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K.Hand › [Ready For The Darkness]

cd • 10 titres • 64:48 min

  • 1Ready For The Darkness (intro)5:22
  • 2Ring4:48
  • 3Hoop5:55
  • 4Perimeter6:54
  • 5Horizon6:02
  • 6Cycle6:52
  • 7Sphere6:05
  • 8Meridian7:05
  • 9Vortex7:04
  • 10Ready For The Darkness8:35

enregistrement

Produit, mixé et arrangé par Kelli Hand.

line up

K.hand

remarques

chronique

C’est écrit dessus, comme il arrive parfois. Sans ambages : l’Obscurité. L’élément premier. Où tout se trame et tout bouge hors d’atteinte du sens espion, repère – la vue, ici, ne sert qu’à saisir tel éclat fugitif qui, plus qu’indice, fait trace de ce qui fuit, signe un peu inquiétant, à la rigueur, un peu effrayant dans ce qu’il révèle, minuscule fragment de ce que l’on sent caché. Les autres organes de perception, eux, se tendent pour atteindre à l’acuité véritable, compenser en panique l’absence de la lumière. Chaque rencontre, ici, sera affrontement ou bien intime rapprochement. On ne le sait qu’à l’instant ; parfois tout cela, aussi, s’embrasse et se resserre. [Ready For The Darkness], de K.Hand, est encore une fois de la techno de Detroit mise à l’extrême de son spectre – minimale, cérébrale et physique, corporelle jusqu’au choc sous ses arrêtes, volumes, surfaces métalliques. Forme de vie paradoxale, avec son souffle glacial et ses battements brûlants, pulsant des hectolitres, irriguant les vaisseaux de ses mouvements réguliers au delà de l’humainement possible. On A Journey, l’album précédent, semblait indépassable dans ce registre, groove machinique impénétrable mais curieusement sensible, vibrant de vie sommaire et pleine, véloce, ample. [Ready For The Darkness] pousse la logique d’un cran. Plutôt, cette Nuit Profonde où il nous plonge – qu’il exsude, réellement, musique épaisse et noire qui sourd à ses pores, interstices, qu’on sent vibrer sous les membranes – accentue encore ce sens des proportions formidables, déformées, agrandies, grossies jusqu’à l’absurde dans ce vide mat qui enveloppe tout. Chaque boucle, chaque élément programmé – grosse caisse brève mais enflée, cymbale coupante, caisse claire dans les aigus, leur mitan texturé… fragments de voix déformées, motifs encore plus raccourcis, simples bribes presque, ponctuations grossies sur les touches d’un clavier – nous frappe en sa présence énorme et compacte, exacte et excessive, volume incongru et indéniable. Les cycles captivent, ne lâchent plus l’écoute. Répétitions impitoyables, sensations qui se donnent comme littéralement tactiles. Impossible de décrocher un instant, chaque index lancé, ses imperceptibles montées, densifications – ou bien son incroyable, inamovible statisme – se fait immédiatement emprise. Et jusqu'à bout, lorsqu’à chaque fois – sombrant à l’impromptu – il nous largue dans le vide qu’il aura ouvert. Court répit… La matière première, pourtant, s’est en quelque sorte diversifiée, étendue. Là où le précédent disque s’accaparait les musiques de danse – américaines ou européennes : funk, soul, disco même, trance – pour les réduire et les amplifier à ses structures drastiques et impulsées, imposantes et serrées, celui-là fait main basse sur d’autres percussions, afro-cubaines, africaines, d’autres textures, sons électroniques sans anecdote, sans genre énonçable possible autre que gargouillements, frémissements, palpitation déréglée, symétries obsessionnelles. Et au passage, accentue encore la violence du traitement. Renforce le trait de ce presque rien qui envahit l’espace, à quoi se cogne, comme à sa propre limite, la logique du Rythme. Le noir ambiant s’épaissit encore. Tout y sonne l'attirance jusqu’au point douloureux, s’y fait écho d’effrois cachés dans la ténèbre. Les voix coupées d’une foule humaine amorcent l’aspiration. L’Obscurité est Onde palpable, aura solide qui nous traverse et qui s’épand, dedans, dehors, à mesure qu’on y entre inexorablement. En son centre palpitent joies et sidérations.

note       Publiée le mercredi 15 janvier 2014

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Dioneo › mercredi 25 mars 2020 - 10:37  message privé !
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J'ai The Art of Music coincé dans les tuyaux (justement), depuis longtemps... Mais j'ai du mal à en parler parce que je l'aime beaucoup moins que ces deux-là (Darkness et On a Journey). Du coup là en ces temps de non-sorties, j'ai plutôt envie de parler d'autres trucs, malgré le temps que j'ai pour.

Wotzenknecht › mercredi 25 mars 2020 - 10:19  message privé !
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Un peu claustro quand même là, on se sent carrément coincé sous l'évier de la cuisine à écouter les rouages d'entre-les-murs... Pas si représentatif de Kelli d'ailleurs, qui mériterait bien quelques chroniques de plus !

Note donnée au disque :       
Dioneo › mercredi 25 mars 2020 - 10:15  message privé !
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Eh... C'est vrai qu'on se dit qu'à priori ça doit être "mécaniquement" facile à placer vu le minimalisme rythmique du truc mais... En fait non, ça doit pas être évident de le caser en terme de "entre quoi et quoi ça peut ne pas faire trou noir/coupure de communication/faisceau". Je serais bien curieux d'entendre ça en tout cas ! (Ce morceau là en particulier dans un mix sorti de tes mains). En passant : il peut entrer parfaitement dans la liste des "musiques d'isolation" qui grandit en ce moment même dans nos sous-sol, tiens, cet album. "A l'aise". (Façon de parler ?)

Wotzenknecht › mercredi 25 mars 2020 - 09:50  message privé !
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"Répétitions impitoyables, sensations qui se donnent comme littéralement tactiles" Ouaip. Sans pitié celui-ci, tu rentres ou tu sors. J'arriverai bien à caser 'Perimeter' dans un set un jour...

Note donnée au disque :       
Dioneo › samedi 26 octobre 2019 - 14:05  message privé !
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Ça peut être "dur à écouter" au sens ou c'est très "concentré", oui, chaque morceau serré à fond sur son idée et la faisant tourner à l'intensité où elle chope le plus, le mieux mais précisons : pas "dur" à écouter parce que ce serait déstructuré, la forme tout cassée ou quoi, hein. C'est purement tek minimale, minimaliste, structures apparentes (et sans rien qui décore), quoi...