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Keith LeBlanc › Major Malfunction

1cd • 13 titres • 51:01 min

  • 1Get This2:43
  • 2Major Malfunction4:47
  • 3Heaven On Earth4:31
  • 4Object-Subject (Break Down’s Not Enough)5:13
  • 5I’ll Come Up With Something3:27
  • 6Move0:48
  • 7Technology Works Dub5:42
  • 8You Drummers Listen Good4:41
  • 9Ending1:00
  • Bonus Tracks
  • 10Einstein Mad Dub3:41
  • 11Mechanical Movement Dub4:55
  • 12Old Beat Master Mix11:03
  • 13Tick Of Time Instrumental3:30

extraits audio

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enregistrement

Enregistré en février 1986 aux Southern Studios, Londres, par Adrian Sherwood, Skip McDonald et Keith LeBlanc. Mixé par Adrian Sherwood. Masterisé aux studios Townhouse, Londres, par Kevin Metcalfe. Produite par Fatscomet.

line up

Keith LeBlanc (batterie, percussion, claviers, montage), Skip McDonald (guitare, claviers), Doug Wimbish (basse, claviers)

Musiciens additionnels : Nick Plytas (claviers), Dog (claviers), Bon Jo (African Headcharge) (percussion sur 6).

remarques

Les plages 10 à 13 sont des bonus de l’édition CD Select Cuts de 2003.
L’édition CD Cleopatra sortie la même année présente un ordre des titres différents, avec en unique bonus le titre Mad Years, et annonce de plus – contrairement à toutes les autres versions du disque – la présence aux claviers d’Al Jourgensen (du groupe Ministry).

chronique

Styles
dub
electro
indus
Styles personnels
technology works ?

Le 28 janvier 1986, la navette spatiale américaine Challenger explose au décollage – soixante-treize secondes après avoir quitté le sol – à la vitesse de trois mille deux cent kilomètres à l'heure, chargée d’un équipage de sept. C’est de cet événement - ce désastre, pour un Amérique qui paradait encore dans la course aux étoiles - que cet album – enregistré le mois d'après – tire son titre. Voilà qui pose l’ambiance. La catastrophe de Tchernobyl, au passage – survenue quatre vingt sept jours plus tard – aurait tout aussi bien fait l’affaire, question sale inspiration. L’idée est la même : la technologie dérape, s’emballe, se détruit en semant la mort dans le processus, à l’échelle de la machine concernée ; non pas par malveillance – les engins sont choses, sans âmes ni volontés ; mais justement parce qu’on leur a fait une confiance excessive, qu’on en a négligé la surveillance, qu’on a cru pouvoir leur conférer l’autonomie.

En fait de concept-album, Major Malfunction est un pur moment de travail acharné, de recherches incessantes, d’essais. Plus qu’un compendium : une vraie panique de sons robotiques, collages, montages, débordement de pièces métalliques lancées en grooves et percussion. Ces trois types là – LeBlanc, Wimbish, MacDonald ; soient Tackhead, dont ce disque est souvent tenu comme le premier album tant tout y est proche des suites qu’il y donneront – n’ont jamais cessé d’abattre de la besogne. De bouger, non plus. Partant de New York – ce sont eux qui jouaient, sous le nom de Sugarhill Gang, derrière Grandmaster Flash & the Furious Five, entre autres, sur The Message et autres hits au funk futuriste – la bande s’était relocalisée à Londres. Elle y avait trouvé le lieu fertile – dans cette ville pourtant flinguée par la récession, la glaciation de l’ère Thatcher – la communauté d’âmes agitées, jamais satisfaites, de musiciens, brailleurs d’idées, individus contondants. Dans le changeant collectif qui brassait les matières autours d’Adrian Sherwood et de son label On-U Sound. Rien que des dingues. Des mécontents. Des vivants gênés qui tabassaient pour se sortir du piège. Eux n’arrêteraient jamais – avec Tackhead, donc, avec les Strange Parcels puis Little Axe, plus tard, projets où la guitare et la voix de McDonald répandraient une autre flamme, bien plus blues ; avec tant d’autres, leurs noms à eux mis en avant ou non, déclarés ou petites mains – ne se reposeraient guère. Pas le temps – et pour quoi faire ? L’existence, elle, ne fait jamais de pause. Tout ce qui broie joies et peines, ce qui anesthésie, ce qui tue, ne va pas s’arrêter au seuil de vos hésitations, de nos atermoiements.

