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Jun Togawa › 極東慰安唱歌 (Kyokutô Ian Shôka)

  • 1985 • Yen YLR-22006 • 1 LP 33 tours
  • 2011 • Yen MHCL-20134 • 1 CD

cd • 11 titres • 34:36 min

  • 1GANKÛ KITAN 眼球奇譚 (Strange Eye Ballad)04:27
  • 2UMI YAKARA 海ヤカラ (Fellow Sea)03:04 [Chanson traditionnelle d'Okinawa]
  • 3TOYAMA SHÔGAKKÔ KÔKA 戸山小学校校歌~赤組のうた歌 (Elementary School Anthem - Song for Red Team)03:07 [reprise de Ryûtarô Hirota]
  • 4MUDAI 無題 (Untitled)03:06
  • 5KACHIKU KAIKYÔ 家畜海峡 (The Cattle Straight)05:45
  • 6NINGEN GÔKAKU 人間合格 (Successful Human)01:44
  • 7KYOKUTÔ HANAYOME 極東花嫁 (Far Eastern Bride)03:50
  • 8ARU HARETA HI ある晴れた日 (A Sunny Day)00:34 [reprise de Giacomo Puccini]
  • 9KYOKUTÔ IAN SHÔKA 極東慰安唱歌 (Far Eastern Comfort Songs)01:24
  • 10TESHIGAWARA- MIKA NO HANSEI 勅使河原美加の半生 (The Life of Teshigawa Mika)04:33
  • 11YUMEMIRU YAKUSOKU 夢見る約束 (Promised Dreams)03:02

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Jun Togawa, Yôichiro Yoshikawa & Yoshifumi Lio

line up

Jun Togawa, Yôichiro Yoshikawa, Yasukazu Sato, Yoshifumi Iio, Tomoki Hasegawa, Katoh Strings

Musiciens additionnels : Yukihiro Takahashi (batterie 1)

remarques

Artwork : Yukimasa Okumura - L'album est sorti sous l’appellation Jun Togawa Unit mais est considéré comme un album solo. Les titres 5 et 6 ont été rajoutés lors de la première édition en format CD.

chronique

L'intro surprend. Comme un générique, ou une pub pour déo explosant dans la sono d'une salle de cinéma silencieuse, l’éperdument fleur bleue Gankun Kitan déferle d’emblée dans un pathos de série télé débordant de synthés orchestraux… C’est d’un kitsch plus 80’s que tous les one-hit wonders français de la décennie, à faire passer Take My Breath Away de Berlin pour du Joy Division, comme ça c’est dit. Dans cet arrangement "effet kiss-kool", on reconnaît la touche du claviériste des Yapoos, qui compose, ainsi que la batterie toujours impeccable de Yukihiro Takahashi, qui vient battre la cadence derrière la demoiselle aux sanglots. Car dès la première phrase, le ton est donné : « comme une rivière en crue, débordant par les failles de l’abnégation »… C’est le craquage nerveux de la japonaise-type, rodée aux frustrations et à l’oubli de soi depuis toujours, qui s’autorise une séquence grande eaux sous la brise marine des synthés. C’est surtout très rigolo, et ça fait mentir la pochette, mais attendez voir… L'inquiétant Umi Yakara (Seaside Boy) est une reprise d’un standard d’Okinawa, mais aux paroles typiquement Togawesque, relatant la terrible dépression post-coïtale d’une vacancière dépucelée par son « garçon de la côte », allongée sur le bord de la route en mode grève de la faim, incapable de revenir auprès de ses parents. Comme toujours, Jun joue à la fois les victimes dépitées et la mante-religieuse qui attire le jouvenceau dans la cabine de plage de son chant stridulant. La saynète est aussi glauque que la musique est barrée, ersatz de no-wave colorée et cubiste, dissonante et japonaise jusqu’à la nausée (ce qui continue sur la piste suivante, chanson 2-en-1 d’une bizarrerie éclopée). Autre traditionnel, moins malmené, Mudai est une reprise assez touchante d’un traditionnel andin, sans être aussi bouleversante que Teinen Pushiganga, sur le 1er album. Le final à la flûte de pan est d’une simplicité et d’une beauté assez magique, et voir comme il passe bien au milieu d’airs traditionnels japonais et de new wave décalée est un délice. Et la merveille de l’album, justifiant sans encombre une telle note, c’est Kachiku Kaikyô, improbable friche industrielle où quelques ombres inquiétantes jouent des castagnettes japonaises sous un amoncellement de nuages noirs d’ébène et de gyrophares cramoisis. Le chant est angoissé, accompagné de chœurs furtifs et lugubres, tandis que les synthés mugissent de façon inquiétante. A mettre sans problème sur un pied d’égalité avec les perles du YMO période expé (Camouflage, Seoul Music, tout ça…). Les deux courtes vignettes suivantes montrent Jun dans un dépouillement très campagnard, chapeau de paille et pieds dans le sable, ânnoner du Puccini en Japonais quelques secondes (Aru Areta Ni) avant de passer dans un même élan a-cappella et spontané à la chanson-titre (chanson de consolation d’extrême orient, c’est donc le titre de l’album une fois au pluriel), écrite par Takao Higae des Halmens, qui ne reste jamais loin… « Teshigawara » est un peu le titre faible du lot, un genre de slow aux percussions lourdes et presque indus, si ce n’était ces synthés-violons qui viennent rappeler le 1er titre pour le côté « je fais des ricochets du haut d’une falaise battue par les vents en pensant à toi »… Heureusement, comme tout cela manquait un peu de zolo-pop sinueuse, le très pop et télévisuel Yumemiru Yakusoku (la promesse rêvée) a été placée en dépit de toute logique en chanson de clôture. Il s’agit d’une reprise d’Haruomi Hosono, qui rappelle que le disque est sorti sur son label, alors en plein age d’or, Yen Records. Qu’on ne s’y trompe pas, cet album n’a ni la maestria ni l’aura d’intimisme surréaliste de Tamahime-Sama, il a un côté plus salade de fruits (avec un côté panier de crabes, et pis quelques poulpes amateurs de femmes délaissées, au milieu), il lui est donc sensiblement inférieur. Mais c’est un 5 quand même, parce que Jun Togawa est une reine, et que Tamahime-Sama frôlait le 6.

