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The The › Soul Mining

cd • 7 titres • 41:42 min

  • 1I've Been Waitin' For Tomorrow (All Of My Life)
  • 2This Is The Day
  • 3The Sinking Feeling
  • 4Uncertain Smile
  • 5The Twilight Hour
  • 6Soul Mining
  • 7Giant

enregistrement

MediaSound/Advision and SARM Studios, Londres, 1983

line up

Matt Johnson (uk) (chant, synthétiseur, violon, percussions...)

Musiciens additionnels : Harry Beckett (trompette), Andy Duncan (batterie), Paul Hardiman (chant), Zeke Manyika (batterie), Martin Mccarrick (violoncelle), Anne Stephenson (violon), J. G. Thirlwell (as Frank Want (baguettes)), Paul Boyle (violon), Camelle G. Hinds (basse), Jools Holland (piano), Keith Laws (melodica), Thomas Leer (synthétiseurs), Jeremy Meek (basse), Steve James Sherlock (flûte, saxophone), Wix (aka Paul Wickens) (accordéeon)

remarques

La seconde pochette est celle de l'édition originale américaine.

chronique

Ce n'est un secret pour personne, les anglais sont les maîtres incontestés en matière de pop, à tel point que les journalistes en ont souvent fait un peu trop à leur sujet... mais si on aime cracher sur la presse spécialisée pour ne pas avoir idolâtré à temps certaines merveilles, on aime moins reconnaître qu'il lui est aussi arrivé d'avoir le nez creux et de ne pas être forcément suivie dans son bon goût par la masse. Matt Johnson est l'exemple cruel : décrit par ses contemporains scribouillards comme un génie ou pas loin, à l'instar de Harry Nilsson avant lui, et délaissé par le public, y voyant peut être un artiste réservé à une certaine élite intellectuelle de l'indie. Hors n'importe qui peut accrocher au jeune The The à l'oeuvre sur Soul Mining, en un demi-claquement de doigts - alors même que cet album est un véritable grower, taillé pour traverser une vie et faisant souffler des bulles de chewing-gum à votre moral, avant de venir appuyer vicieusement sur ses plaies. Il faut dire que c'est une pop certes intime-intimiste, mais aux mélodies on ne peut plus accrocheuses et limpides, façonnées par un des plus grands maniaques du détail que le genre aie jamais connu. Il n'y a que sept titres sur Soul Mining ("Exploitation Minière de l'Âme"... tout un programme). C'est peu. Mais aucun n'est ne serait-ce que moyen - ma préférence perso allant à "The Twilight Hour", et ses paroles brillantes à travers lesquelles l'empathie se confond avec la plus froide cruauté. Précise comme un scalpel. Pour l'essentiel, ce disque, c'est du Matt Johnson déjà mûr et dur : une affaire de profonde introspection, à l'horizontale, et de rythmiques verticales, abruptes comme des pylônes, à sonner comme du béton à côté de la synth pop évanescente et cosmétique de l'époque. Johnson regarde le plafond quand il concocte ses chansons. Il pense très fort, et au micro c'est un vrai possédé (suis-je d'ailleurs le seul à me demander si Nick Cave lui piquera ses effets de diction, ou simple hasard ?) qui nous parle pas à deux centimètres du visage, mais directement dans le cerveau. Les murs autour de lui dans sa chambre - dans notre chambre - et les engins de chantier s'affairant dans la rue en dehors, sont comme les ressorts mécaniques de cette new wave cérébrale aux mots simples mais sélectionnés comme des balles de 9mm. Hallucinée. Niveau casting, on notera qu'avant de travailler avec des gens inévitables aux soirées cocktails comme Neneh Cherry, Johnson a fait main basse sur un certain Jim Thirwell, encore jeune psychopathe et ouvrier de second plan ici (il a un peu le même rôle que Jean Reno dans Subway, si vous préférez... tchik tchik tap tchik). The The est déjà pleinement formé, moins consensuel de la production que sur Infected, le son étant ici une perfection absolue pour l'époque ("This Is The Day" arrive même à me rendre sympathique l'accordéon ; et je vous mets au défi de trouver un seul morceau qui sonne kitsch dans le reste de l'album - même le Ministry de Land of Rape & Honey sonne plus daté !), axé sur ces rythmiques reines démarrant sur les échos de guerre SF de "I've Been Waitin' For Tomorrow" et s'achevant sur un "Giant" au gimmick electro funk et au final percussif quasiment tribal rappelant (en plus accessible tout de même) qu'un Peter Hammill expérimente au même instant ce type de fusion sur son album Loops and Reels. Un son lumineux comme la vérité, habillant un des albums les plus vivifiants et indispensables de ma discothèque bordélique. La fine fleur de la pop 80's, humaine, tranchante, rafraîchissante et nécessaire comme une bonne séance de psychothérapie de groupe avec soi-même... Cet album c'est aussi les années 80 de l'autre côté de celles qu'on voit aujourd'hui dans ces émissions de clips cheap qui font main basse sur la nostalgie la plus contre-productive (pléonasme?), qui seraient racontées par un type aux airs d'expert en communication/gourou ultra-charismatique et manipulateur, branché comme un télévangéliste halluciné sur les ondes ramollies de la conscience de tout trentenaire masculin de la classe moyenne... j'imagine, hélas, que ça ne s'adresse pas à grand monde ici (mouahahah).

note       Publiée le mardi 18 juin 2013

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zugal21 › samedi 28 janvier 2017 - 19:11  message privé !

" New Wave " . Ah bon ? ? ? . Excellent au demeurant. Et pas du tout " New Wave ", vu d'ici, hein.

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(N°6) › samedi 26 mars 2016 - 22:38  message privé !
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My mind has been polluted, my energy diluted. Tu l'as dit bouffi.

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Raven › samedi 26 mars 2016 - 22:30  message privé !
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Tiens, lui aussi il avait flashé sur le xénomorphe de Gruyère ; j'aurais pas parié.

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Aladdin_Sane › mercredi 26 novembre 2014 - 10:15  message privé !

Bon sang ! Le solo de piano de Jools Holland sur "Uncertain Smile", une certain idée de la classe.

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22goingon23 › lundi 1 juillet 2013 - 23:54  message privé !

Matt Johnson est ici bel héritier de John Cale esthète du décallage et de la césure : mettre la mélodie au service, aux pas du pathos et de l'ego. Melodiaphobia.

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