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Deity Guns › Trans Lines Appointment

cd | 10 titres | 47:01 min

  • 1 The Map [6:25]
  • 2 TV Black Screen [4:25]
  • 3 Bob [2:40]
  • 4 Distance [4:26]
  • 5 Billy Dracks [4:52]
  • 6 Cruisin’ Coast Shadows [6:54]
  • 7 Tinnitus [4:32]
  • 8 Radio Kill [4:15]
  • 9 Desert [4:43]
  • 10 Vacuum Tubes* [3:49]

extraits audio

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enregistrement

Enregistré par Warthon Tiers au studio Fun City, New York, en août 1992. Produit par Lee Ranaldo, sauf 3, mixée par Jim Waters. Masterisé au studio Abbey Road, Londres, en février 1993.

line up

Éric Aldéa (guitare, voix, batterie sur 10), Franck Laurino (batterie), Stef Lombard (basse, voix), Stef Roger (guitare)

Musiciens additionnels : K.j. (voix sur 3 et 4), Érik Minkkinen (voix sur 2), Lee Ranaldo (boucles sur 3, guitare et voix sur 10)

remarques

La réédition de cet album constitue le CD2 de la rétrospective (en trois disques) A Recollection, sortie en 2009 chez Ici D’ailleurs.
Le titre Vacuum Tubes, auparavant disponible sur la compilation Serial Killers – Vol 1 (Roadrunner Rcds), n’apparaît pas sur l’édition originelle de 1993.

chronique

Styles
emocore
indus
noise
punk
post punk
noise rock
Styles personnels
in the distance... a recollection

