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Julian Priester › Love, Love

  • 1974 - Ecm, ECM 1044 ST (1 vinyle)
  • 2005 - Ecm, ECM 1044 987 1773 (1 cd)

1cd | 2 titres | 37:49 min

  • 1 Prologue/Love, Love [19:25]
  • 2 Images/Eternal Worlds/Epilogue [18:24]

enregistrement

Enregistré les 28 juin et 13 septembre 1973 au studio Different Fur Music, San Francisco, par John Vieira et Dane Butcher. Mixé par Pat Gleeson et Julian Priester. Produit par Julian Priester et Pat Gleeson.

line up

Hadley Caliman (flûte, saxophones soprano et ténor, clarinette basse), Leon "ngudu" Chancler (batterie sur 2), Pat Gleeson (synthétiseurs ARP 2600, ARP Odyssey, Moog III, séquenceur numérique Oberheim), Eric Gravatt (Kamau Eric Gravatt) (batterie et congas sur 1), Julian Priester (Pepe Mtoto) (trombones basse, ténor et alto, cor baryton, cor postal, flûte irlandaise, cloche, petite percussion, synthétiseur ARP2600, prototype d’ensemble à corde ARP), Bayete Umbra Zindiko (piano Fender Rhodes, piano acoustique, Clavinet D-6), Nyimbo Henry Franklin (basses acoustique et Fender sur 2), Mguanda David Johnson (flûte et saxophone soprano sur 2), Ron McLure (basse Fender sur 1), Bill Connors (guitare électrique sur 1)

chronique

"L’amour" ? … Il faut croire qu’on parle, ici, de cette disposition vitale et anormale, cet élan qui remet le monde dans le sens – enfin inattendu – où l’on voudrait le vivre. Ce lieu toujours poursuivi où agir, se mouvoir – faire – librement serait l’évidence, engendrerait des contours inédits et familiers, des proportions jamais soupçonnées auparavant : saisissantes sans doute, pas là pour rassurer mais pourtant apaisantes, presque, gorgées de couleur attirante. Cet état où le seul fait d’être un point minuscule – simple nœud de matière vivante, cosmique, contradictoire, organique – est déjà un motif de bonheur, une victoire sur le rien, sur le vide. Au moment d’enregistrer ce disque – le deuxième sous son propre nom… Quatorze ans après le premier – Julian Priester, tromboniste, joue depuis quinze ans. Avec… Tout le monde ? Peut-être. Avec de singuliers personnages, souvent. Avec Sun Ra, par exemple (sur Sun Song et Angels and Demons At Play, au moins). Avec Max Roach, aussi, sur le fameux We Insist ! notamment. Avec Abbey Lincoln, en compagnie d’à peu près la même équipe, entre autres, sur le moins connu mais au moins aussi puissant Straight Ahead, juste après… Avec bien d’autres, au gré des engagements, que l’histoire aura retenus – quand elle les aura retenu – comme de plus classiques artistes, de moindres novateurs mais souvent au moins d’éminents stylistes : Johnny Griffin (beaucoup), Clifford Jordan, Herbie Mann… Jamais avec Miles tiens. C’est pourtant dans un espace bien proche de celui-là – celui d’In A Silent Way, voire d’un Filles De Kilimanjaro qui aurait trouvé, déjà, les prises électriques – que s’éploient ces deux longues plages en formes ouvertes, en houles enveloppantes, en strates d’une joie teintée dans la masse des mêmes bleus profonds et nuancés qui ornent la pochette. Les trajectoires, ici – des instruments solistes ou bien en groupes, improvisations jetées là ou bien fragments manifestement écrits dans leurs convergences et contrastes, leurs unissons parfois prises à l’envers – ont ce goût d’imprévisible qui – loin de tourner à l’incohérence – attrape, captive, enchante l’oreille sans avoir besoin de la flatter, inventent dans l’instant une harmonie à l’usage propre à cet instant, à ce moment seulement où nous happe l’écoute. Le groove tourne sans fin – et c’est un pur, un irrésistible ravissement – autour parfois d’un axe à la drôle d’orbite. (La première plage, avec sa ligne de basse obsessionnelle et son bizarre battement… Croyez le ou non : ça s’appelle du 15/8). Les lignes, disais-je – mélodies et chants, gestes coulés et heurts propulsifs – s’accompagnent et se croisent, se percutent et s’écartent, se dessinent puis s’envolent, comme au delà des fréquences que l’on peut percevoir. Le rythme, en sa mesure invariable, s’enrichit d’ornements furtifs – roulements, déplacement d’accents – laisse pousser de passagers rebonds qui l’absolvent de toute morte mécanique. Les nappes se font tracés et les motifs – des cuivres, de la guitare… - deviennent texture, matière palpable, sensible en surfaces et volumes. Le moindre ralentissement – comme il en va des courses et pulsations sous les tissus – la moindre poussée, la moindre pointe, se ressentent – s’entendent et s’épousent – à la fraction de seconde, en ces boucles où l’on s’absorbe. Love, Love est l’une de ces pièces, sans doute assez rares, où se dissolvent – le temps durant de l’écoute – les questions d’écoles, de hiérarchies dans les lignées, dans la sommes sans cesse accumulée des œuvres. Sans doute, rien ne s’invente ici qui soit une Grande Forme nouvelle, un style même parfaitement inconnu. Mais rien n’y sonne tic, formule – telles harmonies, telles modulations, tel basculement nous sembleraient-ils immédiatement connu. Tout ce qu’y s’y joue se fait concordance propre, idée libérée, nécessité mise en branle à l’exacte place d’où elle devrait jaillir. "L’amour", dans cette définition, est vibration sympathique – comme on dit "cordes sympathiques" pour désigner, sur certains instruments parfois folkloriques, souvent orientaux, celles qui, sans qu’on les pince, se mettent à vibrer, en résonances d’harmoniques, lorsqu’on en attaque d’autres à certaines hauteurs. Love Love est peut-être – pour les anthologies – un miracle mineur. Il est de ces disques, pourtant, à quoi nous ramène – plus fréquemment qu'à d'autres, bien plus réputés – l’envie qui nous prend quand l'envie nous prend.

