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Shannon Wright › Over the Sun

cd • 9 titres • 42:20 min

  • 1With Closed Eyes04:39
  • 2Portray05:36
  • 3Black Little Stray06:20
  • 4You'll Be the Death04:08
  • 5Throw a Blanket Over the Sun04:25
  • 6Avalanche04:50
  • 7If Only We Could04:07
  • 8Plea04:08
  • 9Birds04:07

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Electrical Audio, Chicago, Il, par Steve Albini

line up

Shannon Wright (chant, guitare, piano), Christina Files (batterie)

remarques

chronique

Styles
indie rock
noise rock
Styles personnels
claque dans la gueule

Dès cette petite mélodie de mellotron glauque, on sent que ça ne va pas être la marrade. Et puis ça tombe, la rythmique de guitare saccadée, hoquetante, heurtée, puis la batterie sèche comme un coup de trique. Et enfin la voix, porteuse d'une angoisse pénétrante. Shannon Wright n'a jamais fait dans le superflu, mais cette fois-ci le voyage sera plus austère que jamais. Quand au refrain s'abattent ces riffs qui fouettent jusqu'au sang, la messe est dite, d'autant que le morceau s'interrompt aussi brutalement qu'il avait commencé, d'un seul cut de rasoir. Et ça reprend, toujours plus désespéré, en une colère froide qui ne demande qu'à s'expurger dans des instants de rage insensée que Shannon passe sur sa pauvre guitare qui en prend plein la gueule, sa seule confidente dans une nuit froide et solitaire, sa seule compagne d'infortune, celle à travers de laquelle l'expression du mal-être prend l'allure de décibels dégorgés comme on vomit toute sa mauvaise bile jusqu'à se faire très très mal. Ca laisse des traces physiques et morales, c'est difficile d'être confronté de plein fouet à une telle douleur, à une telle agressivité dirigée contre soi-même. Shannon est comme en transe, elle n'a pas d'autre choix, elle doit passer à travers la nuit, mais chaque minute apporte son lot d'angoisses nouvelles qui grignotent à l'intérieur, comme un ténia malveillant. Shannon se berce de comptines lugubres qui finissent par imploser en vagues de bruit purulent. Colère, se calmer, hurler, respirer, hurler encore, respirer doucement, se calmer, hurler à nouveau, respirer, respirer et puis hurler encore, encore, encore. Et finir par s'épuiser. La peur ça épuise. Quand on a bien pleuré, bien gueulé, bien souffert, l'organisme vous lâche. Alors Shannon doit ralentir le rythme, mais elle n'en est pas moins toujours envahie par la terreur et la haine, c'est comme la marée, comme la nausée, ça revient par vaguelettes, c'est insupportable, on voudrait juste dormir. Mais c'est exclu. Freiner oui, parce qu'on n'a plus la force physique, que les yeux sont secs, mais la boule dans le ventre est toujours bien là. Shannon ne se fait plus d'illusion, elle sait que tout ça va la détruire. Et puis, trop ankylosée par toutes ces douleurs, ces migraines, ces sales idées, elle se met au piano, d'abord toujours suivie des coups éprouvants de cette batterie implacable, et de sanglots d'un violoncelle imaginaire. Puis, comme par soustraction, comme si la nuit toujours plus profonde apportait son lot de silence à défaut de sérénité, seule, toute seule, résignée à sa tristesse immense, plus qu'elle assise sur son tabouret, jettant les derniers soubressauts de son énergie en quelques accords martelés. Si le Soleil est dans le titre, c'est que quelqu'un a jeté une couverture par dessus, qu'il fait froid et sombre maintenant dans le coeur de Shannon. Dans cette interminable nuit d'angoisse, elle pourrait s'évanouir au loin sur quelques dernières notes d'ivoire, d'un sommeil désiré, sombrer dans une inconscience, un oubli sédatif. Mais ça ne se passe jamais comme ça. Quand on croit en avoir fini, du moins que le corps va brandir le drapeau blanc, c'est là que ça recommence. Les ressources humaines à souffrir sont surprenantes d'endurance. Et ça reprend plus troublé que jamais, plus dissonant, la guitare spasmodique heurte à nouveau le cerveau de Shannon, et remue ses idées noires en un bouillon malsain. Et la colère remonte à la surface, privée de son énergie d'il y a quelques temps mais toujours aussi brûlante, et ça fait tourner la tête, ça n'en finira donc jamais. C'est reparti pour un tour, et bien. Plus inquiétante que jamais Shannon, gagnée par un dégout exponentiel qui joue sa petite ritournelle maintenant menaçante. Osez croiser son regard à ce moment-là, il vous transpercera et vous détournerez le votre à moins de tenir à y laisser des plumes. Shannon projette une violence inouïe, une violence pure et inconfortable, parfaitement familière, trop familière pour qui a déjà traversé ces longues soirées à se triturer le cerveau et à se taper contre les murs avant de s'endormir en pleurant sur l'oreiller. Une violence qui suinte par tous les pores de sa musique, même quand elle semble flotter entre deux eaux. Ne l'approchez qu'avec la plus grande prudence ou vous serez marqués à vie. Comme moi, qui en garde toujours une cicatrice.

note       Publiée le lundi 28 octobre 2013

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Je devrais en chroniquer d'autre. C'est toujours une merveille en concert (j'ai zappé le piano-voix la semaine dernière, assez connement), intense est le mot juste. Dans un peu le même ordre de rugueux que cet album, je recommande In Film Sound, l'avant-dernier Division est très beau aussi dans un style plus contrasté.

Note donnée au disque :       
Aladdin_Sane Envoyez un message privé àAladdin_Sane

Tiens, je viens juste de me rendre compte que Shannon Wright était chroniqué sur ce site... Vu en concert la semaine dernière en formation piano/voix pour défendre son dernier album "Providence", c'était superbe et intense. Du coup, ça m'a donné envie de me repencher sur sa carrière (que je connais mal).