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Rued Langgaard (1893-1952) › Symphonie n°15 "sostormen"

  • 2008 • DACAPO 6.220519 • 1 CD

cd • 14 titres • 61:43 min

  • 1Drapa (sur la mort d'Edvard Grieg)- BVN 205:26
  • 2Sphinx- BVN 376:46
  • 3Hvidbjerg-Drapa pour choeur- orgue & orchestre- BVN 3433:05
  • 4Danmarks Radio- BVN 3511:18
  • 5Res absùrda!? pour choeur & orchestre- BVN 3545:35
  • Symphonie n° 15 "Sostormen" pour baryton- choeur d'hommes & orchestre- BVN 375 (1949) | 16:38
  • 6"Sostormen": Bevæget5:42
  • 7"Sostormen": Scherzo1:10
  • 8"Sostormen": Adagio funebre5:14
  • 9"Sostormen": Finale. Allegro molto agitato5:32
  • Symphonie n° 16- BVN 417 "Déluge de soleil":
  • 10Allegro4:14
  • 11Scherzo1:27
  • 12Straffedans6:45
  • 13Elegi6:30
  • 14Finale2:53

line up

Danish National Concert Choir; Danish National Symphony Orchestra; Thomas Dausgaard (direction); Johan Reuter (baryton)

remarques

L'intégrale de l'oeuvre symphonique de Langgaard par Dausgaard est à privilégier absolument. L'acoustique, ainsi que la virtuosité du chef et de son orchestre sont sans équivalent dans ce répertoire, par ailleurs peu visité.

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
syndrome langgaard

Et une symphonie romantique sombre de plus, une! A la vérité, il est bien difficile de se renouveler, de trouver des mots nouveaux, et donc de captiver le lecteur dont on souhaite attirer l'attention, lorsqu'on doit évoquer une n-ième symphonie romantique, scandinave qui plus est, qui font toutes la part belle aux agressions de cuivres, aux accords infernaux et à la violence orchestrale, qui ménagent toutes leurs plages de calme tapissées par l'angoisse, les spectres des sons les plus profonds, et les harmonies les plus inquiétantes. Bien difficile lorsque l'on a déjà usé et abusé des adjectifs "noir", "dramatique", des mots "orage", "tension", "tempête", "bourrasque", "raz de marée", "océan déchaîné"... si je vous dis qu'en plus, "Sostormen" signifie "tempête sur la mer", vous comprendrez aisément mon problème. Heureusement pour moi, je ne souhaite pas particulièrement attirer l'attention sur cette quinzième symphonie qui, disons le tout de suite, ne compte pas parmi les plus grandes réussites de son décidément inclassable auteur, malgré les incontestables, et même remarquables, qualités dont elle regorge. Dommage, car Langgaard aurait pourtant eu tendance à me faciliter la tâche, puisqu'en plus de ces sensations et systèmes précédemment évoqués, il nous offre un adagio funèbre, soit 5 minutes de constance ralentie aux lueurs cadavériques, et met en scène des voix dans son dernier mouvement, soliste et choeur, ce qui, en théorie, aurait pu m'aider à varier mon descriptif. Il y a aussi le scherzo, petite chose d'une minute toute en délicatesse viennoise et finalement hors propos, qui pointe son nez de manière totalement incongrue après le terrible et magnifique "Bevaeget". Mais ce scherzo, ridiculement court, est précisément le premier symptôme de la maladie qui ronge cette partition, et que l'on pourrait appeler le "syndrome Langgaard". Langgaard, forte personnalité, esprit libre, habité, passionné et partiellement illuminé était un grand praticien du patchwork, un habitué des collages, volontiers comparé à Charles Ives pour cette capacité à varier et concentrer dans une même page les langages, les atmosphères et les ruptures. Un attrait pour le difforme qui a donné sa force et sa singularité à toute une partie de son oeuvre, mais qui a aussi ses ratés. Les atouts ne manquent pas, néanmoins. "Bevaeget" brille par ses contrastes, se définit par ses surgissements aussi soudains qu'éphémères, tout autant que par ces nappes sourdes et profondes qui suivent les saillies agressives et effrayantes des cordes aiguës ou des cuivres gonflés à bloc... une succession d'événements inattendus et radicaux sur une toile de fond funèbre au possible; Langgaard joue encore avec nos nerfs; non seulement ses silences sont tendus à l'extrême, par des aigus crispants, par des basses abyssales, malveillantes, ennemies, mais il les transperce sans prévenir d'exclamations violentes et tragiques, de thèmes courts et terribles aux angles contondants qui s'arrêtent dans un cri, qui reviendront plus tard... ou pas. Aucune dissonance n'est nécessaire, ici, pour mettre mal à l'aise. Si la versatilité rythmique des thèmes évoque largement le vocabulaire anguleux de son époque, le danois continue de s'exprimer dans le romantisme tonal et le respect des harmonies du XIXème, qu'il pousse à leur expressivité maximum. Des traits de violons coupants, des cuivres pétaradants, des chutes de sons soudaines, et qui s'étirent... qui nous menacent. Plus que jamais, dans ce premier mouvement où cinq minutes suffisent, Langgaard montre à quel point il est devenu savant dans l'art de la construction, et au-delà : de la manipulation. Adagio... funèbre... la suite n'est guère plus réjouissante. Même s'il n'est plus question de malmener par contrastes, si l'inconfort n'est plus aussi physique, l'expression lente et laborieuse de ces cordes tour à tour étirées ou en vibration, noircies d'harmonies de cendre, cette procession mortuaire à la solennité étrange, car toujours sur le fil, ne se fait pas sans douleur, même si le compositeur prend grand soin de s'en tenir aux ténèbres austères et sérieuses, refusant le pathos... presque sans émotion. C'est que le final nous attend, choral, forcément lyrique. L'entrée en matière est immédiatement sonore, un thème puissant et saccadé de cordes, hautement théatral, et qui sert de fondations aux premières strophes du choeur, compact et massif. La déclamation est ostentatoire et ampoulée, mais sa force dramatique n'en est pas moins éprouvante. Langgaard, malheureusement, n'en a pas fini avec ses vieux démons; 3 parties distinctes, choeur, partie soliste, choeur, pour un peu plus de cinq minutes, dans un ultime mouvement dont la forme même, la particularité chorale tranchait déjà singulièrement avec le reste de la partition. Un deuxième mouvement incompréhensible par sa durée et son atmosphère, un quatrième en forme de collage et dont la grandiloquence mélodique un peu outrée semble tourner le dos à cette maîtrise sévère qui s'était exprimée dans la haute technicité contrastée de "Bevaeget" comme dans l'équilibre instable de l'adagio; à l'arrivée l'ensemble ne dure pourtant qu'un quart d'heure, et Langgaard se prend les pieds dans le tapis. Si les proportions superlatives de la première symphonie lui conféraient une force globale ahurissante, si la déraison de la quatrième lui assure in fine une véritable identité, cette quinzième symphonie, comme d'autres oeuvres du danois, souffre de sa schizophrénie. Chaque partie, première et troisième en tête, témoigne de la force créatrice et de la virtuosité du compositeur : c'est leur assemblage qui pose problème.

note       Publiée le jeudi 2 janvier 2014

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