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MC5 › Back In The USA

  • 1970 • Atlantic 8247 • 1 LP 33 tours
  • 1992 • Rhino 8122-71034-2 • 1 CD

cd • 11 titres • 28:08 min

  • 1Tutti-Frutti1:28
  • 2Tonight2:26
  • 3Teenage Lust2:34
  • 4Let Me Try4:14
  • 5Looking at You3:01
  • 6High School2:41
  • 7Call Me Animal2:05
  • 8The American Ruse2:30
  • 9Shakin’ Street2:20
  • 10The Human Being Lawnmower2:23
  • 11Back in the USA2:26

extraits audio

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enregistrement

Enregistré aux Studios GM, East Detroit, Michigan par Jim Bruzzese. Produit par Jon Landau

line up

Michael Davis (basse), Wayne Kramer (guitare), Fred "sonic" Smith (guitare), Dennis Thompson (batterie), Rob Tyner (chant)

remarques

chronique

Styles
rock
Styles personnels
'n'roll

Awopbopaloobop Alopbamboom ! Pas de Sun Ra cette fois-ci, pas de Cosmos Afro. Pas de blues limace en tonne de plomb chopé chez John Lee. À la place, les gars attaquent direct par cette Grande Folle Nègre et Polymorphe – "omnisexuel" dira-t-il, lui, plus tard – de Little Richard. Rob Tyner, c’est sûr, n’est pas capable de percher sa voix comme l’autre à tout recoin de refrain – vous savez, le petit "ooouuuh" surexcité, là, qui rendait dérapante la version originale. Mais Fred Smith et Wayne Kramer avec leurs riffs intriqués en pointes, le solo craché du deuxième, et puis Thompson et Davis qui balancent sec à une fois et demie le tempo de départ, pour le moins, croyez le ou non : ça l’emballe le vieux boogie, ça le cingle. Ça lui file un bien mordant coup de jus – qui explique sûrement le pourquoi du poil qui se dresse. C’est donc clair d’emblée : le MC5, sur ce deuxième album (et premier studio) est là pour envoyer… Rock’n’Roll. Littéralement. Je veux dire… Sans exhorter le Peuple des Cheveux à brûler le drapeau, ce coup-ci. Ou alors en courant la hampe brandie devant soit à l’horizontale – techniquement c’est couillon parce que c’est chercher le retour de flamme ; mais c’est ça aussi qui est bon : cramer avec ce qu’on allume ! John Sinclair est parti en 1969. En taule (pour dix ans selon la Cour ; pour deux joints tendus à un flic déguisé… Dans les faits l’homme sera libéré en 1971… Mais tout de même). Et avec lui la Rhétorique de la Révolution. La révolte, non – de la plus terre à terre, rage dans le ventre, donnant des poings ou du surin contre tout obstacle. Rock’n’Roll disais-je. C’est à dire ligne effilée, efflanquée, grâce brève. Adolescence, aussi. Pas étonnant que le public du groupe, à l’époque – c’est ce qui se raconte – ait très mal pris l’envoi. Pour ce son, déjà. Dégraissé, totalement. Tout en aigus brillants, batterie sèche, sans réverb’, voix doublées serrées aux points essentiels de l’articulation. Pour ces claps sur Tonight, par exemple. Ces chœurs presque doo-wop sur Teenage Lust… Tout à l’ancienne. Back to Mono, presque – un pote à qui j’avais prêté le disque m’avait dit ça, d’ailleurs : "C’est du mono, y’a un souci ? Qu’est-ce qu’ils ont foutu des basses ?". C’était trente ans après, en gros. Alors imaginez, à l’époque. Le groupe dira bientôt l’avoir détestée aussi, d’ailleurs, cette production étrange, complètement à contrepoil en ces temps de psychédélisme dégueulant, de riffs chargés pour labourer terre et chairs, de formes explosées. Une décision autoritaire du producteur John Landau, diront-ils unanimement. Voir. Parce qu’elle colle bien, au vrai, écoutée d’ici, à cette même-pas-demie-heure en onze giclées. Parce qu’en fait de nostalgie, de retour ou dernier soubresaut d’adolescence, les cinq types auraient du mal à nier, pour le coup. Tout chante l’extrême jeunesse, là-dedans : celle qui veut jouir pendant qu’il est temps ; celle qui se vautre dans l’innocence, même dans l’étreinte ou le coup de boule ; celle qui ne leur tenaient plus, à eux, que par un fil à peine. Un truc dans les reins – souplesse et impulsion. Certes, pour être honnête, ça ne prend pas tout le temps. High School, on a le droit de ne pas leur trouver des tronches à y être encore. Let Me Try – Rob Tyner qui donne dans la balade romantique, il n’est pas tout à fait incongru d'en pouffer ou bien – selon l’humeur – de s’en agacer vite fait. Mais peu importe. Parce que quand ça passe, ô foutre aux foudres ! … Quand ça passe, sur ce fil, ça donne Teenage Lust, Tonight, Looking At You et ses larsens tenus au bord jusqu’à l’instant guetté de la dérouillée, de la fulgurance qui crie et cogne au ciel à la fin quand enfin ça sort. Call Me Animal, qu’ils disent – et ça fait ça, aussi, sans honte. Avec des métaphores de brochures en papier pulpe – à vrai dire bien plus classes que pas mal de salmigondis agit-prop qui faisaient florès dans le même espace temps. On ajoutera même : plus pertinentes, dans leurs courses courtes et leurs courts-circuits (et on notera d’ailleurs qu’en sus de quelques industrieux dont l’histoire a curieusement retenu les noms – Edgar Rice Burroughs, Robert E. Howard ou L. Ron Hubbard, inventeurs respectifs de Tarzan, de Conan le Barbare et des Foutaises Dianétiques – c’est dans ce genre de publications qu’ont débuté des types, entre autres, de la trempe de Lovecraft, Philip K. Dick, Bradbury, Ed McBain, Chandler, Dashiell Hammet… Tiens donc). Et même, ça fait Shakin’ Street – écrite et chantée par Fred Smith, celle-ci. Adresse lâchée tellement cool qu’elle en deviendrait menaçante dans son énoncé d’une existence près du bitume qui peut tranquillement tout puisqu’elle n’a rien à perdre à force de n’avoir à ce point pas grand chose à foutre. Et puis il y a The Human Being Lawnmower – la Tondeuse à Être Humain. Même narration désinvolte. Même concision. Sauf qu’en ces deux minutes vingt trois, c’est toute une vie qui veut défiler. Et que ça raconte comment on y passe – sous le maudit engin – avant d’être expédié casque au crâne et M16 sur le ventre, vers les riantes collines de l’Asie du Sud Est. Et l’auditeur de se rendre compte que le MC5, en fait, en suspendant pour un moment la lourdeur de l’impact, a trouvé à la place un peu mieux qu’un retour (aux sources ou à l’âge d’or, pour ce que valent ces slogans). La juste façon de dire, déjà, de raconter. L’art de ramasser la frappe, aussi, de contraster pourtant les densités, de faire rouler et puis d’ouvrir soudain ou bien de condenser les riffs, les battements. De composer, en somme, au delà de la brute décharge. De profiler ses projectiles. Il est regrettable, de fait, que le groupe ne se soit jamais remis de Back In The USA. Que pour une grande part de son public, ce disque mal compris ait fait signal de désertion. Que l’album suivant – qui en est pourtant un grand – ait alors trouvé si peu d’oreilles et de carcasses vives à déboîter. Dommage, oui, vraiment, qu’on les entende encore si peu au delà de Kick Out The Jams… Dommage mais pas si grave, quelques quatre décennies passées. Car pour l’heure déboule… Chuck Berry. Il fallait bien finir comme on était entré – c’est à dire au contraire. De l’inverti Tutti Frutti, du Précieux Déplacé, passer au Dandy Net, à l’impeccable du Bayou. "Well, oh well, I feel so good today"… Celui-là, comme ceux-ci, s’adonnaient volontiers au franc sarcasme, aux grincements d’humour trop forts pour les plats entendements. "I’m so glad I’m living in the USA". Ceux-là comme celui-ci, sûrement, aimaient vraiment, de tout cœur, drugstores et burgers. "Everything you want, we got it right here in the USA". Il s’en trouvaient, en Amérique, pour les trouver pendables volontiers, ces cinq-ci et ce premier autre. À réécouter tout ça, on saura bien avec lesquels et sur lesquels danser.