Les retrouvailles se sont bien passées. Perrache affiche quatorze degrés – trop chaud, trois jours avant noël, d’accord… Mais l’air, sur la presqu’île et tout autour, a toujours cette qualité spéciale, qui fait un ciel d’argent mat au dessus de la flotte – ce drôle de truc diffus, imperceptible halo qui enveloppe la terre ferme. Question d’hygrométrie sans doute, de topographie ; de composants particuliers de la pollution, aussi. Les façades en bord de Saône sont maintenant blanchies, bien propres. Mais depuis le bus – il a changé de nom, lui aussi, de chiffre, de taille, de couleurs – on ne voit pas les touristes. A la maison, ça va. Doucement, comme à leurs âges. Rien à signaler. A l’heure où dehors tout dort, dans ce coin-là, j’ai les yeux grands ouverts. J’attrape le casque. Je pousse le volume – trop fort, parce que c’est comme ça que ça s’écoute, toujours – et j’enfonce la touche Play. Je n’avais pas oublié cette intro. UN, DEUX, TROIS, QUATRE. En français, en local. Et puis ces vagues de saturations aux harmoniques amères. Le son me happe… Un retour de vingt ans ou presque. Lyon est de nouveau cette chose ancienne, salie. Pavés, sous-sols, percées de tous les âges. Archéologie exhumée de son ventre, chaque fois qu’on creuse pour construire du nouveau. Catacombes, égouts ; traboules médiévales entre les immeubles. Planques à sachets, à deals ; escapades de jeunes qui s’ennuient ; nuits enivrées à flanc de colline, à deux pas du gallo-romain. La Cathédrale Saint Jean, dans la vieille ville, a retrouvé son manteau de crasse. Tous les quais sont comme ça : noirâtres, de ce côté-ci des eaux. Mon pote C. se fait courser, dans les rues adjacentes, pour une question de nuance de peau. La Croix Rousse est un amas de squats où tout s’entasse. Ville vieille… Les Deity Guns sont quatre jeunes gars, coincés contre leur gré – est-on jamais autre chose à cet âge-là ? – à ce point là de l’espace temps. L’époque veut qu’on cherche ailleurs, qu’on infiltre, qu’on ramène dans ses murs de quoi les délabrer encore, pour effacer enfin cette foutue impression familière, trop intime, de quelques ruelles et quelques caves. L’histoire, comme toujours, veut que même sans le savoir, quelque chose reste ancré dans la fuite en avant. Tiraille. Les Deity Guns font un curieux boucan. Industriel, OK, si on veut – mais on se demande de quelles machines peuvent sortir ces couinements d’animaux torturés. Bêtes pas trop grosses, il semble. Grincements, râles, plaintes ; plutôt que lointaines : comme entendues à travers une paroi de métal, d’une pièce toute proche, contigüe. Perception déphasée. Taules défoncées, oxydées. Noise rock qui n’explose jamais ou presque – contenu à s’en faire mal, parasité de mélancolies, d’inquiétudes en éternelles consomptions. Mes sœurs, mon frère, lisent ces BD étranges, histoires de mondes d’après la catastrophe, où des filles plantureuses, des androgynes mutilés, des soldats sans humanité, cherchent tous la rédemption, l'échappée, les plages pures loin du Monstre... Autre chose que la survie, enfin ; tous accro à un sérum, une précieuse substance ; des androïdes errent, les circuits abîmés, à quoi une étincelle maligne a refilé cette saloperie : se sentir hommes et femmes et rester Mécaniques. Avec les potes, on s’envoie régulièrement les trois premiers Alien – les seuls qui existent alors, en copies qui s’usent à chaque passage. En soirée, à force, comme en ambiance. Distance est comme un très vieux blues joué dans les couloirs du Nostromo, répercuté d’un couloir à l’autre, en réverbérations souillées. Je suis toujours seul quand j’écoute Trans Lines Appointment. En boucle, à chaque fois. Je n’y comprends rien. Il me fascine, pourtant. Quelque chose m’y frustre. Quelque chose m’y parle mais à mots sourds, recouverts d’une couche pesticide. J’ai dix-huit, dix-neuf ans, je veux de la flambée. Ces types ont quelques années de plus. Ils ont fait produire cet unique album – après celui-là, ils ne tarderaient pas à se renommer Bästard – par Lee Ranaldo de Sonic Youth. Je vénère Sonic Youh. Mais là je n’y retrouve rien, encore, de ce qui m’emporte chez les New Yorkais. Plus tard je dirai "tant mieux" mais pour l’instant ce disque m’englue. Touche un point que je ne veux pas savoir. Que je ne peux pas encore nommer, connaître. Ses coups d’éclats – au bout des errances, des déclamations lentes, de longues agonies me semble-t-il parfois – sont comme des éboulements, des implosions ; quelque chose qui cède, j’ai toujours l’impression ; parce qu’il n’y a que comme ça que ça parvient à se livrer. Cruisin’ Coast Shadows bruit d’aspirations qui dépassent mon âge, me séduisent et m’inquiètent ; dépasse le leur, peut-être, aussi, à ceux qui les jouent ; m’alarment, presque, débloquent les miennes propres, qui veulent m'envahir, me soulever. Quand Billy Dracks hurle finalement son nom et tire dans le tas, je me sens toujours comme pris dans sa peau d’homme traqué, contaminé. La voix de sirène hirsute de K.J., ailleurs, m'attire, me retiens dans les remous. Desert déferle en moi, sur moi, comme une coulée de chaleur, immanquablement – seule éclaircie véritable, comme l’aube qui se raconte à sa fin – avec sa beauté soudaine. Comme une montée de larmes reconnaissante, salvatrice. La survenue inespérée d'un apaisement, d'une fugitive sérénité. Une ville est sur le point de s’allumer au milieu du Nulle Part. Libération au bout d'un disque qui pèse, qui remue, qui capture et oppresse. Je le remets sans arrêt. Toujours en entier. The Map m’attrape toujours, tout de suite. Me balance enfin cet indice : I forgot the meaning/And I just don’t care… Ne pas chercher le sens. Écouter. Se laisser porter, flotter. Se laisser couler. L’émotion là-dedans est trop brute pour l’exégèse, trop retenue, trop tassée pour la fête. Les montées, les contrastes, emportent et galvanisent mais réduisent au silence. Il y a comme une peur contagieuse qui attend, longtemps, jusqu’au bout disais-je, de se libérer. Ou plus qu’une peur, ou autre chose : un besoin de s’arracher, dans tous les sens du terme. Un malaise qu’on mettra longtemps à adopter. L'inédite anomalie pulsée par le sonar, le bourdon du radar. Les emballements paniquent ce qu’il faudrait défaire… Dix huit, dix-neuf ans ont passé. Je me réveille au moment du poème sur la brume blanche qui se dissipe, l’aurore en teintes chimiques et magnifiques. La valse grinçante revient, en bouffée qui s’enfle. La pièce ajoutée sur la réédition expose tranquillement les horreurs et la fin d’un tueur en série. Je sais que le matin sera calme. Dans deux soirs, pour l’horloge, ce sera réveillon. Dehors, c’est encore le moment, ici, où rien ne fait bruit. Demain, de la périphérie, je retournerais vers le centre. J’y reconnaîtrai des lieux, j’y baladerai des amis de longue date ; eux aussi feront pareil. J’y saluerai avec plaisir des visages nouveaux, inconnus à l’époque… Dedans, dehors, des voix me soufflent : "Tu n’en a pas fini".

