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Spain › The Blue Moods Of Spain

cd • 9 titres • 61:21 min

  • 1It's So True
  • 2Ten Nights
  • 3Dreaming Of Love
  • 4Untitled #1
  • 5Her Used-To-Been
  • 6Ray Of Light
  • 7World Of Blue
  • 8I Lied
  • 9Spiritual

enregistrement

Brilliant Studios. Février 1995.

line up

Josh Haden (chant, basse), Ken Boudakian (guitare, orgue), Merlo Podlewski (guitare), Evan Hartzell (batterie)

Musiciens additionnels : Petra Haden (violon, chant), Tanya Haden (violoncelle), Larry Cady (trompette)

remarques

chronique

Styles
blues
ovni inclassable
pop
Styles personnels
slowcore

Essayer de savoir si la musique de Spain est une épure rétro aux portes du sublime ou une succession de roucoulades neurasthéniques ennuyeuses à mourir, serait aussi masochiste que de se demander si Soulages peint le noir ou met en évidence le blanc. Spain, sous ses airs sages de coussin d'ornement rembourré avec les plumes douillettes de la nostalgie, est peut-être encore plus lévitation que Lazer Guided Melodies de Spiritualized, leur influence revendiquée. Comme Tindersticks ou Morphine, et plus encore qu'eux, Spain n'a selon toute vraisemblance aucune considération pour la génération indie qui les entoure, méprisant ouvertement la crasse de riffs alors en vogue et la nostalgie du punk, pour se réfugier au plus profond de ces saveurs jazz nocturne qu'on dit surannées... A l'image de ces quatre musiciens vêtus de costards propres, bien coiffés et lookés façon années 50, à l'image de cette pochette aux saveurs Blue Note. Peu concernés par la colère, l'amertume, encore moins par toute idée d'être sombre ou expérimental, ces bellâtres tranquilles de l'ère post-grunge offrent à leur façon une musique aussi extrême que bien des groupes doom. Extrême comme le choix primordial de la bonne teinte de cravate. Oui, Spain jouent la carte de la tenue de soirée sans faux pli. Et comme dirait l'ami Bob dans Tenue de Soirée justement, à propos des positions sexuelles : "rien ne vaut la valse lente". Une valse langoureuse, traversée par les émanations spectrales d'un passé savouré avec complaisance. Jusqu'à l'onanisme. Les paroles sont pure esthétique minimaliste, allant jusqu'à atteindre le monochrome presqu'absolu ("bleu comme le ciel... bleu comme les yeux... bleu comme la mer..."). La basse, toute première respiration de l'album, fait de rondouillards "tougoudoum tougoudoum". La batterie égrène ses "poum-poum tchick tsss". La guitare fait "dwoing dwoing grwing" de bien jolie façon... Chaque instrument à égale mesure, respirant dans un confort si ample qu'on a l'impression que Spain testent leur matos hors-de-prix devant leurs fiancées... Seulement ils sont tous seuls, dans un studio enténébré, accompagnés par la combustion des cigarettes délaissées. "S'agirait pas d'être déconcentré par une érection"... "on risquerait de salir notre musique"... Plus ce quatuor qui pense et contrôle chaque souffle avance, plus l'auditeur - s'il n'a pas encore sombré avec Morphée - sent ce poids maniaco-dépressif, cette insistance aussi méticuleuse et tirée à quatre épingles qu'un bureaucrate du FBI dans un néo-polar, d'une musique étirée et contemplée au fur et à mesure de sa création... jusqu'à la frontière dramatique tombant comme un rideau de théâtre : le violon/violoncelle de "Worlds Of Blue". Sentir pleinement la teneur anesthésiante de cette musique aux airs de léchouille paresseuse sur matériel bien entretenu ? Je l'avoue, il m'arrive encore d'hésiter. The Blue Moods of Spain ne mérite décidément aucune dithyrambe, aucun bravo. Et certainement pas de chronique racoleuse. Ne retenez pas ce nom... n'écoutez pas cet album...

note       Publiée le dimanche 23 juin 2013

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Dioneo › vendredi 9 février 2018 - 17:32  message privé !
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Bon (cinq ans plus tard...), réécouté ça tout à l'heure - ce qui n'avait pas dû m'arriver depuis l'époque où c'est sorti ou peu s'en faut. Eh bien la chronique met foutrement le doigt dessus, je dirais. À la fois magnifique, impeccable, même "sensible" d'un point de vue musical ou en tout cas musicien ; et complètement détaché de tout "objet concret de romance" imaginable. L'équivalent folk-indy-jazzy de Chris Isaac ? Voire de Chet Baker ? (Franchement... Vous imaginez Chet Baker en train de baiser avec qui/quoi que ce soit, vous ? Moi je sais pas... Y'a un truc qui "matche" pas (tabarnak)). Une sorte de "romantisme vidé d'affect", en quelques sorte. Et sans l'odeur - serait-elle "fatiguée" - de certains autres, oui, qu'on pourrait trouver voisins (Morphine évidemment, en effet, Tindersticks, Smog, aussi... la fatigue, ça rend ces trucs vivants, l'usure). Et... Ben curieusement j'aime toujours assez. (Ce serait ça, ou une bonne définition de, "l'ataraxie" ?).

Dioneo › dimanche 23 juin 2013 - 12:43  message privé !
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J'en ai plutôt un bon souvenir, tiens, de ce disque... Mais curieusement, les critiques et le public - à l'époque - semblent avoir suivi ton conseil : "Ne retenez pas ce nom... n'écoutez pas cet album...". Vrai qu'ils étaient un poil trop détachés, sans doute, pour marquer les mémoires, la bande au fils de Charlie (qui avait embauché ses sœurs, donc, j'avais zappé ça, sur le coup).

Seijitsu › dimanche 23 juin 2013 - 12:35  message privé !

La référence à Spiritualized fait envie.