Major Malfunction est une continuelle déferlante mécanique, robotique. L’humain y lutte. S’y cogne, l’impitoyable raideur des programmations n’admettant aucune approximation. La frappe – même sèche, syncope clouée pour ne rien rendre aux beats en silice – crée le déhanché, ironique affirmation dans cette gangue d’acier huilé, fumé. Les voix mêmes, ici, ne sont qu’information triturée, données injectées pour contaminer la routine informatique… Des samples, tout simplement, exclusivement. Qui annoncent la catastrophe, la nie dans des superpositions qui font révélation grinçante – cette garce de Margaret, donc, semble-t-il ; ou bien un ponte de la NASA qui clame que "la technologie fonctionne" ; cf. l’évènement cité en ouverture pour l’absolue fiabilité d’une telle affirmation. Ce disque est dub, oui. Mais dub violent. Ici défait de toute chaloupe reggae. Dub pour machines-outils détournées de leur usage normal, poussées à bout de ressource – pour leur rendre les coups et créer du vivant résistant, persistant. Les effets – comme toujours dans le genre – déforment, approfondissent, escamotent et pointent le détail inconscient. Ici, surchauffent les taules et circuits, les surchargent pour parer au gel, revendiquent l’anomalie ajoutée, la bosse dans la lisse carcasse, l’anfractuosité, voire, par où jaillissent les fumerolles en jet, quand l’un ou l’autre composant en vient à cramer. Un morceau comme Old Beat Master Mix – ajouté en bonus – montre bien le processus, la logique de ces musiciens là (avec un LeBlanc assez sidérant de puissance et d’exactitude, d’inventivité, soit dit en passant). L’incessant jaillissement de pistes – d’idées, encore une fois – qu’ailleurs ils soudent, fondent, opposent et juxtaposent. Logique industrielle tournée contre la standardisation des chaines de montage, sabotage perpétré avec les moyens de l’usine à faire sauter. Tactiques et stratégie d’encerclement du terrain vague, de la friche, de l’atelier.

Ne traîne pas dans le coin, ô contremaître. Ici, les métallos manient la masse en visant tes tempes. Ils ont vu passer la comète embrasée ; ils ont su dans l’instant qu’elle était le signe sinistre de ta course aux conquêtes, aux annexions, aux marques déposées sur la face des astres même. Des cambouis qu’ils vomissent – où tu te dissoudrais – ils ont appris comment on s’irrigue.

note       Publiée le mardi 9 juillet 2013

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Hum, oui, merci... Je viens de l'ajouter, m'étant rendu compte en même temps que j'avais omis le titre en recopiant la tracklist. Distraction. (D'autant que je l'ai foutu en écoute, ça faisait tache, encore plus, l'oubli...).

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Damodafoca Envoyez un message privé àDamodafoca

Sur le LP il y a également un morceau intitulé Technology works dub.

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Cimer, Talie...

Je suis loin de connaître tout ce qu'a fait le monsieur, ceci-dit. Idem pour ses deux camarades - sachant qu'ils y sont souvent tous ensemble, et parfois avec foule d'autres gens. En fait... Ça me paraît assez inhumain, comme tâche, de répertorier tous ceux sur quoi ils jouent, ceux-là.

(C'est des dingues !)

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taliesin Envoyez un message privé àtaliesin

Bravo Dio, belle présentation ! Plaisir de voir le père Leblanc chroniqué en ces pages... Un très bon album, même si pour ma part je préfère encore celui qui suit, c'est-à-dire 'Stranger than fiction'.

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