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My Bloody Valentine › Glider

cd • 4 titres • 00:00 min

  • 1Soon
  • 2Glider
  • 3Don't Ask Why
  • 4Off Your Face

maxi vinyle • 2 titres • 00:00 min • "glider ep remixes"

  • 1Soon (The Andrew Weatherall Mix)
  • 2Glider (Full Length Version)

extraits vidéo

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line up

Bilinda Butcher (voix, guitare), Debbie Googe (basse), Colm Ó Cíosóig (batterie, sampler), Kevin Shields (guitare, voix, sampler)

Musiciens additionnels : Andrew Weatherall (remix)

remarques

La version non-remixée de Soon figure également sur l’album Loveless, que ce single annonce avec près d’un an d’avance. Les autres titres sont inédits, le remix de Weatherall n’ayant jamais été publié sur un cd de My Bloody Valentine à ce jour – seulement sur le maxi à pochette blanche destiné aux clubs.

chronique

1990. Le futur n’est pas encore un grand champ de décombres post-descente, c’est même tout le contraire : un gros maelström clignotant et multicolore, à l’image des pilules alors ingérées par toute l’Angleterre, où la fête bat son plein. Surtout au Nord. Les Irlandais étant à 1h30 d’avion de Madchester, il y a comme des vapeurs acides, émanant de la cité industrielle, qui arrivent jusqu’à Dublin. Kevin Shields étant à l’époque totalement à fond dans le son, dans les innovations technologiques en studio et dans les couches d’effets, il est naturel que le phénomène house qui déferle sur l’Angleterre l’intéresse. La pochette, pour la première fois colorée et hédoniste dans l’univers du groupe, n’est pas un clin d’œil à une lame de fond regardée depuis son mutisme de shoegaze-boy. Soon, qui est bien le véritable single ici, vise les pistes de danse, qui sont comme on le sait en train de vivre une historique transition, envahies par des indie kids jusqu’ici habitués à méditer sur les roucoulades de Morrissey. On les imagine arriver maladroitement, les yeux rivés sur leur pompes, ondulant mollement dans une gestuelle typiquement goth sans le savoir (shoegazer en dansant, les goths appellent ça la danse du "je cherche mes clés", non sans une indispensable autodérision). Le chroniqueur lui, n’a pas ce luxe. Car, non, ici il n’y a pas à tortiller du cul : Soon est un de ces OVNI miraculeusement efficaces qui en deviennent coup de maître, et donne l’irrésistible envie de se lever, tête dans les nuages, pieds sur la piste… Il fallait oser plaquer ce breakbeat invariable durant toute la durée de la "chanson", sans timorer le moins du monde ce
niagara sonore qu’est le son MBV. D’ailleurs, quand sort ce maxi, il n’a jamais été aussi dense. Ce qui a le plus traumatisé les pistes de danse à l’époque (car ce titre a bel et bien tourné et tourne encore sur les platines des DJ qui font leur boulot), c’est que Shields le control-freak laisse Andrew Weatherall, enfant de Manchester encore inconnu au bataillon – il n’avait pas encore "madchesterisé" Primal Scream – déconstruire encore plus Soon, histoire de le rapprocher encore un cran de cette house music qui semble venir de ce futur, que tous voient sexuel et fusionnel. A l’époque, entendre un titre de My Bloody Valentine, le groupe de geeks en anorak ultime, commencer par un sample festif "Here we go !", ça avait quelque chose de, hem, surprenant. Aujourd’hui, en dépit du statut légendaire (car dur à trouver ?) de ce remix, franchement… On ne lui trouve qu’une intro super efficace et un breakbeat très élastique. Pour le coup, Weatherall, avec tout son talent, ne pouvait tout simplement pas faire mieux, voire aussi bien, que l’original, qui avait déjà le beat le plus groovy qui soit (on dirait du Chemical Brothers, juste 5 ans avant), les basses les plus profondes qui soient, et l’ambiance la plus extra-terrestre qui soit. C’était peut-être plus dansant à l’époque, mais les gouts ayant évolué, aujourd’hui l’original emporte plus que jamais tout sur son passage, et le petit cachet "hacienda" qui a forcément vieilli, en prime. En face B, on retrouve deux titres de My Bloody Valentine "classique", avec guitares sèches comprimées par les lourdes déferlantes shoegaze trafiquées en studio, roulements de batterie qui sonnent ultra-synthétique et ces voix délavées sublimes, uniques. Don’t Ask Why est même une superbe ballade sexuellement chargée, flottant dans des sons passés à l’envers, impressionnistes. Deux morceaux d’éternité de plus, c’est toujours ça, d’autant que le groupe a encore progressé et que ces titres auraient pu figurer sur Isn’t Anything sans rougir… Pour finir, il y a le morceau titre, visiblement un piège fomenté par ce filou de Shields pour étouffer l’affaire "Soon", puisqu’il ne s’agit que d’une longue expérimentation, pure création studio qui rendra fous de jalousie la moitié de l’écurie Warp. A l’heure ou sort un nouvel album, enregistré en 15 ans et jugé en 15 secondes par l’hipsterocratie, je me plonge pour ma part dans les mers sans fond de cette double compilation d’EP, sortie récemment.

note       Publiée le mercredi 12 juin 2013

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Jean Rhume › lundi 17 juin 2013 - 19:38  message privé !

