd (Clement Seymour« Sir Coxsone » Dodd) (1, 3, 6, 7, 12, 14, 15, 16), Duke Reid (Arthur « Duke » Reid) (2, 4, 5, 8, 10, 11, 17), Carlos Malcom (9), Ken Lack (13), Sir J.J. Johnson (18).

line up

Tommy Mccook (& the Supersonics), Lee "scratch" Perry (and the Soulettes), Toots & The Maytals (The Maytals), Don Drummond, Lord Creator, The Skatalites, Stranger Cole, Peter Tosh & The Wailers, Carlos Malcom & The Afro Caribs, Alton Elis (& The Flames), The Clarendonians, Baba Brooks (& Band), The Rulers

remarques

Sélection des morceaux et notes de pochette par Steve Barrow.

chronique

Styles
black music
reggae
Styles personnels
ska > rocksteady

Un peu d’archéologie, maintenant ? Pas vraiment, en fait. Ce n’est pas à la fouille que nous convie là Steve Barrow – journaliste, écrivain, historien du reggae et musiques attenantes, périphériques, sources, séquelles… – ; c’est au voyage. Il y a cette différence que celui-là nous porte à l’enchantement, à l’étonnement, aux libres découvertes ; où l’autre induit soupçons, thèses arrêtées, théories. Et puis un disque n’est pas une ruine ou un fossile ; enregistrée à telle heure, tel jour, telle année, il nous arrive dans ses détails quelques lustres et décennies plus tard ; la technologie change, certes – et donc le son, et puis la perceptions, les contextes qui mutent ou disparaissent – mais… Les couleurs et les formes nous parviennent, restituées, pas usées ou incomplètes comme l’ammonite figée, les murs des atriums ou bien des cathédrales aux fresques pour de bon effacées. Cette compilation saisit – subjectivement mais savamment, renseignée mais au libre fil de l’histoire qu’elle conte – la musique jamaïcaine dans les années de l’immédiate après indépendance. Un temps d’affranchissement, en toute logique. D’explosions et de relâches. Un moment où se tiraillent et se percutent contradictions, questions, où se nouent des solutions locales, où se définissent les angles des lancées. L’heure d’un basculement, aussi. Celui dit dans le titre : celui d’un rythme. Du ska – contretemps haletant, arrangements et saillies jazz des cuivres ; au rocksteady – ralentissement de la même syncope, timbres et harmonies de voix reprises à la soul music de l’Amérique voisine mais très vite appropriée, libérée de ces modèles (comme ledit jazz précédemment, d’ailleurs, mis dans les mains des mêmes orchestres ska). Affaire de transition. Mais moment autonome. Une scène foutrement bouillonnante, de fait. Histoire d’emprunts, d’importations, de partis-pris. D’influences donc, et de transformations. Un pas vers le reggae, à vrai dire – cette musique qui jettera sous les feux hors de l’île certain des noms déjà présents ici – c’est plus indéniable à mesure qu’on s’approche puis qu’on passe, dans la sélection, le mitant des années soixante. Histoire des premières exportations en retour, des premières stars locales – Alton Elis ou The Rulers – à cartonner en Angleterre, d’abord, nouvelle terre d’émigration, où s’installaient les exilés. Histoire de voyage, disais-je, car nombre de Jamaïcains, déjà à cette époque, ont l’âme baladeuse et le retour enraciné. Tout commence là par Lord Creator – héros du calypso trinidadien passant par cette autre île (et les studios de Duke Reid, j’y reviens plus loin) – avec son verbe paillard et sa chaloupe cousine du mento local, ses couleurs voisines qui brillent déjà autrement, sous la lumière d’ici. Tout se poursuit avec les Skatalites en fil constant, rouge, conducteur – musiciens partout présents en ces plages, en tant que groupe ou bien sous les noms propres de l’un ou l’autre membre ; sans aucun doute aussi, en studio pour les sessions des vocalistes qui défilent ; diables d'improvisateurs, phrasés percutants hérités du bop, jeu collectif qui magnifie la fameuse syncope, impossible à confondre, marquant la latitude. Et le tempo, à mesure, se fiche, s’alourdit, et simultanément assouplit son balancement. La cadence ralentit. La manière se fait de plus en plus sensuelle, déhanchée. Question de production, aussi. Et quelque chose se joue bien, là, en ces années. Se définit. Une prise en main, une nouvelle classe qui s’attribue maintenant les moyens techniques, les circuits de diffusion. Une chose frappe, à lire les crédits du présent disque : sur ces dix huit morceaux, quinze portent le sceau – à peu près en alternance – de deux hommes seulement. Clement "Sir Coxsone" Dodd – créateur de la structure, du label Studio One ; et Duke Reid, patron de Treasure Island. Deux lieux – comme par hasard – où passeront à peu près tous ceux qui dans la décennie suivante déferleront sur les platines et les scènes du monde entier, bien au-delà de leurs bases. Deux noms à quoi se mêlent tous les autres, ici en lice ou en coulisse : Peter Tosh (avec les Wailers), les Maytals de Toots Hibbert, même Lee "Scratch" Perry, future génie cintré du dub, l’un de ses grands inventeurs (avec un morceau nommé, hum, Docteur Bitte, déjà blindé d’échos et de vocalises perchées… quelque chose devait bien déconner déjà, dans cette boîte crânienne). Un son se forme, oui. Une inflexion germe, s’affirme, se précise. Des thèmes affleurent, aussi. Assez vite, certains de ses artistes abandonnent les romances – héritage immédiat, donc, d’une soul américaine elle même sur le point de se voir bouleversée, de s’atteler à éclairer le chaos du monde et les résistances – pour conter la misère du cru, les histoires de labeur impayé (assez ironique quand on sait comment lesdits producteurs de disques traitaient les musiciens sur ce plan), les violences des rues et quartiers de Kingston. C’est là que naît la mythologie du rudeboy – voyou, petit gangster, moitié terreur moitié héros du peuple (la postérité du personnage courra jusqu’à l’ère de gloire du reggae et même au-delà – qu’on écoute The Harder They Come de Jimmy Cliff, qu’on regarde le film dont l’album est la bande, en 1972 ; qu’on s’interroge sur les noms choisis par les cogneurs de voix, dans la même décennie : Dennis AlCapone, Dillinger ; ou d’autres patronymes piratés aux acteurs qui jouaient toujours les durs : Clint Eastwood ou Lee Van Cliff…). C’est là qu’en s’adressant à celui-là – métaphoriquement, en messager à qui l’on confère le rôle de rédempteur – l’un ou l’autre artiste en appelle à la paix dans le peuple. C'est là aussi qu'on commence à parler du Barbier – ennemi des disciples prophétiques, qui veut couper les dreadlocks, signes d'allégeance et marque spirituelle. En sous main, l’influence commence à se faire sentir des congrégations rasta, la fierté des racines, la méfiance – passées les proclamations – envers les nouveaux pouvoirs, régimes, possédants. Aucun de ces musiciens, à priori, n’est pour le moment fidèle du mouvement – en tout cas ouvertement. Mais l’esprit de leur loi – ou de leur philosophie de fronde, c’est comme on préférera – gagne déjà ces arts populaires. La fête passée, le pays prend conscience des manquements, des tricheries qui déjà s’esquissent, des lignes en-deçà de quoi seront déposés tous les laissés pour compte. Un chapitre se clôt – un autre s’ouvre, c’est tout un, simultané. Quelque chose tire. Au cœur de l’Éclat, des ombres et des teintes nouvelles attendent de fleurir.

note       Publiée le dimanche 26 janvier 2014

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