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Judas Donneger › Démo 2011

cdr • 6 titres • 23:11 min

  • 1Grand Concours du Maximum Baise3:03
  • 2Pornographie et Coca Cola3:54
  • 3S S S3:35
  • 4Trois Semaines à L’Est4:08
  • 5Sujet Docile3:40
  • 6J’Aime Ces Filles Froides2:56

extraits audio

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enregistrement

Enregistré par Sébastien "Capitaine France" Dupont en avril 2011. Mixé et masterisé par Capitaine France, Dominou et Klaus Legal entre mai et décembre 2011.

remarques

L'intégralité des disques de Judas Donneger est en écoute sur leur bandcamp (voir lien ci-contre).
CDr.

chronique

Saloperie d’époque. Comme toutes les autres, vous me direz. Mais en plus morne, en plus atone, en plus impardonnable. L’ère lucide – parce qu’éduquée, à moitié – mais qui ricane au mot conscience. La frustration, c’est juste une étiquette de plus. Achète la. Parlez de trous, parlez viol, éviscération personne ne va broncher. Ajoutez Lutte des Classes, vous verrez ça revenir, encore, chronique, sur les faciès : le rictus. Ou mieux ou pire : l’indifférence. Parce qu’on ne sait plus ce que c’est. Jour immonde, tranquillement : tout le monde s’en fout, chacun sait déchiffrer, un peu. Ceux qui savent lire, encore – parmi ceux, je veux dire, chez qui ce n’est pas une simple habitude fossile – se précipitent dans le dégoût pour éviter l’anesthésie, les ersatz emballés dans les mauvais mots fades. S’y jettent et nous le jettent. Ceux qui se rappellent comment on écrit – comment ça s’écrit – nous le rendent. En pleine gueule. Acide et dégueulasse… Judas Donneger – soit Dominou, ancien des Suces Pendus et Klaus Legal alias Pavel alias le type qui larsenne dans au moins trois projets tous basés sur Amiens et déconnait ailleurs encore avant – ont très certainement quelque chose comme des lettres. On ne met pas la tronche de Carson McCullers dans la marge d’une de ses pages publiques, sans ça. La musique que sous ce nom-ci ils nous déversent à quelque chose à voir avec rage, désespoir, ras le bol, nausée quotidienne, grise, banale, qui s’accumule et finit par ronger avant de tout envahir. Explosion brève – ça dure ici vingt-trois minutes et quelques, en concert ça ne traîne pas non plus – mais accroche toi, Camarade, ça cingle et ça infecte. (Excusez la familiarité… Ne vous formalisez pas – de toute façon encore une fois, ça ne veut plus rien dire, Marx ou les accolades). Leurs textes sont cyniques – mais frontalement, méchamment, en n’essayant pas de vous faire croire qu’en société ça fait leur charme – noirs, qui tirent la bourre aux synthés et guitare, aux sales machines, couche sur couche de grinçant. Ça cause violence même pas conjugale ou à peine – à quoi servent ces contrats quand l’ombre de la Camarde n’est même plus une hantise, juste une démangeaison familière ? Ça parle visite de charniers, guerre des sexes faute de mieux, horreur endémique et coupons de réduction. On ne sait pas trop s’ils déconnent, sur S S S, avec leurs successions de triplettes. Suce Salope Soliloquante… Salive Stupide Souillon… Situation Scabreuse Sexiste… Suicide Socrate Sigüe. Je sais. Il y a faute. Mais pas de frappe. La frappe est toujours juste. Ils savent aussi, n’en doutez pas. On vous a dit : des lettres. Des méchantes. Car il fut un temps, voyez vous, où la littérature n’étais pas agrément, où ça ne rassurait pas, où ça faisait fuir ou bien tiquer, en essayant modestement de tout changer sur un détail. Il y a eu des moments où le mot n’était pas insulte, dérisoire, divertissement. Il y a encore des lieux paraît-il où certains croient à la musique. Parce que pourquoi pas et autant l’empoigner. Ça se passe souvent plus bas que terre. Presque toujours loin du centre ou bien alors caché dans ses failles ou bien qui l’envahit quelques soirs sporadiques afin d’un peu le pourrir. Ici le rythme est raide, la voix humaine comme de nos jours à l’heure de lâcher les conventions – c’est à dire colère vomie mais sèche, et très nettement articulée. Les circuits imprimés, eux, débordent, ne peuvent plus contenir. Tout est pris à l’envers, en inverse – peut-être pour retrouver, pleines ou fragments, les sensations de voies naturelles. Négatif, encore. Chaque soir que j’ai vu ces types, que je les ai entendu jouer, je me suis pointé, avant, tout noué, fermé, misanthrope. L’envie seulement de rester bouclé – parce que le reste de l’humanité, ces quelques milliards, c’était un peu trop d’effort à confronter, à démonter. (Les hasards du calendrier...). Chaque fois, après, j’avais envie de trinquer, à nouveau – avec les potes, en regardant passer les autres. Négatif, négatif, vous dit-on : il en reste toujours, au fond, quelque chose qui serait de l’ordre de la chaude impulsion. Humaine. Donc animale et contrariée, perturbée, agitée. C’est sommaire. Ces gars là font une musique sommaire et pleine et broussaille de laine de verre. Cahots embrouillés et plantés de traits limpides. Forme brute et concise. Ils maîtrisent leurs moyens et la Folie, dedans, s’engouffre. Ça fout un peu les jetons, d’abord. Ça déstabilise. Ça fait du bien d’entendre qu’on n’est pas seul à le croire. On sait tous où ça finira, la blague, après x années à compter de l’enfantement qui nous a mis dans le coin. On ignore tous, chacun, comment. Saloperie d’époque en ruine. À chaque instant on tente de lui survivre. Tant que par les cinq sens ou quelques uns de ceux-là on continue de saisir ce qui déconne et rebute et puis tout ce qui entête, c’est qu’on n’est pas canné. On en est au point qu’à nos âges divers, on a tous pu grandir au bord du précipice. C’est encore de là – alors savourons – qu’on voit sûrement le mieux le fond de la chose.

