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Vangelis › Heaven and Hell

cd | 11 titres | 43:14 min

  • 1 Heaven and Hell Part I [ 21:58]
  • 2 Bacchanale
  • 3 Symphony to the Powers B (Movements 1 and 2)
  • 4 Movement 3
  • 5 So Long Ago, So Clear
  • 6 Heaven and Hell Part II [ 21:16]
  • 7 Intestinal Bat
  • 8 Needles and Bones
  • 9 12 O'Clock
  • 10 Aries
  • 11 A Way

enregistrement

Enregistré en Septembre 1975 au Nemo Studios, Londres et remasterisé par Vangelis à l'automne 2013

line up

Vangelis (Claviers, synthé, Grand piano, percussions et arrangements)

Musiciens additionnels : Jon Anderson (Voix sur So Long Ago, So Clear) Vana Veroutis (Voix sur12 O'Clock) English Chamber Choir dirigé par Guy Protheroe

chronique

De lents souffles apocalyptiques provenant d'un synthé nasillard ouvrent les abysses de "Heaven and Hell Part I". Cinq ans après Sex Power, Vangelis appose une signature musicale qui lui sera unique avec une approche orchestrale très près des ambiances de films où les synthés se recouvrent de symphonicité aux couleurs de métal irisé et les chœurs empruntent de chtoniennes ambiances grégoriennes. Album d'un génie en devenir, “Heaven and Hell” tranche la carrière de Vangelis Papathanassiou qui quitte son habit d'ermite folklorique ou de bohème rocker pour un caractère encore plus mystique. Nouvellement réédité par le label Cherry Red, “Heaven and Hell” est aussi l'album de la confusion chez les fans grandissants du phénomène Vangelis. Le multi-instrumentaliste autodidacte grec se lance âme perdue dans d'époustouflantes structures symphoniques où les ténèbres sont continuellement harassées par des aubades angéliques. Après ces lents souffles de Jéricho, "Heaven and Hell Part I" part à la dérobade avec un rythme débridé. Des coups de percussions embrasent la tempétuosité du premier mouvement qui bascule dans l'anarchie avec des brusques ruades qui transportent un duel sonique entre des synthés philarmoniques, des tintements harmoniques et des chœurs grégoriens dont les sombres harmonies célestes roulent en boucles sur les semonces des percussions. Ce délire sonique attache sa passion au second mouvement où Vangelis martèle une cadence austère avec de sombres accords qui étendent une minimaliste mélodie baroque. Suit un délicat piano dont la mélodie peine à percer cette opaque approche dantesque qui se voit épauler par l'English Chamber Choir. La mélodie de "Symphony to the Powers B" est à la fois frivole et grave, embrassant des structures angéliques comme des passages plus tourmentée. C'est un bref opéra où le ciel embrase les enfers et dont les fins accords de piano qui dansent avec des clochettes nous amènent vers les prémices de Chariots of Fire. Un album qui paraîtra quelques 6 ans plus tard. Et on arrive au tendre "Movement 3" et son piano qui fait rêver ses notes dans des brumes bleutées et des brises qui chantent. Cette délicate mélodie lunaire trouvera preneur comme musique du documentaire Cosmos en 1980 et nous conduit au superbe et très doux "So Long Ago, So Clear"; une mélodie électronique qui deviendra le berceau du New Age et où Jon Anderson enchante avec son chant si éthéré. En fait cette finale me rappelle celle de Yes dans Relayer où un fascinant calme céleste suivait une structure de musique totalement déjantée sur Gates of Delirium. Il y a un petit parallèle à faire entre les deux œuvres. Une ambiance très patibulaire ouvre "Heaven and Hell Part II". Des vents creux soufflent sur des percussions et des pulsations de basse atones, moulant une ambiance noire où chaque souffle alimente la frayeur des chauves-souris dont l'envolée de la nuée se fond dans un maillage de percussions et tonalités hétéroclites qui se perdent dans les interstices du temps pour rejoindre la fascinante mélodie orientale de "Needles and Bones". Le jeu de la basse qui remonte le courant des agiles notes métalliques est superbe et la mélodie qui scintille sous un immense pattern de carillons synthétisés l'est tout autant. Après on tombe dans la pure magie. Le mouvement de "12 O'Clock" se tiraille constamment entre la belle et la bête, la cohésion et l'anarchie, le ciel et l'enfer. Des chœurs absents fredonnent sous un ciel couvert de tonnerres apocalyptiques. On y entend une voix d'oracle hennir alors que d'autres voix plus virginales susurrent aux oreilles des dieux une mélodie déchirée entre le calme et la tempête. Les percussions font des ruades et bouleversent l'ordre de la paisibilité alors que "12 O'Clock" épouse la bipolarité de "Bacchanale". On entend une mélodie au loin prendre forme. Sauf que le chaos régurgite ses fracas. Il n'y a pas de rythme. Juste des écots qui s'égarent dans une intense mosaïque sonique où la démesure est amplifiée par la présence d'un orchestre symphonique virtuel. Vangelis est maître de son “Heaven and Hell” et de sa passion pour le chaos. Vient enfin les premières éclaircies de "12 O'Clock" avec la superbe voix de Vana Veroutis qui apaise tous les tourments. Sublime! Et ceux qui entendent du Ennio Morricone…Il y a un peu de vrai. "Aries" éclate entre nos oreilles comme une fanfare électronique. Les lignes de Pulsar dans Albedo 0.39 y sont tracées. Et ce magnifique “Heaven and Hell” se conclut par une ode lunaire. Avec "A Way" et ses arpèges de verres qui tombent et chantent comme des larmes de joie sur joue ridée par le bonheur. Ces larmes coulent vers le haut, chantant avec les étoiles dans une aurore boréale musicale dont la délicatesse mélancolique suivra les songes de Vangelis des années durant. Avec ses méga impulsions orchestrales, ses chœurs aux arômes divisés entre le noir et le blanc, ses mélodies cousues de fil d'Orion et ses ruades de rythmes décousus; “Heaven and Hell” est une véritable taloche à l'oreille. L'album est tout autant percutant en 2014, imaginer alors en 1975! C'est une véritable pierre angulaire dans la carrière de Vangelis et qui servira d'assise et d'influence pour des albums aussi importants qu'Albedo 0.39, China, Chariots of Fire et même Blade Runner. Les rythmes sont lourds, les ambiances sont puissantes et les mélodies sont célestes. La musicalité et la production sont si intenses que bien des éditions numériques en ont souffert. Et c'est corrigé avec justesse en 2013 avec une superbe remasterisation effectuée par Vangelis lui-même. Cette édition d'Esoteric Recordings est sans faille. Aucunes limitations des sources, ni distorsions des sons qui sont assez explosifs merci. La sonorité est aussi excellente que le pressage japonais de 1990. Elle vient aussi avec un beau livret qui ne dit pas grand-chose mais qui est agréable à regarder. Un chef d'œuvre de MÉ contemporaine!

