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Hubert-Félix Thiéfaine › Alambic / Sortie-Sud

cd • 7 titres • 32:21 min

  • 1Stalag-tilt
  • 2Whiskeuses images again
  • 3Nyctalopus Airlines
  • 4Femme de Loth
  • 5Buenas noches Jo
  • 6Un vendredi 13 à 5.H
  • 7Chambre 2023 (& Des Poussières)

enregistrement

Studio Acousti, Paris, 1984.

line up

Patrick Bourgoin (saxophone), Alain Gouillard (batterie), Dominique Mahut (percussions), Claude Mairet (guitare, basse), Hubert-félix Thiéfaine (chant), Thierry Tamain (claviers)

Musiciens additionnels : Carole Fredericks, Jacques Mercier, Jamice Jamison, Marie Ruggeri, Olivier Constantin, Yvonne Jones (choœurs)

remarques

Alambic/Sortie-Sud est usuellement crédité "Thiéfaine/Mairet", cosigné par son humble auteur.

chronique

Le Thiéfaine Cold, Volume III. Le Thiéfaine de Nuit. Le Thiéfaine d'après l'accident de moto, incrusté d'acier froid. Celui de l'équilibre parfaitement imparfait, à la biomécanique rutilante comme une pétrolette sur le fil des errances insomniaques. Un petit paquet de clopes parfumées aux cauchemars, à fumer dans les rames de métro, aux bord des fenêtres, dans les bagnoles, bref partout où la nuit est Nuit. Je connais un peu l'insomnie, c'est jamais drôle, mais en compagnie de Thiéfaine, c'est une drôle de danse. À l'image de sa pochette qui est aussi ma préférée (elle me fascine, j'ai envie d'aller dedans, y a des pochettes comme ça, on a envie d'y être téléporté), ce disque est le plus envoûtant et sans doute le plus sombre du jurassien. Grâce à sa production d'abord, Thiéfaine abandonnant cette fois-ci totalement la partie musique à Mairet, et ses délires sauce folk-prog, pour se concentrer sur les mots. Ancré dans les sonorités très post-punk voire cold wave ("Buenas Noches, Jo") avec de légères touches de synth pop, cet album est bien de son temps, c'est sûr, et Claude Mairet, en bon artisan d'équinoxes, a su doser la teneur de sa new wave en glucose, pour ne jamais sombrer dans la grossièreté. Pour l'instant du moins. Le mariage de chaud et de froid va comme un gant de chirurgien à Thiéfaine, mieux que les productions sèches des albums antérieurs. Ce son l'enveloppe d'un halo vert menthe-à-l'eau. Il lui donne des airs de maraudeur loubard et rêveur. Ah, et les textes, inévitablement... ayant toujours préféré le surréalisme contrôlé dopé aux jeux de mots ludiques servi par les paroliers Bergman et Fauque à celui-qu'on-nomme-trop-à-la-légère-depuis-qu'il-est-mort, aux conjugaisons parfois sauvages comme herbes folles de Hubert-Félix, capable de mariages et mixtures lyriques pour le moins bancales (mais toujours osées - et goûteuses - et souvent bien plus déstabilisantes que les plus sombres errances de celui-qui-crève-les-oreillers) je dois quand même l'avouer : ce mec aurait été comme un coq en pâte al dente s'il avait été anglais... copain possible de Pere Ubu et Wire, dans mes fantasmes. Mais du coup, ça nous aurait privé d'un énergumène à la mystique unique (et puis en France des chanteurs singuliers et pas arrondisseur d'angles, dans cette décennie dominée par des laquais niaiseux comme Goldman, il en fallait, désolé si j'oppose aussi grossièrement mais les progénitures vocales du pays ont jamais été spécialement à la hauteur des armes nombreuses proposées par son vaste langage, et Hubert-Félix, fasciné petit par le vieux dragon Ferré, a pioché dans cette armurerie comme un gamin gaga. Il a pris les armes, blanches et à feu, et a pu créer ses flammes-blanches perso et leur fumée a été captée par des petits indiens tel mézigue). Un album aux ambiances de bar à néons et de dragues troubles aux heures les plus reculées, dans des rues barbares d'une époque incertaine à la lisière de la science-fiction. Tout ça me fait flirter avec le six sur six, ne serait-ce que l'énergie cinétique grisante des toutes premières minutes... "Stalag-Tilt". Raaah, "Stalag-Tilt"... 5,999999 ! oh petites salopes de décimales... qu'est-ce que j'ai pu l'écouter en boucle celle-là, qu'est-ce que j'ai pu m'imaginer au volant d'une cadillac borgne lançée de nuit sur le périph' avec une professionnelle du sexe dépenaillée sur la banquette arrière et de la chartreuse glacée à foiz' dans la boîte à gants, à son écoute... orgasmystique, pour le moins... Oui bien sûr, ce sont là des images bien subjectives... mais ça ne sera jamais aussi subjectif que du Thiéfaine. Expliquer l'univers de Thiéfaine aux non-initiés, c'est comme expliquer l'univers graphique de Bilal à un mec qui ne connaîtrait que Tintin ; ça s'explique pas vraiment ; ça se déguste. Sirotes-y, fumes-y. Et coupe d'abord les ongles de ton cerveau si tu veux y mettre les doigts.

note       Publiée le mardi 18 juin 2013

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M-Atom › mercredi 7 juillet 2021 - 15:31 Envoyez un message privé àM-Atom

cet album est un bloc froid et désespéré qui me touche en plein cœur comme aucun autres ...un totem qui m'accompagne depuis plusieurs décennies. je suis d'ailleurs étonné de voir que je n'avais pas pris le temps de laisser un commentaire et mettre une note. si je devais me séparer de tous mes disques et n'en garder qu'un c'est celui ci que je garderais sans aucune hésitation !

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zugal21 › jeudi 11 juin 2020 - 15:39 Envoyez un message privé àzugal21

Oui , je la connais . Excellent ! ! !

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Raven › jeudi 11 juin 2020 - 15:37 Envoyez un message privé àRaven
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"Pulque" prend tout son sens dans la version live de 95 (Paris-Zénith). Borracho !

zugal21 › jeudi 11 juin 2020 - 15:26 Envoyez un message privé àzugal21

Meteo für Nada j'aime bien. pour moi le dernier bon avant un moment. Sur Eros, je retiens Pulque , mezcal y tequila.

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nicola › jeudi 11 juin 2020 - 15:25 Envoyez un message privé ànicola

Je ne suis pas d’accord.
Chroniques bluesymentales et Défloration 13 font partie de mes bonnes surprises de sa discographie. Il y a quelques morceaux bof, c’est clair, mais comparés à Meteo Für Nada et Eros Über Alles où il y a quelques rares bons morceaux, ça change.

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