Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesSThe Sound › Jeopardy

The Sound › Jeopardy

  • 1980 - Korova, KODE 2 (1 vinyle)
  • 2012 - 1972, if52 (1 cd)

cd | 11 titres | 38:26 min

  • 1 I Can't Escape Myself
  • 2 Heartland
  • 3 Hour Of Need
  • 4 Words Fail Me
  • 5 Missiles
  • 6 Heyday
  • 7 Jeopardy
  • 8 Night Versus Day
  • 9 Resistance
  • 10 Unwritten Law
  • 11 Desire

enregistrement

Elephant Studio, Londres, 1980.

line up

Adrian Borland (chant, guitare), Graham Bailey (basse), Bi Marshall (claviers), Michael Dudley (batterie)

remarques

Jeopardy était devenu quasiment introuvable jusqu'à récemment, n'ayant pas été réédité entre 2001 et 2012, période pendant laquelle sa popularité chez la dernière génération d'amateurs de post punk n'a fait que croître.

chronique

Contre toute attente, la division de la joie a mené à la multiplication du cafard. J'ai jamais rien pigé aux mathématiques, ceci dit... mais je sais additionner. Des lignes de basses qui vous avalent la bonne humeur. Des guitares de cuir et de cuivre, travaillées au corps, lançant leurs riffs crépitants et gémissants, attaquant sous la ceinture. Des refrains comme du Elvis Costello trempé dans l'azote liquide, éclatant comme les jurons un peu hystériques d'une mal baisée chronique. Peu adroits. Des récits de solitude savourée comme brandy, d'angoisse quotidienne, de militantisme abattu, ceux de cet aimable garçon un peu trouble : Adrian, le bipolaire, l'anonyme, le maudit. Ce type c'est un peu moi, en plus réussi, donc quand même à moitié raté, vous savez ces mecs dont on dit "il aurait pu être quelqu'un" ; sauf que des fois, ben ça vaut mieux d'être personne pour eux. De rester sous cape. Sa voix au repos à l'Adrian, elle est livide, cintrée, elle a le malaise fiché comme un vieux néon dans la gorge... et des rictus de salaud anonyme. Puis quand elle se dresse : elle est androgyne, elle se colle au plafond, aussi chaleureuse que l'amiante. Adrian ne méritait pas tellement qu'on le compare avec Curtis, trop facile. Oh, lui aussi a balancé - volontairement ou pas - des hits pour refaire le parquet ciré de la salle de bal à s'en écorcher les talons, même en compagnie de midinettes. Et il les a entrecoupés de moments de stupeur nocturne (l'éternelle "Hour Of Need", ou "Desire") aussi inattendus que glaçants, du genre qui vous plaquent direct au coin le plus morne du mur de cette pièce de bal, qui est devenue soudain aussi vide que le regard de cette nana du lycée que je convoitais comme un fruit un peu sale et dont j'ai oublié le nom mais pas le strabisme aussi prononcé que ses formes... mince, voilà je m'écarte encore... ces moments de stupeur, oui, furtifs, mais dangereux comme le doute, qui hantent longuement leur hôte, voué à rester prostré sur la touche repeat jusqu'à en avoir extrait tout le suc... seulement on extrait jamais complètement le suc de ces petites horreurs-là, même en ayant la faim d'un drogué de la solitude agoraphobe et misanthrope la plus sérieusement adolescente, ayant expérimenté la compagnie de Seventeen Seconds et Faith durant d'interminables nuits avec lui-même. Alors on analyse un culte trop tardif, et on atteint l'os du problème, le malaise, pour revenir au protagoniste central : Adrian. Et son Son : une texture connue des amateurs, aux détails qui font toute la différence, évoluant sur les paysages laissés vacants par les dinosaures germaniques des années soixante-dix (ceux portant des noms à trois lettres et travaillant eux aussi la pulsation nocturne, 'voyez ?). Pas de reverb exagérée ici cependant, mais des échos omniprésents, comme des ombres malveillantes, même dans les moments les plus sautillants... Contaminé, de partout. Ce Son oscille comme une menace incertaine. Un peu nauséeux. Il flirte avec les larsens, explose en soli étincelants, se teinte de synthétique, voire de cuivres festifs, portés comme un trait de khôl discrètement voyou sous l’œil. Façon Alex DeLarge. "Korova", n'était-ce pas le nom du label d'origine, après tout ? La nuit de Jeopardy est une nuit laiteuse. Et dans cette longue nuit post punk, Jeopardy est la silhouette qui rampe sous la Lune, sillonnant les jardins des quartiers résidentiels éclairés aux lampions mornes. Celle qu'on n'a pas vu tout de suite, qui transbahute avec elle le parfum du drame, et qui rôde dans ces villages éteints comme un cambrioleur un peu violeur. Jeunes filles sages, laissez vos fenêtres entrouvertes... Adrian est de sortie ce soir, et son couteau scintille dans le noir.

note       Publiée le lundi 17 juin 2013

partagez 'Jeopardy' sur les rseaux sociaux

ajoutez des tags sur : "Jeopardy"

Vous devez être membre pour ajouter un tag sur "Jeopardy".

ajoutez une note sur : "Jeopardy"

Note moyenne :        16 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Jeopardy".

ajoutez un commentaire sur : "Jeopardy"

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Jeopardy".

allobroge › jeudi 12 juin 2014 - 00:58  message privé !

Le coffret 4CD est un cadeau du ciel pour les live et les BBC sessions ( car le Sound excellait en concert ) : C'est frissons garanties pour tous ici! J'ai, moi aussi, le magnifiquement designé par Vaughan Oliver double live vinyle "In the hot house", un trésor!

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › mardi 22 avril 2014 - 12:06  message privé !

Un coffret 4CD avec les 3 premiers albums, et les BBC sessions et du live vient de sortir pour pas cher

novy_9 › samedi 1 février 2014 - 16:59  message privé !

sur le live un morceau qui me touche particulièrement c'est "Total Recall" enfiévré oui :)

Note donnée au disque :       
mangetout › samedi 1 février 2014 - 15:12  message privé !

Le double live "In the hothouse" est une merveille effectivement, on trouve beaucoup de morceaux des premiers albums dans des versions enfiévrées, défendus bec et ongle sur scène et je garde religieusement mon édition originale achetée en 1986.

novy_9 › samedi 1 février 2014 - 13:39  message privé !

j'avais oublié ce label qui a tout réédité dans les années 90, ils sont généralement très cher d'ailleur désormais.

Note donnée au disque :