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Jean-baptiste Pergolese (1710-1736) › Stabat mater

25 titres - 68:24 min

  • Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736) - Stabat Mater - 1/ Stabat Mater 5:04 - 2/ Cujus animam 2:56 - 3/ O quam tristis 2:55 - 4/ Quae moerabat 2:50 - 5/ Quis est homo 3:06 - 6/ Vidit suum 3:33 - 7/ Eia Mater 3:05 - 8/ Fac ut ardeat 2:17 - 9/ Sancta Mater 5:12 - 10/ Fac ut portem 4:11 - 11/ Inflammatus 2:33 - 12/ Quando corpus – Amen 4:31 - Alessandro Scarlatti (1660-1725) - 6 Concerti grossi (c.1740) - Concerto No. 1 in F minor - 13/ Grave 1:57 - 14/ Allegro 1:56 - 15/ Largo 6:07 - 16/ Allemanda. Allegro 1:15 - Concerto No. 3 in F major - 17/ Allegro 0:47 - 18/ Largo 1:35 - 19/ Allegro ma non troppo 2:08 - 20/ Largo 2:14 - 21/ Allegro 2:20 - Concerto No. 5 in D minor - 22/ Allegro 2:12 - 23/ Grave 1:31 - 24/ Allegro 1:12 - 25/ Minuet 0:57

enregistrement

Track 1 - 12 : 03/1972 - Naples, Conservatorio S.Pietro a Maiella ; Track 13 - 25 : 11/1967 - Naples, Palazzo Reale

line up

Solistes de l’orchestre « Scarlatti » de Naples ; Ettore Gracis, direction ; Mirella Frineli, Soprano (Stabat mater) ; Tereza Berganza, Mezzo-soprano (Stabat mater) ; Genaro d’Onofrio, orgue (Stabat mater).

remarques

La partition originale est écrite pour haute-contre et soprano. Suivant cette distribution, la version du Clemencic Consort avec Gerard Lesne et Mieke van der Sluis (accord/musidisc), est la plus recommandable. La version présentée ici fait le choix de deux vocalistes femmes et atteint par là, selon moi, une puissance dramatique plus intense, qui souligne ainsi judicieusement la liberté prise par la partition vis à vis de son caractère religieux.
Cet enregistrement a été réédité en 1998 à l'occasion de la "collection du millénaire" DG, sous un format cartonné à environ 8 euros le disque. Préférez donc cet exemplaire si vous le trouver...

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
musique sacrée-baroque/classique

Cycle chanté sur la base lyrique du poème du XIIIième siècle «Stabat mater dolorosa», le Stabat mater est une composition à la fois religieuse et profane. Religieuse dans ses textes, sa forme cantate, sa recherche de la spiritualité, et profane par la manière très humaine dont le drame est abordé. Le Stabat mater de Pergolese est, à juste titre, le plus fêté du genre. Bien qu’inscrit dans la période baroque (qui s’achève en 1750, à la mort de Bach), le jeune Jean-Baptiste Pergolèse déploie à travers sa partition des systèmes d’arrangements, et surtout une mise en scène de la voix qui annonce largement la période classique. Au travers des 12 épisodes qui le constituent, on sera de fait aussi souvent confronté à la puissance lyrique et dramatique, qu’aux lamentations affectées, lentes et mystiques. Le premier duo qui commence la partition est tout simplement bouleversant. Une présentation instrumentale, grave et posée, installe l’atmosphère douloureuse et sévère de la pièce, violoncelles sombres, basse imposante, un tissu de cordes qui incite au recueillement… alors, lentement, les voix semblent s’éveiller du fond des ténèbres, se confondent ou se répondent, se croisent, pour tenter, dirait-on, de gagner la lumière. Dès ce premier chant, et particulièrement dans ce disque qui fait le choix d’une mezzo pour la partie alto, malgré la solennité toute dévote du propos, on sent cette volonté de tirer des deux voix le potentiel expressif, tout autant que sonore. L’air pour soprano qui suit, par ses choix résolument lyriques confirme l’orientation. La partition est soudain plus rythmée, plus agressive même, avec ses accents de violons stridents et pathétiques, où le compositeur s’éloigne décidément de l’ornement baroque pour donner à sa partition la puissance dramatique nécessaire. La voix solo s’y montre virtuose et affectée, mais aussi très emportée, douloureuse et puissante. Si Pergolèse prend parfois quelques libertés vis à vis du texte, au service de sa vision du chant roi, offrant des instants simplement enjoués et galants («Quae maerebat et dolebat», «Sancta mater», «Inflammatus et accensus»…), l’ensemble de l’œuvre n’en reflète pas moins la peine et le drame avec une grande intensité. Le magnifique «O quam tristis…», aux voix doublées, subtiles et implorantes, délicatement soulignées de traits de violons doux, le lyrisme grave du «Eia, mater, fons amoris», où la grande Berganza atteint une puissance de chant interdite aux haute-contre, justifiant entièrement ce choix de distribution, «Fac, ut portem christi mortem» ou encore la splendide clôture «Quando corpus morietur», à nouveau saisissante d’émotion et de lenteur peinée, utilisent tour à tour la puissance pathétique, la gravité troublante ou même la douceur mélodique, pour nous parler des larmes, profondes, de la plus célèbre des mères. L’humanité véhiculée par ces deux voix donne à cette œuvre une dimension vivante, et ainsi pathétique, fascinante. Les couleurs de l’orchestre sont autant discrètes que magnifiques ; Ettore Gracis , dans la logique de sa distribution, joue la carte du dynamisme, et avec son effectif réduit, atteint la force, si nécessaire, sans jamais tomber dans une lourdeur hors de propos. Car il s’agit là d’une partition d’une finesse extraordinaire, à la richesse mélodique et rythmique très inspirée, très contrastée, par laquelle on jouit autant de la beauté de la voix humaine que des subtilités d’un orchestre à la fois présent et délicat. Dans cette optique le choix des 3 concerti de Scarlatti pour clore ce programme et d’une surprenante pertinence. Si l’on excepte les 3 allegro du concerto en fa majeur, on retrouve dans ces trois compositions la tristesse et la beauté mélancolique, jusque dans les parties les plus vives, comme l’allegro du concerto en fa mineur, qui malgré sa course folle et légère, n’en demeure pas moins grave. Les Largo, et Grave, nombreux dans ces trois concerti, sont le prolongement instrumental direct du chef-d’œuvre vocal de Pergolèse. (aaahh…. Le largo du concerto n°1 ! ). Le Stabat mater de Pergolèse est une œuvre magnifique, très italienne dans ses joliesses orchestrales, mais aussi et surtout dans cette adoration pour la voix. A l’arrivée, un très, très beau disque, gracieux, généreux et émouvant. Plus d’une heure, délicate et douloureuse, assis dans la pénombre, à regarder dehors le soleil italien, prisonnier malgré soi dans le pont des soupirs.

