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Johannes Sibelius (1865-1957) › Symphonie n°4 en la mineur

cd1 • 4 titres • 75:41 min

  • Symphonie n°4 en la mineur - op.63 (1911) | 36:08
  • 1Tempo molto moderato quasi adagio10:01
  • 2Allegro molto vivace4:46
  • 3Il tempo largo12:00
  • 4Allegro9:21
  • Le cygne de tuonela op.22 n°3
  • Symphonie n°5 en mi bémol majeur op.82

cd2 • 73:26 min

enregistrement

Enregistrés à la Jesus-Christus-Kirche, Berlin; Symphonie n°4 et "le cygne de tuonela" en février, mai et septembre 1965; symphonie n°5 et "Tuonela" en octobre 1964 et février 1965; Symphonies 6 et 7 en avril et septembre 1967. Otto gerdes (producteur executif); Otto Ernst Wohlert (producteur); Hans Weber (producteur symphonie 6 et 7); Günter Hermanns (ingénieur)

line up

Berliner Philarmoniker; Herbert von Karajan (direction)

remarques

Les interprétations sont très nombreuses, et chacun y va légitimement de sa préférence. Parmi ceux que j'ai pu croiser je retiendrai surtout Berglund, mais je reste, pour ma part, totalement fasciné par cette vision du Karajan de la grande époque, cette partition exceptionnelle exigeant à mon sens un orchestre à la sonorité hors du commun, capiteuse, Berliner donc, ainsi qu'une science accrue du legato indispensable à la matière sonore de l'oeuvre, Karajan, donc. "Le son de Karajan, qui vise une matière sonore idéale débarassée de tout lien avec l'humain, converge parfaitement avec l'univers de Sibélius, loin des hommes. La prudence avec laquelle il évite de trop dynamiser le cours des événements, contrairement à de nombreux chefs voulant à tout prix créer un semblant de vie, va de pair avec sa façon de souligner le statisme dépersonnalisé du discours musical de Sibélius" Bernhard Uske. Je n'aurai pas mieux dit, donc je cite...
Il s'agit de la réédition en deux CD dans la collection "the originals" des enregistrements de Karajan qui ont, dans les années 60, contribué à la redécouverte et à la canonisation légitime des symphonies de Sibelius. Les 4 dernières symphonies du maître finlandais sont de véritables splendeurs, Karajan les transcende, et j'encourage TRES chaudement l'acquisition de ce CD.

chronique

Styles
musique classique
moderne
romantique
Styles personnels
... définitive...