Archi d'accord avec tout évidemment. Le disque mis de côté, celui qu'on va déterrer au moment où on ne s'y attendait pas (on jubile presque de l'avoir gardé, on se demande même pourquoi, mystère) le truc mis en réserve, qui ne correspond pas à l'instant, qu'on reporte parce qu'on est pas dans le trip, etc... Ou justement le contraire, l'album qui correspond pile au moment où tu l'écoutes. Ca devient un chef d'oeuvre même si c'est une merde :) Mais il serait illusoire de penser qu'on va trouver LE bon moment pour l'écouter et la bonne appréciation. D'un côté, ça marche ou ça marche pas, indépendamment de la qualité intrinsèque du bidule et de l'autre, des écoutes plus posées, plus réfléchies qui ne donneront pas forcément le même verdict.

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(N°6) › lundi 17 juin 2013 - 19:12  message privé !
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Je ne disais pas ça spécialement pour toi, pas de procès d'intention spécifique. Après, je sais que je peu trouvez un truc décevant, ou passer carrément à côté (exemple : Doppelgänger de Curve), et puis y revenir six mois, un an plus tard, autre état d'esprit, autre moment, autre contexte, et d'un coup ça s'entend autrement. Ou le contraire (mais plus rarement en terme de grand enthousiasme envolé, plus en terme de réévaluation plus à froid et plus objective). mbv je me l'écoute ce week-end d'ailleurs. Et je donnerais pas mon avis. Sauf si je trouve ça génial.;) Je crois pas non plus qu'il faille en faire dix caisses parce que c'est MBV et que c'est le successeur de Loveless, mais tu sais comment les albums sont jugés en deux secondes et jetés de côté de nos jours. Culture du goinfrage et tout. Je plaide coupable aussi parfois, mais je fait amende honorable ensuite en général.

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Jean Rhume › lundi 17 juin 2013 - 19:06  message privé !

En plus d'être long et laborieux, mon comm n'est pas clair, bravo Jean-Claude.
J'espère donc qu'il est évident que je ne glorifie pas l'écoute à la va-vite, bien au contraire puisque je sais que les meilleurs albums sont rarement ceux qui te sautent à la tronche aux premières écoutes. Par contre, connaissant le groupe, je peux dire qu'il est décevant, MAIS parce que j'aime le groupe, je vais le réécouter. Ce que je ne ferai pas forcément pour un truc inconnu au bataillon. Ca fera une synthèse du machin ci-dessous.

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Jean Rhume › lundi 17 juin 2013 - 18:37  message privé !

T'as raison dans le fond bien sûr mais on arrête pas de le faire avec plein d'albums, d'artistes, de styles. On est interpellé par un truc, alors on lit la chro s'il y en a une, on écoute un morceau et demi et on arrive plus ou moins à deviner si on va creuser ou pas, d'une part parce qu'on a pas le temps d'écouter attentivement tout ce qui existe et d'autre part, parce qu'on a tous une sorte de filtre personnel qui réagit assez vite, genre le timbre de voix, comment ça sonne, etc...

Et là tout à coup, parce que c'est My Bloody Valentine, il faudrait se poser, l'écouter 1200 fois, réfléchir, analyser, marcher sur des oeufs. Quand je parle de deux écoutes, je parle de deux écoutes attentives, déjà. Et perso, j'ai pas besoin d'attendre 6 mois pour voir que oui, il est décevant pour des tas de raisons déjà développées, sans penser pour autant "forcément décevant", je veux dire sans à priori, sans idée préconçue.

Mais sinon je suis d'accord avec toi pour avoir fréquemment constaté le phénomène. On écoute un album d'un groupe qu'on adore, on le trouve en deçà aux premières écoutes et puis il se révèle et devient aussi emblématique que le reste. Mais c'est surtout vrai pour les groupes qu'on chérit particulièrement. Les autres, on pose le disque et on y revient pas, sauf nouveau déclic lié à un événement quelconque.

Non, je ne sais pas faire une réponse courte ^^

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(N°6) › lundi 17 juin 2013 - 17:59  message privé !
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Un avis objectif au bout de deux écoutes sur lesquelles on se précipite parce que bon, c'est le nouveau My Bloody Valentine et qu'il *faut* avoir et donner son avis de suite partout, j'y crois pas trop, surtout vu le nombre astronomique d'avis objectifs après deux écoutes (y compris sur Youtube et consort) le jour même de la sortie. Je sais pas, un album, ça se digère, ça se déguste un minimum. D'autant que les premières écoutes d'un truc aussi attendu, elles sont forcément très influencées par le poids des "great expectations", l'envie volontariste de découvrir un "nouveau chef-d'oeuvre" ou au contraire de confirmer une idée préconcue que de toute façon "ce sera forcément décevant".

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