note       Publiée le dimanche 9 juin 2002

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Richter › lundi 4 janvier 2010 - 13:24  message privé !

Je ne suis pas non plus fan de musique baroque mais ce Stabat Mater de Pergolèse est une oeuvre incontournable de la musique sacrée (et tout simplement de la musique "classique"). L'ouverture me fait toujours froid dans le dos. Je n'ai pas non plus cette version car la mienne est chantée par deux hommes, Sebastian Hennig (soprano) et René Jacobs (contre-ténor). C'est une version qui se trouve dans le coffret Sacred Music sorti chez Harmonia Mundi et qui présente pour une somme modique un panel de la musique sacrée. Pas forcément les meilleures versions mais pour le prix, il serait dommage de passer à côté. J'ai lu qu'une version intéressante (sortie chez Naxos) était chantée par Jorg Wachinski (soprano) et Michael Chance (contre-ténor) mais je ne la connais point.

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Thrwdrtz › samedi 2 février 2008 - 11:04  message privé !
Je n'ai pas la même version, mais je dirais juste que ce Statbat Mater constitue certainement un sommet de la musique religieuse. On parle de baroque mais c'est vrai que l'écriture est déjà moderne et annonce une autre ère. Un appel au recueillement, des voix bouleversantes qui s'entrelacent avec les cordes de l'orchestre, et puis des moments plus joyeux avec des rythmes enlevés et surprenants. Une dernière chose : très belle chronique, monsieur.
juj › mardi 7 février 2006 - 14:08  message privé !
... et en fait il n'y a en vérité qu'un mot pour la décrire : dolorosa
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juj › mardi 7 février 2006 - 14:07  message privé !
REMARQUE : ici non plus, pas de 6 juste pasque je ne connais pas cette interprétation, mais celle de Bowman (oui, encore) avec Emma Kirby sous la direction de Chris Hogwood est tout simplement divine, comme celle du Vivaldi, d'austérité, de peine dans tout son dénuement digne et térébrant ; y en a une autre qu'est pas dèg non plus, avec René Jacobs, contre ténor à la voix un peu crémeuse mais sans roucoulement à la G Lesne, et Sebastian Hennig, un minot pour la partie de la femme, avec forcément une voix très pure, pas mal ... mais la version bowman est vraiment tuante, attention ça latte le moral recta
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Arno › lundi 12 juillet 2004 - 22:20  message privé !
Je l'ai vu sur TF1 avec un contre-ténor... Ca se passait également dans une église... Peut-être était-ce le même concert que le tien Tomas Chatterton ???... (Pour te situer, avant, il y a eu le concerto pour 3 violons et orchestre de Bach)