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Sun Ra › The Futuristic Sounds Of Sun Ra

cd • 18 titres • 67:46 min

  • 1Bassism4:01
  • 2Of Sound and Something Else2:51
  • 3What’s That ?2:13
  • 4Where is Tomorrow2:47
  • 5The Beginning6:26
  • 6China Gates3:22
  • 7New Day5:49
  • 8Tapestry from an Asteroid3:00
  • 9Jet Flight3:13
  • 10Looking Outward2:48
  • 11Space Jazz Reverie4:55
  • + Bonus Tracks
  • 12Early Autumn4:50
  • 13Kingdom of Thunder3:50
  • 14Distant Stars2:57
  • 15Onward3:31
  • 16Space Aura3:10
  • 17We Travel The Spaceways3:24
  • 18Space Loneliness4:32

extraits audio

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enregistrement

1-11 enregistrés dans le New Jersey, le 10 octobre 1961. 12, enregistrée au Wonder Inn, Chicago, en juillet 1960. 13 enregistrée à Cicago, 1960. 14-18 enregistrées à Chicago, fin 1960 ou début 1961.

line up

Marshall Allen (saxophone alto, saxophone ténor, flûte, cloches, percussion sur 13, soucoupe volante et voix sur 14-18), Ronnie Boykins (basse, cloches ; percussion et voix sur 14-18), John Gilmore (saxophone ténor, clarinette sur 13 clarinette basse, cloches, percussion et voix sur 14-18), Willie Jones (batterie, perussion), Bernard Mckinney (euphonium, trombone, cloches), Pat Patrick (saxophone baryton, cloches), Sun Ra (piano ; cloches, percussion et gong sur 13), Leah Ananda (conga), Rick Murray (voix sur 6 et 12), Jon Handy (batterie sur 12-18)

remarques

Les morceaux 12 à 18 sont des bonus de l’édition CD Lone Hill Jazz de 2005.

