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The Legendary Pink Dots › The golden age

lp • 11 titres • 43:29 min

  • 1Maniac 4:04
  • 2The Talent Contest 4:00
  • 3The More It Changes 3:28
  • 4Hotel Noir 6:43
  • 5Stille Nacht 3:32
  • face b
  • 6The Month After 4:55
  • 7Lisa's Separation 5:42
  • 8The Golden Age? 1:59
  • 9Black Castles 5:24
  • 10And Even The Vegetables Screamed 1:35
  • 11Regression 1:47

enregistrement

Ingé son : Hans Myer - Produit par Hans Myer - Enregistré au Budget Mobile à la "Windswept Farm", Klaverland, Juillet 88

line up

Edward Ka-spel (chant, claviers, textes), The Silverman (claviers, sampler, boucles)

Musiciens additionnels : Hanz Myer (Hanz Myre) (saxophone, flûte, électronique), Patrick Q Paganini (Patick Q. Wright) (violon, alto, claviers, boîte à rythmes, percussions)

remarques

Artwork par Stephan Barbery - L'édition cd comprend également les 3 titres du maxi "Blacklist", sorti en même temps que l'album, portant le tout à 14 titres.

chronique

Styles
gothique
dark wave
new wave
Styles personnels
new wave sombre / néoclassique

L’opus le plus gothique et flamboyant des Pink Dots est aussi un genre de concept-album sur le désespoir. Celui des gens seuls, confinés aux extrémités, confrontés à un mal qui les dépasse et les tient aux tripes, comme nous le sommes à l’écoute de cet arrache-cœur de disque… Dieu que The Golden Age fait mal, comme si les bonshommes en pain d’épice qui l’ornent étaient l’ombre menaçante et irrévocable de la douleur, dont c’est l’éternel retour bien connu. On commence d’ailleurs par le supplice le plus souvent chanté, et finalement le plus commode, c’est évidemment celui qu’une femme provoque dans la tête d’un homme… Ici un ‘Maniac’, qui tressaillit de frustration et de jalousie devant une trahison féminine. L’occasion d’ouïr les premiers riffs de Bob Pistoor, qui deviendra vite un membre essentiel. Le calme déterminé qui suit cette cacophonie n’en est que plus glaçant. C’est le Talent Contest… L’univers claustro des top-models et vedettes sexy, lustré à l’extérieur, captif de ses angoisses à l’intérieur. La musique n’est qu’une procession funèbre, à l'enterrement des idéaux caduques et des cauchemars immémoriaux… On n'est pas sous les spotlights, mais dans la pénombre des coulisses, où intrigues et coup fourrés se murmurent, alors que le vide d’exister se tord dans le bide de notre jeune première comme un ver solitaire réclamant son dû. On peut penser à Black Swan, le film d’Aronofsky, mais Ka-Spel anticipe surtout ici la triste valse des candidates des émissions de télé-réalité, jusqu’au 10 attendu du jury en passant par l’apparat vulgaire et avilissant. Mais toi qui critique ces pauvres péronnelles, gare de ne pas finir comme le "héros" de The More it Changes, où glissent les mêmes nappes glaçantes, mais un peu plus loin dans le constat désolant, quelques pas de plus le long d’un couloir qui semble ne jamais finir. De vaine lutte on est passé à l’abandon de tout. "He lost the will to fight, and he lost the will to move". C’est le portrait d’une loque, d’un type brisé, pour qui le soleil n’est plus qu’un “garnement qui crache et part en courant“. Jamais un morceau n’a aussi bien exprimé la résignation, la volonté de se laisser mourir… On entend littéralement les cernes sous les yeux du groupe alors qu’ils envoient cette litanie sans pitié. Hotel Noir est, logiquement, le contraire du désert intérieur de Hotel Blanc, puiqu’on y suit les pensées mélancoliques d’un Don Juan éméché, dont toute la décadence "fin de siècle" défile sur ce long titre sans rythme (comme chaque chanson estampillée "Hotel" chez les Dots) entrecoupée des violons désenchantés de Patrick Q.Wright. Et quoi de mieux qu’un litron de néoclassique de vingt ans d’age (Scott Walker n’est pas si loin) pour exprimer la claustrophobie des souvenirs, les fantômes d’amantes qui n’ont peut-être jamais existé ? Il semble que le groupe n’ait jamais autant maîtrisé les cordes, en tout cas pas depuis le fameux ‘The Lovers Part 2’. Une fois de plus, l’Hotel referme ses portes sur un sommeil létal pour notre antihéros… Encore plus impitoyable dans la dépiction de la misère (trop) humaine est The Month After, qui semble à première vue ouvrir la face B sur une autre joyeuse pochade médiévale Burtonienne style “The Gallery”, du précédent disque. Mais la réalité est tout autre : il s’agit d’une des chansons les plus à vif du groupe, trouble récit d’une fuite éperdue de deux amants dévorés par la culpabilité, dévorés jusqu’au dernier souffle, jusqu’à ce dernier couplet terrible, qui semble être un râle d’agonie et un ultime espoir avant le jugement final. ‘I Feel nothing at all’, répète le jeune fiancé à sa douce, comme pour la rassurer. Mais de leur perte d’humanité, Ka-Spel fait une torture pour le cœur, une célébration à la fois très baroque car passionnée, et très "classique" car les Pink Dots semblent enfin maîtriser leurs claviers, bien forcés après le départ du groupe quasi-entier en cette année de malheur. Aboutissement du style "néoclassique" de cette époque selon moi, Lisa’s Separation est un chef d’œuvre de composition, équilibre parfait entre arrangements de menuet et ode à la chambre d’une veuve éplorée telle qu’aurait pu la déclamer un Leonard Cohen compatissant et spectateur du gouffre de l’absence. La façon dont cette ballade sentimentale et tendre malgré tout s’enchaîne avec le morceau titre est magique… C’est une réminiscence de The Tower, du tout puissant empire britannique qui bombe ici le torse, tandis qu’une speakerine expose une parabole de la décennie qui finit de s’écouler. Libéralisme triomphant… Après avoir touché le fond sur Island Of Jewels, ce monde dystopique a finalement atteint son glorieux age d’or, en réalité pourrissant. Car Ka-Spel n’a jamais caché la cruelle ironie de ce titre, antiphrase dérisoire dépeignant en réalité un sentiment d’abandon, un moment très démuni dans l’histoire du groupe (déjà pressenti à la fin de Any Day Now), alors même que les ventes commencent à grimper petit à petit… Pas de vraie surprise, donc, quand il laisse la place à Black Castles, à sa darkwave steampunk interrompue par un solo de sax très 80’s comme perdu au milieu de ces détritus. Le tableau nous est décrit par le menu, et on dirait un épisode de V pour Vendetta. Quand la vapeur de locomotive se dissipe, c’est pour mieux plonger dans l’introspection, afin d’enfin eradiquer la racine de ce mal en nous (Regression, du nom du concept psychiatrique)… Sentir son pouls s’accélérer le long de ce ‘kaleidoscope terminal’, touche finale d’un disque très réfléchi que les deux songwriters voient peut-être comme leur dernier… "What do you see, what do you feel ?", dit notre Freud d’un jour aux faux-airs de savant fou. Une fin d’album brillante mais très déconcertante pour qui n’aurait pas saisi les paroles. Pour ma part, je préfère vous laisser sur ces mots, comme rescapés du parcours expiatoire des Points Roses maudits, mots qui me laissent pantelant à chaque fois : “Your brown eyes I know so very very well / They’re sadder, they’re wiser; we’ve finally been through it all. Now our time’s slowly ticking away. Do you think there’s a heaven ?”. Chantez tant que vous en avez le cœur, car le malheur frappe partout et irrémédiablement, voilà ce que pleure ce disque.

