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Rued Langgaard (1893-1952) › Symphonie n°10 "Hin Torden-bolig"

  • 2001 • DACAPO 8.224182 • 1 CD

cd • 6 titres • 53:37 min

  • Symphonie n° 9- BVN 282 "Fra Dronning Dagmars by":
  • 1Dronning Dagmar sejler til Ribe8:35
  • 2Dansen på Riberhus3:27
  • 3Ribe Domkirke3:30
  • 4Finale. Fortids brusende livslob5:50
  • Symphonie n° 10 "Hin Torden-bolig" - BVN 298- (1944-45)|25:53
  • 5"Hin Torden-bolig"25:53
  • Symphonie n° 11- BVN 303
  • 6"Ixion"6:19

line up

Danish National Symphony Orchestra; Thomas Dausgaard (direction)

remarques

L'intégrale de l'oeuvre symphonique de Langgaard par Dausgaard est à privilégier absolument. L'acoustique, ainsi que la virtuosité du chef et de son orchestre sont sans équivalent dans ce répertoire, par ailleurs peu visité.

chronique

"Le grand hall du tonnerre"... voici la symphonie à recommander à ceux que la quatrième a laissé sur leur faim, tout autant émerveillés par ses sortilèges, que définitivement frustrés par son discours hystérique. Résolument narratif, ce poème symphonique de 25 minutes est sans doute ce que Langgaard a construit de plus incontestable en terme d'équilibre dans la gestion des extrêmes. De fait, hautement contrasté, régulièrement éprouvant, ce fabuleux récit philharmonique ne sombre néanmoins jamais dans le caprice structurel ou la surenchère stylistique, tout en restant une flagrante démonstration de virtuosité orchestrale. On en prend encore plein la gueule, mais cette fois, Langgaard n'a pas peur de s'attarder franchement dans les ombres mystérieuses, de faire durer ses angoisses silencieuses, ses tensions ralenties. L'oeuvre s'ouvre sur une explosion, un éclat de cymbales d'où surgit un thème de cuivre épique et tendu, un lâcher de tempête dans le ciel nocturne, balayé par le vent des violons. Après sept premières minutes toutes vouées à l'expression orageuse et tourmentée, tourbillon de cordes et de cuivres, pression rythmique, poussées de cors puissants et relâchements vertigineux, la partition installe un decrescendo d'intensité progressif et fluctuant, une forme d'accalmie qui ne s'assume jamais vraiment et joue avec les nerfs, dispersant peu à peu la densité sonore, tout en maintenant intacte la noirceur tendue des courbes de violoncelles, la férocité des vents, relançant pour quelques secondes la machine à tonnerre à l'aide de trilles soudaines et éphémères. A mi-parcours de l'oeuvre, on entre finalement dans une longue litanie d'ombres et de lueurs. Langgaard y frôle parfois le silence total, déployant de longues et lentes notes de tubas tout au creux des ténèbres. L'atmosphère peut s'alléger de mélodies graciles de violons, la nuit profonde s'ouvrir à la lumière d'harmonies délicates, mais l'extrême pondération du discours, la lenteur, l'attente, maintiennent omniprésentes l'angoisse et l'inquiétude... ce silence est habité. Les hautbois, flûtes et clarinettes trouvent ici leur plus grand terrain d'expression, le danois leur offrant de longues minutes presque muettes au long desquelles elles peuvent serpenter à loisir, dans de subtiles arabesques solitaires, leur acoustique nocturne se détachant sur une toile de fond de cordes tapies et aux accords funèbres. Dans ses accès comme dans ses silences, cette symphonie est une nouvelle prouesse de technicité et de mise en place. Des ruisseaux mélodiques de flûtes et de violons, pizzicati de contrebasses, déclamations furieuses des trompettes et trombones, legatos vertigineux et saccades polyrythmiques, d'innombrables plans de lecture dont la science de l'agencement n'a d'égale que celle avec laquelle le danois tisse ces longues plages minimales qui habitent le coeur de la partition, étirant ses notes rares dans un jeu permanent et fascinant entre tension et souplesse. C'est aussi avec une sagesse qui lui fait habituellement défaut que le compositeur a organisé les grandes lignes de son poème, séparant la fureur et le calme en deux parties distinctes aux déroulements limpides, mais secrètement ouvragés, afin que la fureur ne soit pas stupide mais au contraire vicieuse, et que le calme ne soit pas lénifiant, mais source constante d'éveil. En clôture, Langgaard précède l'ultime retour à la tempête par une marche funèbre saisissante. Introduite par plusieurs dizaines de secondes de quasi silence, elle déploie un thème mortuaire accablant, d'une lourdeur écrasante, et qu'une harpe cristalline vient ponctuer comme une étoile perdue. Le retour au thème initial se révélera finalement plus victorieux que dans sa première incarnation, moins noir sans doute, mais on y sent bien plus le triomphe d'une puissance obscure que l'expression d'un optimisme quelconque. Avec "Hin Torden-bolig", Rued Langgaard offre sa symphonie la plus intelligible, sans sacrifier pour autant à sa soif pyrotechnique dévorante. Une pièce maîtresse, d'une beauté implacable.

note       Publiée le jeudi 2 janvier 2014

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