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Rued Langgaard (1893-1952) › Antikrist

  • 2006 - DACAPO, 6.220523-24 (2 cd)

cd1 | 8 titres | 46:39 min | acte 1

  • Antikrist - opéra en deux actes - (1921-1923) rev (1926-1930) - acte 1
  • 1 Prelude [6:45]
  • 2 Prologue: “Mørkets Kristus: Antikrist! Stig op!” [5:13]
  • 3 Acte 1- prélude à la scène 1 [1:31]
  • 4 Acte 1- scene 1 "Blide sommer fester" [14:41]
  • 5 Acte 1- prélude à la scène 2 [6:41]
  • 6 Acte 1- scene 2 “Fremskridt er løsen. Vækst betinger livet.” [5:36]
  • 7 Acte 1- prélude à la scène 3 [1:25]
  • 8 Acte 1- scene 3 "Liv er sorg smerte og pine i larmens kirke-øde". [4:44]

cd2 | 7 titres | 46:40 min | acte 2

  • Antikrist - opéra en deux actes - (1921-1923) rev (1926-1930) - acte 2
  • 1 Acte 2- prélude à la scène 4 [2:43]
  • 2 Acte 2- scene 4 "Dronning er jeg enke ej. Sorg skal jeg ej se." [10:48]
  • 3 Acte 2- prélude à la scène 5 [2:18]
  • 4 Acte 2- scene 5 "En er blændværks Gud" [20:19]
  • 5 Acte 2- prélude à la scène 6 [1:28]
  • 6 Acte 2- scene 6 "Død er Gud. Alles sind i mig slog øjet op" [5:18]
  • 7 Acte 2- final - "Kun når Guds Effata i sind slår ned som lyn" [3:43]

line up

Sten Byriel(Lucifer, basse); Anne Margrethe Dahl (l'esprit du mystère, soprano); Poul Elming (la bouche disant de grandes choses, ténor); Helene Gjerris (l'écho de l'esprit du mystère, soprano); Johnny van Hal (le mensonge, ténor); Jon Ketilsson (la bête écarlate, ténor); John Lundgren (la haine, baryton); Camilla Nylund (la grande traînée, soprano); Susanne Resmark (le découragement, mezzo soprano); Morten Suurballe (la voix de Dieu, récitant); Danish National Concert Choir; Danish National Symphony Orchestra; Thomas Dausgaard (direction)