note       Publiée le dimanche 3 mars 2013

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zen › vendredi 8 mars 2013 - 12:26  message privé !

ah ouais, marie et les garçons et starshooter, là c'est la mérovingie ! héhé... sinon en plus récent t'avais Haine Brigade... Après je devrais faire la liste des groupes des années 90 / 2000 vu que c'est plus ce que je connais... déjà en plus de Bästard on peut citer Condense... puis tout ce qui a suivi, c'est à dire la scène Sk / noise avec doppler, Ned et compagnie... bon je m'arrête en 2000, après y a trop de groupes à trier.

Dioneo › mercredi 6 mars 2013 - 18:47  message privé !
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Ben du coup j'ai refouillé ma mémoire (et le web, hum...). Et y'a des noms qui me sont revenus ! J'avais complètement oublié Parkinson Square, par exemple, ou les nanas de Fun Carmen... Bon, effectivement aussi, à la réécoute, certains trucs n'étaient pas faits pour s'imprimer à jamais dans mon crâne.

Après les "stars" genre Starshooter, j'avoue que j'ai jamais vraiment cherché au-delà des morceaux les plus connus (Betsy Party... Jamais été fan, en fait) - et pour le coup c'est moi aussi suis un peu trop jeune pour avoir vraiment connu "en direct", d'ailleurs. Carte de Séjour, faudrait que j'aille voir au-delà de Douce France, si y'avait des choses bien. Y'avait une scène raï qui est passé comme partout par le rock, d'ailleurs, un peu avant, à Lyon aussi, il me semble. (Jimi Ohid, je sais plus s'il était pas de Villeurbanne justement... Ça doit se vérifier).

Ah ! Oui, puis Marie et le Garçons ! J'avais complètement zappé qu'ils venaient du coin aussi, eux.

(Et maintenant je désactive le mode "rappelle toi Radio Canut", allez. Ça va comme ça... Les jeunes sont déjà tous partis, là !).

zen › mercredi 6 mars 2013 - 18:00  message privé !

En effet il y a bien eu un paquet de squats à la x rousse dans les années 90, maintenant çà parait bien loin vu que la plupart de ces lieux sont devenus des galeries d'art, des restaus à brunch ou encore magasins de vêtements bio. Heureusement dans les pentes il reste les épiceries arabes. Par contre je suis un peu trop jeune pour avoir connu cette période, je parlerais mieux des squats de villeurbanne ou du 3ème arrondissement des années 2000. Quant au top 10, c'est vrai que çà impliquerait de faire pas mal de tri (en ce qui me concerne). :)

Dioneo › mardi 5 mars 2013 - 10:55  message privé !
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Ouaip une prochaine.

(For now, I'm gone... Ah ah... Hum).

Wotzenknecht › mardi 5 mars 2013 - 10:54  message privé !

Possible aussi que je n'ai pas tout vu du haut de mon berceau, allez. On s'en jette un à la Soierie ?