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Masayuki Takayanagi New Direction › Call In Question

  • 1994 • P.S.F. PSFD-41 • 1 CD

cd • 3 titres • 53:27 min

  • 1Extraction19:04
  • 2Intermittent13:15
  • 3Excavation21:08

enregistrement

Enregistré par Jin Inshinati les 11 et 12 mars 1970, Station ’70, Tokyo.

line up

Mototeru Takagi (saxophone), Masayuki Takayanagi (guitare), Sabu Toyozumi (batterie), Motoharu Yoshizawa (basse)

remarques

Ces enregistrements sont issus de deux concerts donnés les 11 et 12 mars 1970 à Tokyo ; le disque Live Independence, tiré des mêmes concerts, en constitue le complément.

chronique

Et si l’esprit existe, allez savoir où il se loge… S’il y a là idée, c’est qu’elle est un mouvement. Le cerveau est un organe. Comme les autres : partie du déchainement, de la question, de ce qui s’agite et se heurte, de ce qui passe et renverse les résistances. Et dans le même temps, résistance eux-mêmes : le corps, l’esprit, l’idée, le cerveau et les viscères qui tous font… Corps, justement. Trêve de rhétorique : Call in Question, du New Direction de Masayuki Takayanagi – cette fois-ci quartet, guitare, saxophone, basse, batterie – regroupe deux moitiés de deux concerts donnés en mille neuf cent soixante dix à Tokyo (les parties manquantes se trouvant sur le disque jumeau Live Independence). La musique qui s’y livre est solide, compacte… Matérielle. Dure, presque impénétrable sur la première pièce – où le sax ne s’en mêle pas encore, pourtant – à force de densité. Agressive, littéralement jetée sur ce qui lui fait front pour l’accueillir ou la repousser. Rien n’a le temps d’errer, malgré l’absence totale de guide, de repère préalable. La bande est sur le fil d’être débordée, saturée par ces fréquences en paquets, en flots trop rapides pour être proprement fixés, par ces coups enfoncés en rafales sans pause, sans débit arrêté. Musique dense à faire peur mais mobile, ductile, plastique. La guitare est textures, sur tout le spectre hertzien. Strates mouvantes, sifflements, plaintes grondées, arrachements. Descentes et montées chromatiques pourtant identifiables sous les anomalies de circuits. Et puis lentes, parfois, passant par dessus, dessous, tâchant de percer le barrage des toms roulés, de cymbales cinglées de grosse caisse ancrée, enfoncée... Dépense folle mais distincte, nette ; complètement libre mais tenue. Dans l’instant enregistré puis ici restitué, d’abord, dans l’intention qui ne s’énonce pas en écriture préalable. Dans certaines techniques qui offusquent l’orthodoxie. Sur les instruments et contre eux, encore, contre leur histoire, contre l’usage retenu qu’on est censé en faire. Contre la commune virtuosité, aussi, les énoncés bavards. Extraction, dit le titre. Pure et simple, en coup de forces. Mais la surprise de cette musique – sa pertinence – est de n’être pas d’un seul bloc, toujours. Le corps dégondé trouve d’autres ressources. Le son, sur les deux pièces restantes, semble animé d’une imagination propre, qui n’emprunterait muscles, valves, peaux, membres, anches, métaux et bois que comme autant d’organes. Qui en les faisant son véhicule deviendrait leur fonction. Sans but utile. Niant qu’ils soient essence distincte de ce qui se réalise. L’électricité invente des complexes en basculement perpétuel. Enflements aux attaques cachées, avalées par la pédale de volume. Traits et enveloppes comme appris, transmis d’un instrument à l’autre, du violoncelle à la guitare. La seconde pièce se nomme Intermittent. Battements d’harmoniques. Cordes frappées comme les cymbales mais voix indépendantes, d’un élément à l’autre. En variant les vitesses – en les opposant, dans ce que chacun joue – le groupe déforme les distances, dissocie des couches entre quoi nous entrons, nous nous trouvons pris. Nos présences sont intégrées, contournées, entourées. Points occupés de l’espace. On n’entre pas dans cette musique comme dans un lieu mais comme dans une matière. Confrontés, encore, absorbé mais toujours distincte d’elle. Elle passe par nous comme une matière pénètre. Dedans, dehors. Elle ne nous nie pas car nous aussi sommes corps, corruptibles et indéniables. Il n’y a rien, là, qui se dise en concept, qui tienne en signes sur une page. Il n’y a rien d’abstrait. La musique est molécules vibrées. Il n’y a pas que l’air qui soit résonnant. Plus les solides sont denses, plus vite le son s’y propage. Cette musique est action : de corps sur des corps. Toute volonté s’y produit dans l’instant même. On peut bien la graver mais son effet sur la mémoire, sur les zones activées, ne sera pas de les figer, de s’y arrêter. Elle les trouvera toujours comme conducteurs sensibles. Elle viendra les remuer comme on fait d'une terre meuble, en chercher la faille comme d’un sol minéral, récalcitrant. La dernière des trois pièces se nomme Excavation.

note       Publiée le mardi 12 mars 2013

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Ah oui, au sens où le rythme n'est pas "droit", OK.

(Je mets Chaosphere en recommandation à la place, tiens, du coup...).

Non mais blague à part y'a effectivement des moments d'un curieuse syncope (sur Intermittent et Excavation notamment), sur quoi on peut s'aventurer à taper du pied (pas forcément dans la gueule...). Le truc c'est que c'est imprévisible oui ! Tant mieux d'ailleurs, ça va bien à cette musique... Disons que tu sais jamais trop quand ça va "changer".

Bon, le "La Grima" - après j'en parle pour de bon et non plus en com' - est autrement plus violent, oui, c'est sur, de chez le monsieur.

Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Je provoque un peu. Disons que dans la claudication, il y a un rythme, une pulsation bizarre qui se fait entendre. C'est presque l'antithèse même de ce que l'on entend par groove si on prend les références que tu cites. Mais je pense que l'idée que l'on puisse taper du pied en écoutant sa musique ne lui était pas étrangère. Tout comme pour Cecil Taylor que je trouve "dansant" pour ma part. Mais je suis malade.

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, il n'y a que Extraction qui soit vraiment dans le rentre-dans-le-tas je trouve... Et oui, la musique du gars est bien plus variée que la réput' qu'on peut lui faire.

Par contre groovesque, euh... Oui effectivement, c'est en cherchant ben, alors !

(J'hésite un peut à mettre Sly Stone, Funkadelic et Betty Davis en recommandations, disons...).

Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

J'ai toujours trouvé ces live bien plus sautillants que jusqu'au boutiste et bien moins pied au plancher que d'autres Takayanagi. En se torturant et se remodelant le cerveau, on y trouverait quelque chose de groovesque, un funk d'ailleurs. La musique avec Takayanagi n'est jamais vraiment là où on l'attend.

saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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"Le cerveau est un orgasme". Réparé