note       Publiée le dimanche 22 septembre 2013

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chronique

Styles
new wave
electro
pop
folk
gothique
world music
ovni inclassable
Styles personnels
synth-pop schyzophrène

"I went out away to see an old friend of mine, his sister came over she was out of her mind (…) Her light eyes were dancing she is insane (…) she keeps coming closer saying 'I can feel it in my bones, Schizophrenia is taking me home'". Cet extrait d'un morceau de Sonic Youth, c'est un peu l'impression que laisse le passage du deuxième album de Jun Togawa dans le cerveau. Malgré une approche moins ouvertement barrée que le précédent, la Togawa n'est est pas moins sacrément perchée. Et la démultiplication de ses identités ne va pas franchement aider à circonscrire son univers d'un coup de cuiller à pot. Faut pas oublier que c'était aussi une actrice. Actrice donc multiple, le cliché qui tue, mais les clichés ont ceci d'agaçant qu'ils sont souvent un peu vrais. Combien de visages nous offre Jun Togawa exactement ? Une chanteuse pop mélancolique, une interprète de folk traditionnel d'Okinawa, une petite enfant à l'école primaire, une jeune inca… Et ce sont seulement les quatre premières chansons de l'album. Ne pas y voir une démonstration de savoir-faire un peu vaine (et pourtant il est bon de le répéter, Jun est une chanteuse extraordinaire qui fait à peu près ce qu'elle veut de sa voix), Jun ne calcule même pas. Elle change simplement de masques qui, derrière tout ce théatre, laissent percevoir une seule et même personnalité, certe un peu fracturée. Jun est une petite fille, Jun est une chanteuse d'opéra, Jun est une pop-star, Jun est une vieille Japonaise, faut bien qu'elle le chante, faut que ça sorte. Et elle s'entoure bien, co-produite par l'indispensable Yoichiro Yoshikawa des Yapoos et Yoshifumi Iio, collaborateur régulier du Yellow Magic Orchestra qui ramène Yukihiro Takahashi pour envoyer la batterie sur le premier titre, avec les percussions omniprésentes de Yasukazu Sato (qui joua en son temps avec Kaoru Abe, saxophoniste free jazz frappé). Un ensemble de morceaux à première vue hétéroclite, mais pourtant bien plus cohérent au final que celui du premier album qui contenait son lot de reprises. Et bien que certains dépassent à peine la minute et demie, voir les quelques secondes, ils font figure de courtes scènes indispensables dans un voyage sidérant dont le tout est clairement supérieur à la somme de ses parties. Ou pour faire plus simple : une succession de tueries synth-pop dérangées + des adaptations de folk-songs aussi éloignées que la distance entre Quito et Naha + des courtes séquences improbables oscillant entre opéra et chansonnette miniature bubblegum fifties = un putain d'album hors-norme. Rentrer dans plus de détail serait vain, d'ailleurs Jun Togawa survole elle-même ces univers avec une aisance peu commune. Elle survole la cordillière des Andes, une fois de plus, pour un sublime traditionnel interprété avec ce qu'il faut d'humilité pour ne pas se la jouer Yma Sumac, pourtant lointaine grande tante. Elle frôle le sable doré des plages d'Okinawa pour une version passée à la moulinette électronique d'une de ces chansons populaires de l'île tropicale, fabuleuse et hypnotique. Elle reprend à son compte une courte citation de Madame Butterfly de Puccini, qui lui-même avait été inspiré par les folk-songs japonaises, qu'elle enchaîne avec