note       Publiée le samedi 21 septembre 2013

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Klarinetthor › samedi 21 septembre 2013 - 20:14  message privé !

J'ai l'autre pochette, avec la fille qui se retourne, en fait. Perso je trouve juste musicalement la damo plus sale, mais bon ce n'est pas rose sur le LP. Peut-etre que l'emballage et la pochette blanche - c'est tout con - joue inconsciemment sur mon jugement

Note donnée au disque :       
Dioneo › samedi 21 septembre 2013 - 19:07  message privé !
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J'aime presque autant les deux en fait (celle-ci et le LP) mais pour le coup je trouve l'album poussé encore un petit cran plus loin dans le sale et fou, le son meilleurs ne lissant rien, là-dessus. En fait, réécoutant tout ça une fois de plus cette nuit tout en chroniquant (bizarrement bien plus vite que d'hab' à peu près le temps de chaque disque à chaque fois... faut croire que l'urgence du machin est contagieuse) j'ai trouvé que les deux foutaient entre autres pas mal les jetons, en ces heures tardives mais... Le LP un tout petit plus constamment disons. Après oui, je comprends que le "vécu", le coup de la découverte, tout ça, puisse jouer. (Et merci pour "ma trilogie"... Marrant le tag "Satan" sous Otages, en passant. La pochette de celle-ci a un côté très Village des Damnés, aussi - le film, dont l'image est peut-être même bien tirée).

Klarinetthor › samedi 21 septembre 2013 - 18:51  message privé !

excellente chro, la meilleure de ta trilogie, et ça tombe bien car de ces 3 sorties rapprochées, c'est mon préféré, alors que le meilleur est le LP. Pourquoi? leur première sortie, la plus glauque, cette démo à l'arrache prix libre que tu as honte d'acheter 3 euros tellement tu aimes le contenu et tellement tu l'as écouté gratos sur internet. Non, cette démo, c'est juste la baffe de la découverte, la violence crue et cette vrille de saleté vraiment sale comme tu dis, pas juste un tag sur un mur de brique décrépit ou une simulation de viol dans un porn à budget. Non, juste la vraie misère actuelle, pourquoi elle n'est pas vivable à long terme.

Note donnée au disque :