note       Publiée le mardi 10 septembre 2013

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Note moyenne        3 votes

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Dioneo › jeudi 22 juin 2017 - 20:53  message privé !
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Eh oui ! Largement mésestimé - parce que méconnu, surtout - le High Time ! Tu fais bien de le redire un coup.

Klarinetthor › jeudi 22 juin 2017 - 20:20  message privé !

c'est le suivant qui est indispensable

Note donnée au disque :       
Demonaz Vikernes › jeudi 22 juin 2017 - 14:04  message privé !

Un peu décevant après le brûlot qui précède, c'est le moins qu'on puisse dire. J'aime assez Looking at You, mais sa version single est nettement meilleure.

Note donnée au disque :       
Dioneo › jeudi 11 août 2016 - 12:11  message privé !
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Ah oui, après je dis pas que c'est mon morceau préféré... Ni de l'album ni tout court. Bien sûr que je préfère aussi Looking, Shakin' Street ou La Tondeuse à Gazon pour Humain... Mais bon, reste que dans la démarche c'est cohérent. (De toute ça reste mon moins préféré des trois disques, hein).

Klarinetthor › jeudi 11 août 2016 - 12:02  message privé !

Je confesse que Tutti frutti est un des morceaux iconiques du rock que je dependrais bien du mur. Je l'ai toujours trouvé agacant et ce n'est pas une version un peu pataude au chant qui me fera changer d'avis. Alors que Rob Tyner est tellement enorme sur Looking at you, encore.

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