note       Publiée le samedi 20 avril 2013

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Note moyenne        9 votes

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Klarinetthor › jeudi 12 septembre 2019 - 09:48  message privé !

Shiny shiny black castles; aussi vénéneuse que le pire de Coil.

Note donnée au disque :       
kama › jeudi 8 février 2018 - 15:29  message privé !

Toujours aussi classes les Pink Dots! Dommage qu'il n'y ai pas Black List sur cette version, tube suave et lascinant presque solaire.

Kagoul › jeudi 25 février 2016 - 20:46  message privé !

J'ai connu ce groupe sur le tard, y'a même pas 12 ans... tellement vaste, varié, et singulier. Sans compter Ed Ka-spel en solo. Il me fascine ! difficile d'en faire le tour tellement y'a d'albums... c'est juste prodigieux une telle quantité de qualité. et tout cas cet album est un des classiques.

Note donnée au disque :       
novy_9 › mercredi 24 avril 2013 - 15:02  message privé !

"peut-on être trop productif ? Cette entité est tellement singulière dans le paysage musical" totalement d'accord, mais c'est trop pour mon budget, et comme Obelix j'en voudrais toujours plus et j'ai tellement d'autre chose a acheter que j'ai fais l'impasse, c'est pas très rationnel tout ça je sais. Mais être trop productif ne veux pas toujours dire qualité, voir Muslimgauze ou Aube par exemple, mais les Pink Dots le sont du bon coté, je suis ok là-dessus :)

Scissor Man › mercredi 24 avril 2013 - 14:36  message privé !

Victime du syndrome Obelix, je voue un culte aveugle à Ka-Spel et sa bande. Sans aucun discernement, j'aime tout ce que font les Dots, toute période confondue ; qu'ils soient post-punk ou psychedelic/space rock. Même la multitude d'ALCHEMICAL PLAYSCHOOL, ils me les faut. En fait, c'est un des seuls groupe dont il me faut absolument l'intégralité de leur discographie. Manquant totalement d'objectivité, je suis incapable de considérer un album plus faiblard qu'un autre c'est pourquoi je leur colle d'office 6 boules. Même le petit dernier que j'avais moyennement apprécié à sa sortie retrouve grâce à mes oreilles, y'a toujours un titre qui sort du lot, puis un autre. Quand Novy évoque le fait qu'il y a peut-être trop d'albums, ça n'a pas de sens pour moi, comment peut-on être trop productif ? Cette entité est tellement singulière dans le paysage musical que je ne vois que Art Decade (pour le coup, beaucoup moins prolifique) pour faire autant penser aux Dots, bien qu'ils dépassent la simple comparaison.

Note donnée au disque :