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PJ Harvey › Let England Shake

  • 2011 - Island, 2763025 (1 cd)

cd | 12 titres | 40:14 min

  • 1 Let England Shake [03:09]
  • 2 The Last Living Rose [02:21]
  • 3 The Glorious Land [03:35]
  • 4 The Words That Maketh Murder [03:46]
  • 5 All and Everyone [05:40]
  • 6 On Battleship Hill [04:08]
  • 7 England [03:11]
  • 8 In the Dark Places [03:00]
  • 9 Bitter Branches [02:30]
  • 10 Hanging in the Wire [02:42]
  • 11 Written on the Forehead [03:40]
  • 12 The Colour of the Earth [02:34]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré dans le Dorset d'Avril à Mai 2010, produit par PJ Harvey, Mick Harvey, John Parish & Flood.

line up

Pj Harvey (chant, auto-harp, saxophone, guitare, zither, violon), Mick Harvey (piano, harmonica bas, batterie, orgue, choeurs, Rhodes, percussions, basse, guitare, chant), John Parish (batterie, trombone, xylophone, mellotron, Rhodes, choeurs, percussions, guitares)Jean-marc Butty (batterie, chœurs), Sammy Holden (choeurs), Greta Berlin (choeurs), Lucy Roberts (choeurs)

remarques

Dessins par PJ Harvey.

chronique

Styles
indie rock
folk
Styles personnels
élégie pour les morts pour rien

Pour la première fois, Polly Jean Harvey ne figure pas sur la pochette de son album. Un détail significatif. A sa place, une nuée noire et grouillante d'oiseaux semblant à la fois naître et s'écraser dans un trou noir menaçant. Elle rappelle presque les volées meurtrières de l'oncle Alfred. Car de massacre et de sang, cet album en est rempli jusqu'à la gorge. La guerre, toujours la guerre. Au passé comme au présent. Polly en a terminé, pour le moment, avec ses névroses personnelles. Elle qui s'est réinventée en sorcière sépulcrale enfermée dans une vieille demeure se tourne maintenant vers ses terres qu'elle aime mais qui ont été et sont encore trop baignées de mort. Près de cent ans après la bataille de Galipolli, sur le lointain Bosphore, Polly entend encore les cris de souffrance des soldats envoyés au champs d'horreur. Ils se mêlent à ceux d'aujourd'hui, caviardés dans les alentours de Bagdad pour y apporter une démocratie dont les glorieux modèles occidentaux s'essoufflent. Qu'est devenu notre glorieuse terre, chante Polly, qu'est-elle devenue pour que ses enfants doivent encore et toujours trouver la mort au delà des mers, il y a un siècle comme hier ? "L'Occident est endormi, laissez l'Angleterre trembler". Sous le poids des morts. Polly avait trouvé une nouvelle voix, elle l'utilise maintenant pour chanter à leur place comme une ménestrelle arpentant les campagnes du Dorset. Elle tricote en bonne fée dépitée un folk funèbre en élégie à sa terre souffrante. Pour l'occasion elle ressort son instrument de prédilection, non, pas cette guitare qu'elle a déjà trop usée, non, mais bien son saxophone, ici sourd et tellurique, sinistre et mortifère, accompagné souvent d'un trombone joué par l'inévitable John Parish. Des cuivres bien peu rutilants, des cuivres de champs de misère, des cuivres pour pauvres hères en uniformes qui s'écroulent dans les campagnes et les fossés. La guerre, encore la guerre. L'appel à la boucherie. Et dans le régiment des cuivres il ne manquait plus que lui, ce clairon grotesque et martial, dont le sample calé comme au hasard, par surprise, donne ce goût de poudre au fabuleux "The Glorious Land", lancinant et terrifiant, balancé d'une voix blanche et qui s'achève sur cette tragique déclamation "Quels sont les fruits glorieux de notre terre ? Ses fruits sont des enfants orphelins." Des tours de force de ce genre, Polly en délivre encore quelques-uns coup sur coup, "The Words That Maketh Murder" fourmille d'images horribles et de choeurs masculins obsédants sur fond d'autoharp, sorte de tube improbable en forme de supplication. Le sublime "All and Everyone" qui se glisse doucement, serpentant parmi les hautes herbes avant de s'élever dans les airs, toujours porté par cette autoharpe familière, à la fois grave et lumineuse, et des percussions lugubres, alors qu'un paysage de désastre s'ouvre avec les mots de Polly, chant de mort pour champs de cadavres, les cuivres et les orgues s'y font funéraires. La ritournelle et le chant tordu de "England", déclaration d'amour déçue et amère, voix de vieille enfant se mêlant à un sample de Said El Kurdi, musicien folk irakien du siècle dernier. Au vingt-et-unième siècle comme jadis, les jeunes Anglais vont mourir en Orient pour des causes qui n'en sont pas, pour des politiques absurdes et des raisons fallacieuses. Cet Orient qui a pénétré l'Angleterre, ces gens de toutes couleurs qui d'un coup, désarmés devant une crise qui les écrase, se révoltent et foutent le feu à la rue, Polly ne les oublie pas. "Written on the Forehead" mélange empathie et incompréhension devant cette guerre qui prend source sur la terre même d'Angleterre, des white riots aussi bien que noires, indiennes ou arabes que vient saluer un sample reggae du "Blood & Fire" de Niney the Observer, et qui résonne de façon étrangement prémonitoire avec les émeutes Londoniennes d'août 2011. Reste que l'album tend à s'essouffler dans sa seconde moitié d'où n'émerge vraiment que le morceau précité et le plus classique mais déchirant "In The Dark Places", certaines chansons plus courtes ne laissant que peu d'impressions surtout mises côte à côte avec les grands morceaux qui se succèdent jusque là à peu près sans discontinuer, certains pouvant prétendre au statut de plus profonds et bouleversants jamais écris par PJ Harvey. C'est ceux-là qui resteront à tout jamais dans le coeur et l'esprit, qui y marqueront une empreinte indélébile, de fumée et de sang.

note       Publiée le dimanche 5 janvier 2014

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Raven › mardi 20 décembre 2016 - 01:13  message privé !
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Tiens puisqu'on est sur PJ, v'là ma préférence à moi, comme dirait l'clerc de notre ère.

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Dun23 › samedi 11 janvier 2014 - 12:55  message privé !

Bon, ben oui voila, quoi! Et je n'entends pas la mère Buisson ici (c'est vrai quoi, dès qu'une nana va monter un peu dans les aigus, ça doit forcément être pompé à Kate?)

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zugal21 › vendredi 10 janvier 2014 - 17:30  message privé !

Les fans de Kate Bush tarées. Brrrrrr

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Klarinetthor › vendredi 10 janvier 2014 - 17:22  message privé !

Pas facile à pêcher un numéro de fan de Kate Bush tarée, yep

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dariev stands › vendredi 10 janvier 2014 - 14:00  message privé !
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veinard