note       Publiée le vendredi 24 janvier 2014

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snooky › dimanche 21 février 2016 - 14:44  message privé !

Plutôt d'accord avec ce que dit Dariev Stands ! La face 1 est à chier , pompeuse et ennuyeuse ! La face 2 passe un peu mieux ! Un album qui s'écoute mais plus que moyen ! Heureusement , il a fait mieux depuis :)) ! Quant à son génie , pour moi , il ne fait aucun doute !

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SEN › dimanche 26 janvier 2014 - 13:10  message privé !

J'ai pris le temps de le réécouter et je trouve ça super pompeux avec le recul, d'ailleurs j'ai même pas été au bout de l'album... Je préfère de loin me taper "l'apocalypse des animaux" ou encore "Earth" (je parle pas de Blade Runner il est hors concours) !

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dariev stands › dimanche 26 janvier 2014 - 00:49  message privé !
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Attention, j'ai beaucoup aimé ce disque , hein ! c'est juste que je trouve ça d'un surestimé incroyable, et qd je vois à côté l'obscurité totale dans laquelle est reléguée Wakhévitch, je me dis juste que l'incapacité à voir le talent sous son nez (spécialité française) ne date pas d'hier... j'aime beaucoup Vangelis, mais disons que je suis assez mesuré sur le "génie" que beaucoup y voient.

Rudi › samedi 25 janvier 2014 - 21:01  message privé !

Kitsh, pompier et too much je souscris ! Franchement d'accord. Mais génial tout de même, j'imagine que ça peut bloquer mais c'est dommage si ça empêche certain(e)s d'apprecier. De la même façon que les 10 premières minutes d'amarok font un peu rite de passage masochiste - mais après promis je pose le fouet. Edit : Non mais cet album, quoi ! C'est d'un niveau pfff démentiel, j'essaye de m'imaginer composer les 5 première minutes... La blague. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il était en forme le Vanvan.

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dariev stands › samedi 25 janvier 2014 - 20:47  message privé !
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Disons que sur ce Vangelis j'entends surtout une hénaume machinerie pompière et outrancière, un côté ELP de l'électronique 70's, ce qui a d'ailleurs son charme... Mais là ou ça fonctionnait super bien dans Aphrodite's child car contrebalancé par les autres, ici je trouve ça tellement too much... Et dans le genre "musique de l'enfer" que semble revendiquer le titre et la pochette, je trouve Wakhévitch bien plus dans le sujet et bien moins kitsch. Mais sans doute qu'à l'époque de sa sortie le vangelis devait sonner plus impressionnant.