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Rued Langgaard (1893-1952) › Quatuor à cordes n°3

  • 2012 • DACAPO 6.220575 • 1 CD

cd • 7 titres • 70:27 min

  • Quatuor à corde No. 2 BVN 145 (1918 rev. 1931)
  • 1I Bortdragende Stormskyer (Storm Clouds Receding): Allegro focoso - Allegro ma non troppo - Allegro focoso - Agitato - Più mosso - Poco lento - Allegro ma non troppo - Allegro focoso - Grave - Poco a poco adagio8:35
  • 2II Bortkørende Tog (Train passing by): Poco moderato - Presto - Poco moderato - Presto impetuoso2:18
  • 3III "Skumrende Landskab" (Landscape in Twilight): Andante pastorale - Con poco moto - Fiero alla zingaresa- Andante pastorale - Con poco moto - Andante6:18
  • 4IV "Vandring" (The Walk): Poco lento elegiaco - Poco allegro alla marzia risoluto - Poco lento sostenuto - Poco allegro alla marzia risoluto - Poco lento - Alla marzia risoluto energico - Allegro scherzoso…7:57
  • Quatuor à cordes No. 3 BVN 183 (1924)|14:44
  • 5I Poco allegro rapinoso (Rovbegærligt) - Quasi stacciamento - Furioso - Agitato7:29
  • 6II Presto scherzoso artifizioso (underfundigt) - Più animato quasi non scarpino - Furioso mortifero - Pesante collerico1:40
  • 7III Tranquillo - Scherzoso schernvole (spodsk) - Furioso - Tranquillo - Mosso frenetico - Tranquillo - Mosso frenetico - Fiero, stringendo - Maestoso5:35
  • Quatuor à cordes No. 6 in one movement- BVN 160 (1918-19)
  • Variations on "Mig hjertelig nu længes" ("Oh Sacred Head! Now Wounded") BVN 71(1914; 1931) musique de chambre pour 2 violons- alto et violoncelle

line up

Nightingale String Quartet

remarques

A l'inverse du quatuor n°2, c'est à travers l'interprétation du Nightingale String Quartet que l'oeuvre prend sa réelle dimension. La version du Kontra m'a toujours laissé l'impression d'une pièce purement difficile et absconse, autiste, et à laquelle j'avais donc rapidement renoncé. Le récent enregistrement des Nightingale ayant titillé ma curiosité par le nouvel éclairage qu'elle offrait au n°2, j'ai retenté ma chance, et j'ai fini par comprendre. Ce qui distingue les jeunes femmes de leurs ainés, à savoir une délicatesse de toucher plus plastique, une acoustique plus pure, une lisibilité renforcée par une plus grande lenteur d'exécution, et enfin une reverberation globale mettant bien plus en valeur les harmonies résultantes, constitue très exactement les atouts nécessaires à l'expression de ce quatuor n°3. L'aridité, la rigueur et l'austérité du Kontra gênent la réalisation du miracle. Plus portées sur la beauté acoustique comme fin en soi, plus déliées et plus souples, les Nightingale ont su trouver les clefs de cette partition difficile.

chronique

Styles
musique classique
moderne
romantique
Styles personnels
musique de chambre - schizophrène

On emploie fréquemment le terme schizophrène pour qualifier certaines oeuvres de Langgaard. Le danois était en effet assez porté sur les contrastes et les oppositions, capable de mêler l'agression et la douceur, la noirceur violente et le plus sautillant des optimismes au sein d'un même travail, sans parler de ses mélanges syntaxiques. Ce "syndrome Langgaard" peut s'exprimer sur la globalité, comme dans une symphonie aux mouvements disparates, il peut aussi prendre une expression franchement paroxystique dans des pages qui en deviennent profondément destructurées, et dont on peine à percevoir la cohérence. Son quatuor à cordes n°3 est de ce point de vue sa pièce la plus excessive, parmi celles que j'ai pu entendre. Les oeuvres pour quatuor à cordes de Langgaard furent toutes écrites en 1918 et révisées en 1931. Toutes, sauf celle-ci. Composée en 1924, juste avant la réorientation en 1925 du compositeur vers le romantisme le plus assumé, elle ne fût pas retouchée. Nous sommes donc en présence d'une des partitions les plus ouvertement dissonantes du personnage, et en ce sens les plus modernes; elle est toutefois constellée de fragments mélodiques tonals, voire franchement classiques, tout autant que secouée d'audaces modernistes, dans le choix des notes comme dans les nombreux effets et maltraitances imposées aux instruments : pizzicati au bord de la rupture, cordes pincées, tirées, frappées. L'écriture est excessivement capricieuse, enchaînant les ruptures, les rythmes brisés, les dissonances les plus outrées et les micro valses bienséantes, les cris et les chuchotements. Langgaard alterne des fragments de deux ou trois secondes, doux, puis hurlant, puis atonals, puis délicats, ne s'attardant véritablement que dans l'inconfort, l'éprouvant, le radicalisme moderne agressant; loin, très loin d'utiliser le nouveau langage harmonique à des fins d'apesanteur, il se complaît dans la vitesse et les montagnes russes, la noirceur véloce des notes graves et les aigus les plus stridents. On comprend rapidement que les passages les plus calmes et courtois sont voués à la défiguration, la destruction, ces persistances mélodieuses ne faisant qu'accentuer le caractère profondément violent et hystérique du dodécaphonisme et de l'arythmie. L'archet insiste sur deux notes ennemies et les répète comme on remue un couteau dans une plaie, le violoncelle déroule des serpents de tons graves à la vitesse de l'anguille, l'alto accroche l'oreille de son acoustique hérissée d'ébarbures, Langgaard y met un coup d'arrêt brutal d'où s'éveille une mélodie gracieuse, délicate, qu'il lacère aussitôt de coups d'archets furieux. Dans cette toile de folie des pizzicati tombent comme des gouttes d'acide, du silence soudain s'extrait un accord glauque, les cauchemars s'interrompent dans le petit matin d'harmonies de rose. Tout cela, pourtant, a bel et bien un sens, un but. De ce foisonnement difforme naissent des rencontres inédites, de cette ébullition s'échappent des composés complexes et fascinants, des échos à guetter; tout cela est si bavard que l'on est à deux doigts de passer à côté : c'est dans ce qui est tu que se cache ce qu'il convient d'entendre, c'est logé dans les creux, situé dans les césures. C'est tout simplement un jeu de contrastes poussé à l'extrême, la mise en valeur d'une lueur par l'obscurité, l'affirmation d'une évidence par l'exagération disqualifiante de ce qui s'y oppose, le raisonnement par l'absurde. On en vient peu à peu à s'aguerrir face à son extremisme, on devient imperméable, paré au radical; l'écoute devient alors un fascinant moment où l'on sent les excès nous assaillir de toute part sans jamais nous bousculer, où l'agression ne fait plus que glisser sans laisser de trace durable; un royaume hostile de cris et de fureurs, où l'on vient s'éblouir, à l'abri dans ses refuges secrets. L'illisible devient ainsi richesse, l'abrupt devient vertige... et tout redevient musique.

note       Publiée le jeudi 2 janvier 2014

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