sa vision bien personnelle d'une enka (composée par Takao Higae, ex-Halmens, futur Yapoos, on reste dans la famille) qui débute comme il se doit par Sakura no Kuni (Le pays des cerisiers). Synthétique et pourtant tellement authentique, comme son interprétation hallucinante de ces chansons d'école primaire que tout un chacun aura vu qui dans un film qui dans un anime, ces chants aux rythmiques très "genki" (qui ont la pêche quoi), limite militaires, pour faire chanter les petits bout'choux nippons dans la cour de récré et qui se prêtent ici admirablement à un habillage électro-percussif qui les rendent d'autant plus absurdes (mais pas ridicule). Et puis essaimé entre tout ça, la très belle et très J-pop mélancolique "Strange Eye Ballad" où sévit donc le dandy Takahashi; une incroyable "The Cattle Straight" au chant opératique et à l'atmosphère carrément flippante, quasiment gothique, avec ses choeurs masculins rigides et ses claviers lugubres; "Far Eastern Bride" où Jun se fait plus ouvertement sensuelle que jamais (c'est bien la même qui quelques minutes plus tôt jouait dans la cour de l'école ??) au dessus d'un beat sec et métallique, une montée de cordes de thriller et un "refrain" qui évoque soudain la grande Kate Bush; le sublime et cinématique "The Life of Teshigawa Mika" porté par des cordes pathétiques et des percussions en pulsation régulière de coeur à la dérive. Et comme le meilleur reste toujours pour la fin, c'est Haruomi Hosono qui offre à Jun Togawa un nouveau bijou de techno-pop comme lui seul pouvait alors les concocter, "Promised Dreams", Jun s'y ballade avec un petit vibrato de chanteuse d'enka et un pont chanté d'une fausse candeur d'enfant. Une femme sans âge, au contours mouvants, fascinante et un peu inquiétante. Ces "Chansons de consolation d'Extrême-Orient" sont bien à son image.

note       Publiée le dimanche 22 septembre 2013

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dariev stands › jeudi 21 décembre 2017 - 00:26  message privé !
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Diable ! Il me semble avoir vu un hommage à ça dans le clip : https://img.discogs.com/pUCaLTJpvp2QqZX258p0vrU_yC4=/fit-in/600x607/filters:strip_icc():format(jpeg):mode_rgb():quality(90)/discogs-images/R-445282-1379243453-2971.jpeg.jpg

Jesuis › mercredi 20 décembre 2017 - 23:23  message privé !

https://youtu.be/WjVF1GqC6GY

Participe en feat sur cet album. De la came bien barré

Note donnée au disque :       
dariev stands › lundi 12 décembre 2016 - 15:15  message privé !
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a priori c'est un album de réinterprétations de ses anciennes chansons, en tout cas en partie (y'a bien un titre composé par Vampilia)... y'a Teinen Pushiganga, Mushi no onna (pachelbel) tous deux du 1er album...

Jesuis › dimanche 11 décembre 2016 - 12:12  message privé !

https://www.discogs.com/fr/%E6%88%B8%E5%B7%9D%E7%B4%94-With-Vampillia-%E3%82%8F%E3%81%9F%E3%81%97%E3%81%8C%E9%B3%B4%E3%81%93%E3%81%86%E3%83%9B%E3%83%88%E3%83%88%E3%82%AE%E3%82%B9/release/9476796 https://www.youtube.com/watch?v=SkNU0QbXVsw

C'est un album de reprises ou une collaboration "inédite" ? Parce que les cover ce n'est pas très intéressant moi j'attends un nouvel ep ou album de togawa !

Note donnée au disque :       
Jesuis › vendredi 14 octobre 2016 - 16:14  message privé !

https://www.youtube.com/watch?v=SkNU0QbXVsw&feature=youtu.be

Note donnée au disque :