chronique

Le terme, bien sur – Futurisme – à ce point du parcours (nous sommes là au tout début des années soixante) prend un sens particulier dans la bouche de Sun Ra. Très différent, certes, de celui statué par quelques Européens – L’Italien Marinetti, le Russe Maïakowski – soixante ans plus tôt. Pas de volonté de détruire la vieille culture, ici, les arts et les Esprits anciens. On l’a dit ailleurs, cela se vérifie à peu près partout dans son œuvre : la quête cosmique de Ra – de l’Arkestra avec ses noms changeants, ses rangs mouvants et ses fidèles ancrés – passe par Ellington, Basie, Fletcher Henderson… Par d’autres, sans doute, moins célèbres, avec qui l’homme a pu jouer au début de sa carrière, bien avant, même, d’enregistrer la moindre note. Au delà, sans doute, vers les origines du jazz, dans ces états du Sud où Ra, alors nommé Hermann Bloundt, avait grandi – l’Alabama, pour lui, dans une Cité Magique dont je vous parlerai ailleurs. Pas encore de machines, non plus – instruments électriques, électroniques. Tout est joué là en acoustique – masses sonores, contrastes et timbres travaillés. Pas un Futurisme hollywoodien, donc, non plus ? Voire ! Pas encore d’effets spéciaux, certes – elles attendront encore un peu, ces ondes sinusoïdales extirpées des entrailles d’un Moog ou d’autres synthétiseurs, ces sonorités qui sauront si bien évoquer les anneaux de Saturne, les déserts martiens ou les plaines hostiles de Métaluna. Pour autant, à ce monde rêvé des fresques en technicolor, des épopées stellaires en trente-cinq millimètres, la musique ici déployée emprunte nettement. Selon une optique autre, bien sur – mais en assumant tout. Sa poétique se nourrit des bandes sons de l’Amérique béate, hypnotisée, ravie par l’écran. Avec ironie, toutefois. Et pourtant en visionnaire. Parce qu’au delà de l’ironie, elle veut réaliser la quête d’absolu qu’enferment ces bobines, que limitent les scénarios sans imagination, que monnayent les producteurs insincères. Le jazz très "pur" – très ellingtonien, encore un fois – de Bassism, par exemple, semble cette fois complètement affranchi de tout soupçon de passéisme, de toute servile imitation. Inexplicablement peut-être, à première écoute, mais indéniablement dès le début aussi, éclairé de nouvelles harmonies… Une pièce comme China Gates, d’un autre côté, avec sa mélodie "orientale", sa voix virile et dramatique, renvoie autant aux crooners de la grande époque du Swing – qui devaient "enfler" leur chant pour surmonter la puissance des orchestres – qu'à l’exotica d’un Moses Vivanco ou de Les Baxter, fabricants de chimères fantastiques pour Yma Summac (par exemple sur Voices of the Xtabay, sorti onze ans avant le présent Futuristic Sound). Ou bien peut rappeler, aussi, les fantasmes assez peu sains et pas si mystérieusement racistes de "chinoiseries" façon Fu Manchu, les affabulations initiatiques des films "d’exploration" où se déciment Blancs grimés en Jaunes et où tombent immanquablement les princesses impériales dans les bras du moindre aventurier. La différence est que la beauté de ladite pièce se donne en une énigme au delà des clichés, des décors peints. Impossible d’en défaire les parts tissées d’humour féroce et d’insaisissable, de véritable poésie. De même, les morceaux "africains" – New Day, Looking Outward ou même The Beginning, avec ses percussions qui ne choqueraient pas, entendues chez Tito Puente ou Mongo Santamaria dans leurs œuvres les moins jazz, les plus authentiquement tournées vers les formes rituelles caraïbes – ne peuvent, ici, être contenue par le mauvais esprit – ou la bonne conscience bien sure de sa supériorité civilisée, c'est au choix - des "films de jungle" (Tarzan etc.). Car ces plages ne présentent aucunes vulgarités grimées – aucune pacotille exotique, justement. On dirait que l’Arkestra veut élever – en y parvenant brillamment ! – les moyens du théâtre au rang d’un cinétique supérieure – des timbres, des rythmes – en fluidité, en cours d’une parfaite liberté, en remous et reliefs qui portent au dessus, au delà des rêves évidés, peinturlurés. C’est que cette musique – et particulièrement sur ce disque-ci, qui en amalgame, en file, en superpose toutes les facettes – plonge au cœur des tiraillements, y puise son énergie, y définit ses buts et trajectoires. Sun Ra n’évacue pas l’antagonisme central du jazz, qui depuis ses débuts – depuis au moins Jelly Roll Morton… – est d’être à la fois la première musique "savante" américaine, originale – loin des tentatives de nouveau classicisme, par exemple, d’un Aaron Copland ; d’avoir engendré – nourri de sources multiples, même pas toutes sûrement rappelées – un être musical absolument nouveau ; qui ne dupliquait rien, quels que soient les échos qui en lui résonnaient ; et en même temps : d’être objet de risée ou de bas commerce, cantonné