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John Zorn › Rimbaud

  • 2012 - Tzadik, TZ 8301 (1 cd digipack)

cd | 4 titres | 47:20 min

  • 1 Bateau ivre [11:01]
  • 2 A season in hell [12:22]
  • 3 Illuminations [11:38]
  • 4 Conneries [12:20]

enregistrement

Titres 1 et 3 enregistrés le 9 décembre 2011 au Miller Theater. Titre 2 enregistré en janvier 2012 au Komachi Electric. Titre 4 enregistré le 8 mars 2012 au EastSide Sound

line up

Trevor Dunn (basse [3]), Brad Lubman (chef d'orchestre (1)), Ikue Mori (électroniques [2]), Kenny Wollesen (batterie [3]), John Zorn (samples [2], électroniques [2], saxo [4], piano [4], claviers [4], guitares [4], batterie [4], effets [4]), Rane Moore (clarinette [1]), Alex Lipowski (vibraphone [1]), Steve Beck (piano [1]), Erik Carlson (violon [1]), Elizabeth Weisser (violon [1]), Chris Gross (violoncelle [1]), Stephen Gosling (piano [3]), Mathieu Amalric (chant [4])

chronique

Sur cet album, John Zorn nous propose un hommage au poète français du 19ème siècle Arthur Rimbaud. Jusque là, pas trop de surprise quand on voit la pochette de l'album, sobrement intitulé "Rimbaud". Au menu, nous avons 4 pièces de plus de 11 minutes chacune dans des styles très différents et permettant d'avoir des facettes multiples de l’œuvre de Zorn avec comme dénominateur commun, le poète français. On peut déjà noter un packaging particulièrement classieux. Avec Tzadik, c'est très souvent le cas, mais plus particulièrement ici avec un Digibook imitation vieux livre vraiment réussi. Tzadik reste très cher, mais au moins, on en a pour notre argent ! Le premier morceau, "Bateau ivre" est une pièce de musique de chambre dans la plus pure tradition zornienne. À la fois inquiétante, posée, sombre, avec une flûte et une clarinette menant le jeu, agrémentées de bruitages et d'ajout des autres instruments, ce titre est très aventureux et nous propose un voyage prenant dans l'univers torturé du poète français. Il est directement issu de l'un des plus célèbres poèmes de Rimbaud, contant l'histoire d'un bateau sans capitaine, errant sur les océans au gré des courants et finissant par couler. Le balancement du bateau est évidemment très bien retranscrit par la dualité entre les deux instruments principaux qui s'enchaînent et se télescopent tout au long des onze minutes du morceau, avec des variations de tempos et de tensions donnant du rythme à l'ensemble. Une très belle pièce qui permet au disque de se lancer dans les meilleurs conditions. Le deuxième titre, "A season in hell", est un duo entre John Zorn et Ikue Mori entièrement dédié aux musiques électroniques. Je ne suis pas friand de ces bidouillages en général (Hemophiliac est un des projets de Zorn les plus durs à me farcir !). Et effectivement, il s'agit du titre que j'apprécie le moins de ce disque. Cependant, il faut bien avouer que dans le genre, il est plutôt réussi, surtout au niveau de l'ambiance absolument claustrophobique créée. Et là, c'est une réelle réussite. Par contre, la monotonie pointe son nez après quelques minutes, d'autant plus que du haut de ces 12 minutes 22, il s'agit du plus long des quatre titres présentés. Encore une fois ici, le titre de l’œuvre est issu d'un recueil de poèmes de Rimbaud. Le troisième titre débute de manière beaucoup plus classieuse avec un superbe piano, presque calme (trop calme même !) et petit à petit, on sent qu'il a envie de partir dans des contrées plus aventureuses. Voilà, "Illuminations", c'est ça ! Ça part doucement, ça s'énerve, toujours avec ce piano central, secondé par une basse/contre-basse et une batterie jazzy en retrait, ça brouille les pistes. On ne sait plus trop sur quel pied danser. Quand on croit que ça va repartir de plus belle, le rythme se fait posé et inversement ! Les atmosphères peuvent faire parfois penser à "Bateau ivre", mais dans une atmosphère feutrée jazzy. Et la seconde suivante, on est parti en free jazz ! Voilà en tout cas, le titre le plus riche et le plus intéressant de "Rimbaud", celui, en tout cas, qui me parle le plus. Et enfin, le dernier titre, "Conneries", avec l'acteur/réalisateur français Mathieu Amalric, qui éructe de la meilleur des manière le poème "L'album zutique" sur fond de musique expérimentale par Zorn lui-même avec tous les instruments qui ont fait sa gloire (alto sax bien évidemment, piano, claviers et bruitages divers et variés, mais aussi guitare et batterie !). La composition de la pièce suit la technique des file cards. Je pense qu'il va s'agir de la pièce qui fera le plus parler d'elle dans cette œuvre. Amalric récite ce poète, aux paroles très crues, avec le brio qu'on lui connaît. Le choix d'avoir pris un acteur/réalisateur français comme Amalric est extrêmement judicieux et pour un hommage à Rimbaud, il s'agit d'un clin d’œil très sympa. Le résultat, bien qu'indigeste de prime abord, est vraiment très réussi. Déstructuré, provocateur, fou, ce titre est une conclusion parfaite à ce disque. Cet hommage était risqué vu la vie particulière d'Arthur Rimbaud. Le résultat est une réussite totale, montrant toute la diversité et le génie de John Zorn. Malgré des styles très différents, on obtient un disque d'une unité et d'une qualité générale impressionnantes. Il faut parfois faire le tri dans les différentes sorties du new-yorkais. Ce "Rimbaud" est, pour moi, l'une de ses œuvres à ne surtout pas louper. Un hommage certes surprenant mais complètement réussi.

note       Publiée le dimanche 29 septembre 2013

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kranakov › dimanche 2 avril 2017 - 10:25  message privé !

Effectivement, un des jalons essentiels de la production zornienne des années 2010. Une grande tenue dans ces quatre compositions, très variées, et une cohérence surprenante.

Note donnée au disque :       
saïmone › lundi 30 septembre 2013 - 08:19  message privé !
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Amalric ? haha faut que j'essaye ça