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
opéra - somptueux

"Antikrist" est sans doute le chef-d'oeuvre de Langgaard. Allégorie de la décadence, de la chute des valeurs morales, de l'irrésistible avènement de l'individualisme et du matérialisme, il concentre tous les messages, toutes les aspirations, et ainsi toute la passion de l'auteur pour son art. Langgaard, pour qui la musique, et l'art en général, est le lien direct entre l'homme et le divin, a trouvé dans ce sujet essentiel, la venue du Christ Noir, le parfait symbole, le prétexte idéal à l'exposition de sa vision apocalyptique du monde perdu de l'entre deux guerres. L'homme, néanmoins, était habité par l'espoir, et c'est bien de cette hallucinante rencontre de passion flamboyante, de noirceur, d'ambition, de menace et de foi dont le spectateur va être témoin; une partition tout simplement fabuleuse, absolument magistrale, et qui ne perd jamais de vue sa substance essentielle : la musique. De ses longues plages instrumentales foisonnantes et somptueuses à l'orchestration fascinante de ses parties chantées, "Antikrist" est à mon humble avis une des pièces les plus imposantes et remarquables du genre. Langgaard s'y montre à la hauteur de sa fascination pour Bruckner et Wagner, héritier de l'orchestre Straussien, une lignée d'excellence et d'évidence à laquelle s'ajoute ici la profonde influence de Nielsen, dont l'"inextinguible" a bouleversé le paysage musical de son pays, et qui vient de livrer, un an plus tôt, son inaccessible et impensable symphonie n°5; une figure écrasante et centrale à laquelle, en 1923, le jeune et subjugué Rued n'a pas encore tourné le dos. Mais trêve de considérations circonstancielles, le livret de l'édition chroniquée en contenant déjà un parfait exposé, et Langgaard, à la croisée de ces influences essentielles, étant par ailleurs une personnalité créatrice d'une puissance suffisante pour se laisser entièrement imprégner, sans pour autant se perdre. C'est d'ailleurs à ses propres travaux que "Antikrist" emprunte le plus ouvertement, depuis les violons verriers et les choeurs irradiants de l"harmonie des sphères", à cette remarquable science du mystère, développée dans ses propres symphonies, la quatrième et la sixième en tête. Le compositeur ajoute à un orchestre dont il exploite déjà le maximum du potentiel acoustique des instruments à la personnalité puissante et singulière : des cascades chromatiques de cloches, des traits d'orgue monumentaux qui soulèvent littéralement l'expression dramatique, des éclats de célesta mystiques et mystérieux, et les rythmiques modernistes et irrésistibles d'un piano à l'impact locomotive proprement "Stravinskien", lors d'emballements instrumentaux sabbatiques et enivrants. D'une richesse et d'une inspiration exceptionnelles, le matériau harmonique est un parfait équilibre des moyens en place de l'époque; somptuosités tonales et flamboyance des timbres de Strauss, gravité et terreur des gouffres bruckneriens, puissance Wagnerienne, auxquelles s'ajoutent les nouvelles dimensions et couleurs impressionnistes, les glaces scandinaves, et des spectres dodécaphoniques magistralement dosés qui surlignent les atmosphères tour à tour étranges et dantesques au milieu desquelles s'exprime l'argument apocalyptique du sujet. "la Bête écarlate", "la voix de Dieu", "la Grande traînée", "l'esprit du mystère"... les personnages sont des symboles, des incarnations, des concepts divins; les parties chantées sont de longs monologues d'expositions "idéologiques" qui évitent ainsi la fastidieuse alternance des personnalités et des voix, le chassé croisé des humeurs, et peuvent alors se dérouler dans une plasticité purement musicale, que Langgaard magnifie, transcende, par un travail d'orchestration d'une complémentarité, d'une précision et d'une richesse à mon sens inégalées. Chaque scène est précédée d'un prélude, page proprement symphonique où se dresse le décor, où se jouent des actions qu'il n'est pas nécessaire de voir mises en scène tant la suggestivité savante du compositeur y éclate; rarement l'oreille aura autant suffit à la vision, à l'effroi d'une apparition Luciférienne, à la contemplation du crépuscule, de la nuit ou des cieux déchirés. De silences hantés en apothéoses bibliques, de grandeur orchestrale en détails complexes, jamais Langgaard n'aura atteint un tel degré, une telle constance de beauté pure. Splendeur harmonique écrasante, perfection mélodique, flamboyance acoustique aux constrastes fascinants... le soyeux extrême des cordes est incrusté des cristaux des harpes et du celesta, les clarinettes distillent leur clarté lunaire au creux des moments de silence comme aux sommets les plus intenses des élans de cuivres, les timbales s'abattent comme le tonnerre, la richesse ornementale se dispute à la magnificence intrinséque des thèmes mélodiques protagonistes. Mais là où Langgaard atteint un degré d'excellence supérieur, c'est dans l'extraordinaire cohérence, la fluidité parfaite avec laquelle il mèle toutes les intensités et confronte les climats, du clair de lune infime à l'inquiétude, du silence à l'apocalypse en passant par le recueillement, l'angoisse, la douceur et la violence, la finesse ouvragée de mille détails et la plus dévastatrice des puissances orchestrales. Pas de "syndrome Langgaard" ici, malgré la pluralité des enjeux, pas de collage instable, malgré l'inventivité intacte et constante... mélodies, effets, constructions : Langgaard est en état de grâce. Depuis l'introduction magicienne, digne des "nuits" de Falla, jusqu'à la puissance aveuglante du final, "Antikrist" est un voyage inoubliable, le spectacle de toutes les beautés. Cette modeste chronique n'est que l'évocation sommaire et un peu pâle des trésors qui constituent cette oeuvre hors du commun. Vous avez tout à découvrir... et c'est bien mieux comme ça.

note       Publiée le jeudi 2 janvier 2014

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