d’abord aux bordels, aux quartiers réservés, aux populaces. D’être impulsion vitale pour les circuits où s’écoulaient les marchandises populaires mais en même temps inspiration, partout – j’entends : Stravinsky, Ravel, Milhaud… Gershwin, même, dans un sens encore plus ambigu… Kurt Weill, encore – pour des compositeurs qui se réclamaient du Grand Sérieux. Et qui, à leur tour, s’en appropriaient parfois les découvertes en déclarant les transcender… Sun Ra, donc, propose le dépassement de cette crise perpétuelle. Le Futurisme dans sa musique, consiste finalement à la placer, à la projeter, à l’émaner directement à l’étape d’après. L’Espace, métaphore ou lieu vraiment envisagé pour la villégiature des peuples à venir – Sun Ra racontait après tout avoir été "transporté" sur Saturne vers le milieu des années trente, y avoir communiqué avec les habitants – est, dans sa cosmogonie, sa cosmologie, la dimension où peuvent se libérer toutes ces luttes, les tensions et aliénations qui les sous-tendent. La Planète Terre, si elle n’est qu’une province cosmique – et de même, à une autre échelle, l’Amérique, le New Jersey ou la ville de Chicago (ou celle de Birmingham, Alabama… j’y reviendrai ailleurs) – peut enfin se concilier. La richesse de ses cultures, pourtant, préservée – et bien plus haut que les valeurs boutiquières de l’opérette et des comptoirs. Sun Ra est – lui aussi, et dans une direction jusqu’alors inédite – un compositeur, un musicien, un artiste parfaitement sérieux. Sa force, ici, et sa subtilité, est de s’emparer des moyens du Spectacle autant que de ceux du supposé Grand Art – en les prenant tous aux mêmes niveau – pour les propulser vers des cieux, des horizons qui, le plus souvent, ne sont ailleurs que prétextes. Les solistes de l’Arkestra, disions-nous plus tôt, usent souvent des techniques d’un be bop dont le projet n’a pas besoin – qu’il réfute, même, pour sa tentative de table rase – les ramènent transformées, leur virtuosité mise au service d’une expressivité poussée au cran suivant. Sun Ra, lui, s’empare de même des architectures et pyrotechnies, de la puissance d’intoxication et de propulsion des bandes sons, pour porter sa musiques vers d’autres vastitudes, débarrassées des romances falotes et des péripéties qui, à la fin, ramènent toujours le voyageur au point intact de son départ… Théodore Adorno – qui par ailleurs abhorrait tout le jazz – posait comme trait discriminant de toute musique véritable – valable, sérieuse, encore une fois, élevée et non futile – sa capacité, dans l’émotion qu’elle suscite, à nous faire sentir ce qui est perdu. A nous dévoiler un instant – mais comme en creux, comme en ombre – ce bonheur à quoi l’obligation du monde nous arrache, à chaque seconde. Et ce faisant, à nous insuffler le courage – paradoxale ? – de tendre enfin vers cette félicité furtivement effleurée. La musique de Sun Ra est comme l’inverse, presque – l’identique symétrique, plutôt, pivotée sur l’axe central – de cette idée. La tension qu’elle influe vise un temps encore inconnu – pas un Eden échappé mais un Territoire infini, jusqu’alors hors de portée, vers quoi elle veut pointer nos sens, lancer nos consciences. Elle est l’entraperçue d’une ère qui nous attire à sa naissance, qui se donne pleinement dans ses volumes et mouvements. Une torsion de l’espace-temps où se résolvent enfin les nœuds des utopies qui, ailleurs, s’engoncent en systèmes.

note       Publiée le mardi 20 août 2013

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Klarinetthor › jeudi 22 août 2013 - 02:03  message privé !

Je décroche un peu à la fin du disque initial; du jazz pianistique qui ne me fait pas décoller. En revanche avant, comme sur the beginning, il se passe plus de choses

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Dioneo › mercredi 21 août 2013 - 15:22  message privé !  Dioneo est en ligne !
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(Rhô, p... Bon, ça devrait être bon cette fois).

Klarinetthor › mercredi 21 août 2013 - 14:32  message privé !

De rien... Ce sont meme LES sonS futuristiques de Sun Ra. A l'instar de ses mondes héliocentriques.

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Dioneo › mercredi 21 août 2013 - 04:16  message privé !  Dioneo est en ligne !
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(Oups... En effet, j'avais mal équilibré les voyelles cosmiques... Merci de me l'avoir signalé, c'est corrigé... Faudrait surtout que j'arrête de poster mes chros à des heures si tardives, peut-être bien !)

Klarinetthor › mercredi 21 août 2013 - 04:12  message privé !

Houla, tu as des visions saturniennes sur le titre de l'album. Pour le contenu, on verra demain, il n'est plus temps de discuter musique ni surtout de lire sur un affreux écran.

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