note       Publiée le samedi 3 août 2013

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aur › lundi 12 août 2013 - 22:05  message privé !

fort bel album, et chronique inspirée !

avec les deux premiers eddie henderson et les deux premiers henry franklin, un must du groov psyché à la mode Miles !

Dioneo › jeudi 8 août 2013 - 19:33  message privé !
avatar

@Bouclune : Eh eh, oui ! C'est vrai que sur beaucoup de disques de l'époque - dans cet espèce de jazz électrique ultra-groovant et en même temps d'aspect abstrait, presque, aux structures pas facilement saisissables (quand encore ça ne releve pas de la jam pure...) - ladite double cymbale articulée est souvent mise très (très) en avant dans le mix. A commencer par In A Silent Way de Miles, d'ailleurs (où Tony Williams fait franchment des merveilles de ce côté-ci du spectre ; et qui est pas mal le début de tout ça, faut dire). Sans doute aussi que c'était le truc le plus "carré", le plus régulier disons, le moins cassé par les bizarres syncopes, dans tout ce qui se jouait... Du coup c'était peut-être aussi simplement une manière de faire ressortir le "drive" de la chose, sans doute évident pour ceux qui jouaient, même souvent omniprésent mais... Possiblement brouillé par la poly, euh... Poly-à-peu-près-toutité des pièces, au début, pour l'oreille extérieure. Choix de prod' qui a certainement tourné au tic oui, mais à la base, je trouve, pas forcément idiot.

(Et tu t'en es donc finalement lassé de celui-là, au fait ? ... Perso je l'ai longtemps lâché mais les réécoutes des derniers... mois me l'ont fait aimer encore plus qu'avant, je crois).

Moonloop › jeudi 8 août 2013 - 10:36  message privé !

Tiens, c'est étonnant, je n'ai pas conservé ce disque, qui m'a donc quitté il y a peu, très peu... "Ils" étaient fascinés par le charlest à c't époque, même mixage que sur les disques de "tempérament" quasi similaire, c'est à dire de Eddie Enderson, Hancock etc... Par contre, c'est vrai, quel groove à la basse... Hypnotique, à en tomber dans la cérébralité de cette couleur bleue...

pampa › lundi 5 août 2013 - 12:46  message privé !

Et quelle pochette !

Note donnée au disque :