Voici la matière dont sont faites les ténèbres. Le bois noir, la roche brune. Une matière en ses creux, ses recoins, ses multiples nuances, son insondable épaisseur. Limbes, closes sur elles-mêmes, et nous y sommes l'intrus, l'égaré, invisible. L'obscurité, intense, des mélodies qui luisent dans la pénombre, éparses et lunaires. Voici le pays de l'éternel crépuscule. Sans horizon. Le ciel est refermé, les lumières sont lointaines, mourantes et raréfiées. Vous ne croiserez pas de visage, pas le moindre regard; ce qui vit ici, ces choses qui passent, ces silhouettes errant sur le néant, suspendues dans le vide, ces présences vous ignorent. Vous n'y existez pas. Un paysage fantôme, à la splendeur terrible. Vous le sentez dès la première seconde, dès les premiers accords : ce monde, est le dernier monde. C'est le royaume des éveils souterrains, des ascendances immobiles, de l'ombre immuable. C'est un monde au ralenti, un univers d'apparitions, de formations, délicates et massives, somptueuses, des ouvertures de cuivres qui surgissent comme des gueules béantes du fin fond d'un lac noir et s'en retournent aussitôt... l'interrogation perpétuelle du silence. Inlassable communion, des mouvements les plus sourds, des harmonies funèbres, des plus profondes lenteurs et des chants solitaires; un écosystème aux fondations minérales, habité d'existences éphémères, façonné d'élévations organiques au développement inexorable, impassible. Des accords d'une sévérité inhumaine, des notes rares, sur le fil de l'abstraction, et toujours le silence. Les allegros sont des répits futiles, des espoirs auxquels il serait déraisonnable de s'attacher; ils sont la vie, la légèreté, la joie de cette nature qui n'existe que pour elle-même. Ils sont traversés d'ombres, d'inquiétudes et de dangers. Ils ne sont que les journées si courtes, qui séparent les grandes nuits. Ces nuits fondamentales, l'essence de cette musique, le matériau premier de cette planète interdite. Des sensations, qui se meuvent en lisière de l'abîme, des fragments mélodiques perdus, qui s'allument et s'éteignent, qui passent, et ne voient rien. Jamais le calme n'aura été si lourd, le vide, si plein. Dans ce pays aux confins de l'inconnu, les avènements harmoniques prennent des jours, les tensions se déploient comme des nuages gigantesques, mais il ne pleut jamais. On y subit des crescendos sans but, qui s'arrêtent sans raison. On y attend le pire, qui ne vient pas. Les contrebasses sont immobiles, pourtant elles gonflent... les cors ne bougent pas, mais le sol gronde... alors les violons vibrent, s'amplifient, s'étirent et s'accumulent, un vent glacial, un souffle de givre violent... alors, enfin, le ciel s'illumine, l'aurore s'ouvre d'une clarté atroce, une pureté froide et insupportable, sublime, une intensité... Dieu, quelle intensité. Et puisque rien ne dure, et puisque ce qui naît, sourd, devient, est ici voué à repartir, les sons s'évanouissent, les flûtes s'enfuient, les cordes meurent... et dans le silence revenu, total, passe le spectre étranger et sévère du basson qui marmonne. A nouveau le noir. Les basses clarinettes sinuent dans les ténèbres de leur gravité ronde, de leurs notes étendues, le hautbois solitaire se lamente, sur fond de noirceur brute, lourde, le violon suicidaire nous déchire... mais sans une larme. Le violon magistral : nous sommes chez Sibelius. Le maître retient ses notes. Il refuse l'ornement. Il nous place au coeur, tout au coeur, d'un territoire d'acoustique pure, totalement saisissant, où la lenteur est reine, la solitude intense, le silence omniprésent, où l'austérité fondamentale sublime la moindre émotion, et la rend effroyable. Sur cette toile ralentie d'ascensions à la gravité abyssale, au développement pesant, les motifs aigus et dépouillés se succèdent, se fondent les uns aux autres, serpentent, puis se dispersent... C'est ainsi, sans complaisance aucune, et vous le sentez dès la première seconde. L'homme n'y a pas sa place. Vous n'y êtes rien. Statique, étrangère, cette terre déserte est habitée, théâtre d'événements, mobiles insaisissables. Close, enténébrée, elle est soumise à des poussées telluriques d'une puissance irrésistible, et d'un éclat aveuglant. Elle est faite de néant, de venues redoutables, de disparitions, de montagnes sans sommet. Et il n'y pas de sortie possible. Vous le savez, dès les premiers accords, sitôt ces violoncelles à la beauté cruelle, à la sévérité autiste, sitôt entonné le chant de ce violon, qui plane sur la nuit comme la mort cherche sa proie. Une terre d'obscurité tapissée par la danse des lueurs, une clarinette désolée, des flûtes terrifiées, des altos en vibrations... Acoustique stationnaire, nappes de cordes opaques, apparitions sonores arbitraires, suspensions imprévisibles qui créent l'apesanteur... une économie de moyens particulièrement rare, possible et nécessaire par la conjugaison de la science et du génie. Et tout cela dans un seul but. Un unique objectif, une seule destination, une finalité brutale, et d'une puissante évidence : la beauté des ténèbres... la beauté, et rien d'autre. Une beauté hallucinante, paralysante, d'une pureté et d'une puissance douloureuses. Une beauté telle qu'elle n'existe nulle part ailleurs, dans sa forme la plus dure, son incarnation la plus totale. Tout y mène, tout l'exhale. La retenue mélodique exalte la grandeur des harmonies, l'austérité des accords décuple les splendeurs acoustiques, la concentration des pupitres laisse chaque note épanouir son étoffe, illumine son impact. Sibelius a chassé le superflu, refusé l'ouvrageux, nettoyé son effectif, épuré le complexe; il a canalisé, lustré, poli; il s'est laissé emplir de tout ce qui l'ébranle, il s'est laissé happer, envahir, submerger, puis il a banni l'homme de cette nature sauvage... il livre un diamant noir, une vision insurpassable... un des plus grands, et des plus fascinants tour de force de toute l'histoire de la musique. Une beauté brute, écrasante... inhumaine.

note       Publiée le vendredi 17 janvier 2014

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Deckard › mardi 21 janvier 2014 - 23:30 Envoyez un message privé àDeckard

Un objet musical qui m'a définitivement terrassé... Dans ses ténèbres, dans sa beauté fatale, difficile de faire plus intense, plus lumineux, plus... Inhumain, oui c'est clair. Une oeuvre définitive, et peut-être la plus belle interprétation de Karajan, rien que ça...

Arno › dimanche 19 janvier 2014 - 21:10 Envoyez un message privé àArno

Oui, ce n'est vraiment pas de la musique facile... (Contrairement à presque toute la musique de Sibelius... à part peut-être les Océanides...) Et au fait, salut Uriel !

Note donnée au disque :       
necromoonutopia666 › dimanche 19 janvier 2014 - 19:07 Envoyez un message privé ànecromoonutopia666

Je viens d'écouter une intertprétation de cette symphonie dirigée Par Karajan, mais ce n'est pas la même que la tienne.je m'abstiendrai de mettre une note après une seule écoute tant cette oeuvre est colossale. Mais comme ça, à brûle pourpoint, je te rejoins pour dire que cette symphonie est in humaine, ou plutôt, que l'Homme n'y a pas sa place. C'est comme si une nature morne et désolée avait elle même décidée de mettre en musique sa propre souffrance. Cette vision de la composition et de la nature même de la musique m'amèneront j'en suis sur à la note suprême. Mais pour une fois je vais prendre mon temps.

Ellestin › dimanche 19 janvier 2014 - 14:59 Envoyez un message privé àEllestin

Bonjour !

dimegoat › samedi 18 janvier 2014 - 15:52 Envoyez un message privé àdimegoat

Je connais seulement la version Bernstein du NY Philarmonic. Je ne sais pas trop où elle se situe dans le spectre des interprétations. Je n'écoute pas souvent de musique classique, et quand j'en écoute, c'est rarement autre chose que du Sibelius.